Acte I
11 est nuit. — Une chambre à coiiclicr, éclairée d'une lampe (le cuivre à trois becs, posée sur une table recouverte d'un tapis de Turquie. — ,\u fond, une fenêtre ouverte sur un balcon, qui donne sur une rue.
Scrne I
Marion Delormc -, robe blanche. — Dame Rose, costume de duègne, robe noire, selon la mode de (Callierinc, barré) Marie de Médicis. — Le marquis de Saverny, pourpoint, haut-dechausses et bas orange, avec des toulTes de rubans bleus. — Epée. — Mantclet de velours noir, chapeau gris à plume. — Souliers. — Dix-huit ans. — Marion Delorme est assise près de la laide et travaille à une tapisserie.
DAME R(»Si:, ontiant.
Monsieur de Saverny.
MARION
Monsieur....
(Bas, à Rose.;
Madame Rose, Savicz-vous pas ce suir que ma porte était close?
(Haut, à Saverny.) Ce m'est un i^rand plaisir. Monsieur ... Parque! liasaid?
\. Victor Hugo met alternalivement Marie ou Marion. Pourtant, dans le dialogue, ici, c'est toujours Marie.
1. Dans toute la première rédaction, Victor Ihigo a écrit Marion Delorme (eu un seul mot).
SAVERNY '
Je VOUS baise les mains, belle dame. Il est tard Pour venir d"une dame assiéger la demeure. Mais notre privilège est d'entrer à toute heure, A nous, pages de rois. Ce droit a ses ennuis Parfois, et m'a sur pied fait passer bien des nuits. Mais la charge est meilleure et cause moins de peine Quand le roi par hasard se trouve être une reine. Comme ce soir.
(Il veut lui prendre la main. Elle la retire.) MARION.
.Je vois que vous êtes toujours D'humeur fort éveillée et galante en discours.
(A part.)
Le fâcheux! pour les gens qui viennent de la sorte, Il faudrait se clouer en travers à sa porte!
SAVERNY
(Il s'assied familièrement près d'elle.)
Çà, je veux vous gronder. N'est-il pas inhumain De fuir ainsi Paris?... Mon Dieu! la belle main! Et qu'on recevrait mieux, sans être un bon apôtre, Soufflets de celle-là (jue caresses d'une autre-!
MARION
Mais, si vous en voulez?
SAVERNY
Des caresses?
MARION
Vraiment Non. Des soufflets. Voyons.
SAVERNY
Merci ])our le niumenl.
Vous railli'/., mais je suis furieux, mni, niadami', iriioniii'ur! il faut n'avoir aucun»- bonté d'àine. Il faul étic i\r roc |)Our nous i|uitlei' ainsi. Et v»!nir s'enterrer toute vivante ici!
(Voyant que Mariou regarde son pour)ioiiit.)
1. Saverny s'appelait encore l'Anf/rl'/. Victor Hugo a corrigé presque parti)Ul.
2. Vers repris et utilisés dans Le Hoi s'anime (acte IV. se. ii).
MARION DE LOUME. 179
C'est le goût. Soie oi'ange avec des fav(!urs bleues '.
(Continuant.)
Savez-vous liien que Blois est à quarante lieues, Pour le moins, de Paris? Que cela fait crier? Puur vous suivre à présent il faut s'expatrier ^.
MAHION.
Mais qui vous a prié de me suivre?
SAVERNY. 4
Ah! tigresse!
Ingrate! ignorez-vous comliieii l'amour nous presse, Et, quand une; beauté nous accepte pour siens, Que nous la suivrions jusijue chez les Russiens?
(Il se rap|iroclio d"clle. Kllc so recule.) MARION.
Mais vous me dites là des phrases d'Artamène!
SAVERNY
.le viens à Hlois exprès pour vous. D'ailleurs, ma reine, La cour est à Chambord pour les chasses du roi.
MARION
Bon. I^t; roi vient aussi, sans doute, exprès |iour moi. — Mais comment avez-vous découveit m;i retraite?
SAVERNY
Ma foi! j'ai rencontré votre duègne discrète, Dame Rose, et n'ai point voulu finir le Jour Sans qu'il fût entre nous (juelques propos d'amour. Car je vous aime fort.
(II veut encore lui prendre la main. Elle le ri'jiousse.) MARION.
])it-on (|Me|(|ues nnuvelles?
SAVERNY
X(in. Corneille (oujours met en l'air les cervelles, (iniclie est duc. On |i;iil(' ■■ d'événements baunux ''. (In ,1 l'iiit pendaison dr (|ii('Iqiii's iiNgucndis.
l el 2. Cf. acte II, se. i.
I>. La césure était par trop révoliilioniuiirc. ^^l^'o corrigea :
« Guiche est duc. Puis Itunucmip île duels.... >• i. Ce pluriel est incorrect, on, du moins, archaïque.
Toujours (beaucoup de) force duels. C'est la mode. Eh!
que dis- je!
Pas de nouvelles? Mais un miracle, un prodige Qui tient depuis deux mois Paris en passion : La fuite, le départ, la disparition '....
MARION
De qui?...
SAVERNY, mettant un genou en terre et lui baisant la main
D'une l)eauté qui vous est bien connue, Charmante Marion!
(Elle le relève avec humeiÉP.) MARIOX, à luirt.
Allons, il continue!
SAVERNY
N'est-ce pas une honte? Au moment où Paris
Et les plus grands seigneurs et les plus beaux esprits
Fixent sur vous des yeux pleins d'amoureuse envie,
A l'instant le plus beau de la plus belle vie.
Quand tous, faiseurs de rime et de duels, pour vous
Gardent leurs plus beaux vers et leurs plus fameux
[coups, A l'heure où vos beaux yeux, semant jiartout les flammes, Font sur tous leurs amants veiller toutes les femmes, Que vous, qui de tels feux éblouissiez la cour Que, ce soleil parti, l'on doute s'il fait jour, ■ ^^ -^ ^ yous veniez, méprisant mar(|uis, vicomte et prince, ■*^' ; lytt**^'' Briller, astre bourgeois, dans un ciel de [irovince
MARION
Calmez-vous.
SAVERNY
Non, non; rien. Caprice original Que d'éteindre le lustre au beau milieu du bal !