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Le sera-l-il jamais? Ilenuini csl à la Conicdie-Française

avons pu consulter, à la Nationale, les volumes suivants : CromweU, Marion de Lorme, Le Roi s'amuse, Lucrèce Borgia, Angelo, Uuy-Blas, Les Buî^graves, le Théâtre en liberté. Hernani appartient, provisoirement, à la Comédie-Française; et ce provisoire pourrait bien être définitif. Le brouillon de Esmeralda est perdu. Enfin, Marie Tuclor, Les Jumeaux, Torquemada, Margarita et Esca, non encore reliés, sont momentanément entre les mains de M. Paul Meurice, ainsi que le premier manuscrit tVAmy Rohsart : le deuxième, conforme à la représentation de 1828, n'a pu être retrouvé. M. Jules Claretie et M. Paul Meurice nous ont permis, avec une obligeance parfaite, de consulter les manuscrits dont ils sont détenteurs. Nous nous faisons un plaisir de leur exprimer ici notre gratitude, au nom des zélateurs du poète.

Dès la période de l'exil, l'entourage de Victor Hugo se préoccupait avec un soin pieux de conserveries originaux de tant de chefs-d'œuvre. Aussitôt après sa mort, les manuscrits furent feuilletés par des privilégiés qui, tous, rapportèrent de cette investigation des impressions intenses. Devant un pareil monument, l'admiration s'imposait. M. Jules Claretie, l'un des [»remiers, les a décrits en une série d'articles dont plusieurs ont été réédités

(cf. cliap. m), et les Feuilles d'Automne à la bibliothèque du château de Chantilly. D'autres sont égarés.

depuis V Mais, en sa qualité de chroniqueur, il insiste surtout sur l'aspect extérieur de ces précieux cahiers et sur les anecdotes qu'ils évoquent. Anecdotiques également, les souvenirs de Richard Lesclide, que nous avons eu l'occasion de citer à plusieurs reprises. Un jeune écrivain dont la mort prématurée fut un deuil pour les lettres, Jules Tellier, étudia ces textes de plus près et se passionna pour les découvertes qu'il y faisait à chaque page. Il connaissait à fond, nous dit M. Meurice, l'œuvre de Victor Hug-o; il en savait par cœur des parties entières. Il méditait de consacrer dix ans de sa vie à établir une édition critique. Comme il était poète, et bon poète (je n'en veux pour preuve que son admirable Prière à la mort), il s'intéressait étrangement à cette innombrable collection de menus bouts de papier sur lesquels Hugo inscrivait, à mesure (juil les rencontrait, des rimes riches, variées, inattendues; original dictionnaire, où le poète puisait selon ses besoins. Cet hommage rendu à la puissance de la rime séduisait Jules Tellier, en sa ([ualité de Parnassien, et lui semblait une justification posthume de la doctrine de Banville. J. Tellier a consigné ses observations en deux articles de revues. L'un, dans les Annales du

I. Cf. le livre «lo Souceiiirs intimes sur Victor lltifjo, paru, celte année, à l'occasion du centenaire; une scrie ancienne d'études sur Hauleville-llouse el ses hôtes; enlin, l'article reproduit |)ar le Gaulois dans son sup|iléiuent des 2a et 2G janvier l'JO"-*.

30 septembre 1888; l'autre, dans la Remié bleue du 6 octobre de la même année'.

Comme mise en œuvre systématique des principes de la critique des textes, un ouvrage réellement important est l'édition, avec commentaire, que M. Souriau a donnée de la Préface de CromweU. Enfin, n'oublions pas M. Ernest Dupuy, qui, dès décembre 1889 {\o\r la. Revue pédagogique) , signalait très nettement la marche à suivre, dans un court article sur la Légende des Siècles. Depuis, nous nous sommes nous-mème, en diverses études, occupé des manuscrits de Victor Hugo; et, dans la série des articles de toutes sortes auxquels le centenaire a, cette année, donné prétexte, presque toutes les revues ont réservé une place à l'histoire et à la description de ces vénérables papiers, dont quelques-uns ont obtenu les honneurs d'une exposition publique , à la Bibliothèque nationale.

1. De ce dernier, nous extrayons les lignes suivantes, sur la rime : « On sera curieux, je pense, de savoir quelle est, dans ces corrections, la part de la rime. Cette part est peu considérable. Il est rare qu'une rime soit chanrjée (ceci est inexact). Visiblement, Victor Hugo ne cherche point la rime. Elle lui vient d'elle-même, et en même temps que ce qu'il a à exprimer. Elle semble faire corps avec la vision et la pensée. Elle en est à peine séparaltle. Est-ce parce qu'elle s'y accommode avec une docilité merveilleuse? Ou serait-ce, au contraire, qu'elle les suggère? Elle exécute avec tant de rapidité qu'on se prend à soupçonner qu'elle ordonne. Elle est la mieux dressée des esclaves, si elle n'est la plus fantasque des maîtresses. Cette union du rimeur et de la rime n'est point pourtant si absolue et si continue qu'on ne sente c'a. et là que c'est la rime qui commande, et que même le rimeur a quehiue peine à obéir. »

Il nous paraît utile de résumer ici, en quelques indications très brèves, ce que nous avons dit ailleurs de l'écriture et de l'aspect extérieur des manuscrits (voir nos Papiers d'autrefois).

Première manière. — Manuscrits de combat', écrits sur des feuilles de rencontre, ou, du moins, quand le livre n'est point un recueil de pièces détachées, sur un papier simple et modeste. Nulle ostentation, nulle recherche. Le manuscrit sert, en général, à l'imprimeur. L'écriture est petite, souvent minuscule; très lâche dans les œuvres en prose; un peu plus resserrée et redressée pour les vers. Cette dilTérence tient à une disposition matérielle que Victor Hug-o adopte de très bonne heure. 11 sait qu'il retouchera beaucoup, qu'il ajoutera beaucoup. Il se ménage donc une marge égale à la moitié du feuillet. De là, la nécessité de serrer l'écriture, afin que le vers rentre sans difficulté dans la colonne de droite. Cette finesse de l'écriture a surpris tous les critiques. Elle est naturelle à Victor Hugo, surtout quand il travaille vite, et elle reparaît môme accidentellement (nous pourrons le constater) dans les phases postérieures de sa production intellectuelle '. Ajoutons que le texte n'en est

1. François-Victor apprenait à écrire l'I traçait des bâtons énormes; à côté de lui, son père travaillait. • (l'est drôle, dit tout à coup l'enfant, interrompant ses exercices pour examiner l'écri-

pas moins très lisible, sauf dans les notes jetées hâtivement. Très peu de croquis sur les marges.

A cette première manière se rattachent, parmi les manuscrits dramatiques, ceux de Cromwell, Hernani, Marionde Lorine,Le Roi s' amuse, Lucrèce Borgia, Mairie Tudor, Angelo. Joignons-y celui des Jumeaux, ce qui justifie notre précédente observation.

Deuxième manière. — L'aspect des manuscrits se complique. Leur format grandit, quelquefois jusqu'à l'in-folio. Le poète commence à songer à la postérité. Plus de feuilles de hasard, sinon quand l'œuvre est écrite de verve, et à bâtons rompus {Les Châtiments). Les illustrations se multiplient, commentent le texte [Les Travailleurs de la mer). Le papier bleu pâle est fréquemment adopté, mais non de parti pris, hormis peut-être dans la correspondance intime. L'écriture, qui grossit sensiblement, demeure lâche pour la prose, mais se redresse encore dans les vers. C'est une période de transition.

A cette époque appartiennent les originaux àeRut/- Blas et des Burgraves, où les caractères que nous venons de décrire sont moins marqués peut-être, en raison des dates. L'évolution ne fait que commencer.

ture (le son père. Quand on a de grosses mains, on écrit petit, l)elil; et quand on a des petites mains, on écrit gros, gros! » — François-Victor n'eût certes point fait cette remarquer l'époque de la Létjende. Mais quand lui-même apprenait à écrire (ce devait être vers 1834), Hugo écrivait, en eiret, petit, petit.

Troisième manière. — Nous arrivons aux somptueux manuscrits, souvent inventoriés. Le poète se prend, de plus en plus, à respecter son brouillon. Il a raison, puisque c"est un document. Désormais, on ne le confie plus aux protes. Des personnes dévouées, ses fils, ses amis, Mme Drouet, en font des copies pour 1 imprimeur. R. Lesclide raconte la jouissance intellectuelle qu'il éprouvait à copier ainsi quelques-unes des plus belles œuvres du Maître, en se flattant d'être le premier à les lire. Quant à l'original, il reste au inusée. Le papier est tantôt bleu foncé, comme dans plusieurs parties de la Lé(jende des Siècles, tantôt bleu pâle à peine teinté, tantôt blanc. Toute une série d'oeuvres (Torquemada , le livre dramatique des Quatre Vents, etc.) est transcrite sur un merveilleux Hollande, grand in-folio, doré sur tranche, don d'un fervent admirateur. La plume d'oie ou le calame de r jseauest presque uniquement employé. Les lignes s'espacent ; certaines pages ne contiennent pas plus de vingt à vingt-cinq vers. Les ratures deviennent plus épaisses et plus fermes, traversent de temps à autre la pâte du papier. L'écriture grandit toujours. Les lettres atteignent un centimètre de haut. Droites, soigneusement formées, elles peuvent rivaliser avec la calligraphie du plus habile copiste. Elles rappelleraient les magnifiques copies des xvi*" et xvu° siècles, n'était la i)ersonnalité jtuissante qui s'en dégage.

Tout y respire la sérénité, la confiance en soi et en l'avenir. C'est le manuscrit dé l'apothéose, tracé par un demi-dieu conscient de son génie. En même temps, les illustrations se font très rares, comme si le dessin de l'écriture se suffisait à lui-môme.

De cette troisième manière sont les manuscrits de Torquemada, de Margarita, à'Esca, et du Théàlre en liber lé, les plus beaux qu'il nous ait été donné de contempler.

On a tenté d'expliquer physiquement ce grossissement progressif de l'écriture chez Hugo en nous remémorant que, durant une quinzaine d'années, à partir de 1831, il souffrit d'ophtalmies fréquentes. Mme Hugo y fait allusion dans ses lettres (cf. Biré). Dans Victor Hugo raconté..., elle attribue ])oétiquement cette faiblesse à l'influence des feux du soleil couchant, trop longtemps regardés par le poète. On a prétendu aussi que, écrivant toujours debout, après 1840 ', il devait fixer son papier de plus loin. Enfin Hugo, en vieillissant, n'avait pas échappé au presbytisme, presque fatal pour les hommes qui écrivent beaucoup. — Toutes ces raisons ont leur valeur. Elles ne suffisent pas, je pense, et il faut encore y joindre l'explication psychologique que nous avons signalée.

\. On l'a répété partout, et ce n'est jias bien sûr. N'avait-il pas, à la demande de Mme Drouet, attesté par écrit, sur une petite table en chêne, qu'il avait, sur ce meuble, compose la L^'gende des Siècles'!

De quelque époque, enfin, que datent les manuscrits de Victor Hugo, il est juste d'observer qu'ils sont, en général, d'une parfaite netteté et d'une correction surprenante. Les négligences ou les particularités orthographiques y sont relativement rares. Il serait impossible qu'il ne s'en rencontrât point quelques-unes, au cours d'une œuvre aussi vaste. Nous les avons relevées en passant. Ce sont certaines formes vieillies, dans les essais de jeunesse : ossemens, tems, enfans... Mais la Revue des Deux Mondes ne reste-t-elle pas, aujourd'hui encore, fidèle à de tels archaïsmes? — Des lettres incorrectement redoublées : at/ra/fe, cigarre, bierre, imbéciUe, marouffle... Ou bien des fautes contre l'étymologie : alchymie, syrène, hécatonchjjres.... Peu de chose, en somme, pour un homme chez qui l'on tolérerait des licences même plus graves. Au moment où des réformateurs officiels critiquent imprudemment les lois de l'orthographe, nous nous plaisons à noter, chez notre poète, ce respect de la tradition, ce scrupule à l'égard du verbe, qui firent défaut à tant d'auteurs illustres, à commencer par Dossuet pour finir par Lamartine.

Victor Hugo romantique. — Divers aspects de son théâtre.

'• Lo Romantisme nous a moins donné « une littérature que la liberté d'en " avoir une. »

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