‹ Un laboratoire dramaturgiqueChapitre 39 sur 112 · Cf. acte II, se. i · texte numérisé non relu

Cf. acte II, se. i

2. Le couplet était amusant, en dcpil d'une syntaxe assez lâchée. Le tr.iit final est un excellent vers de comédie. On retrouve dans celle tirade une imitation heureuse, et nouvelle alors, de la rjréciosité contemporaine de Louis .Xlll. L'idée de la chute sera conservée : « ... Vous aimez en province... •• ^ « Marion! Marion! hélas! vous dérogez! ■•

MAIUON DE LOIIME. 181

MARION

Vous voulez rire. (A part.) Ah! Dieu! l'importun!

(Regardant à l'horloge, qui iiiarqiio près de minuit.)

Le temps p;isse.

Didier qui va venir!

SAVERNV.

Expliquéz-vdus, (le grâce. Qu'e.st-on venue ici faire depuis deux mois?

Ici, la suite, comme dans le texte. Tout cela était charmant, mais trop long. On causait. L'action ne marchait pas. Et qui dit drame, dit action.

Après de semblables tâtonnements, on ne saurait s'attendre à rencontrer des corrections nombreuses sur le texte définitivement adopté. C'est une copie fort nette.

A Marion, très parée, Saverny disait :

Réconcilions-nous, ma petite Marie!

Rapprochons-nous.

Et Marion de répondre :

Oui, mais... pas si près, ie vous prie.

w Se rapprocher près » n'était pas d'une bonne langue. Les deux vers :

Moi, — Gondi, qui passa... etc.

ont été remaniés dans l'interligne. Le manuscrit portait :

Moi, — le marquis d'Embrun, ce pauvre Malembay, Qui n'aime rien que vous, avec son (var. : vous et son)

\cheval bai.

Beauvillain s'appelait. Moncheorcuil; nom fâcheux pour un amoureux !

Pons élait « le plus amoureux » (et non : le seul). Tout le développement où sont présentés les soupirants de Marion fut ajouté dans la marge.

Quelques variantes du premier jet :

— Vous croiriez... — Quil serait un peu trop ennuyeux Qu'un voile osât jamais cacher de si beaux yeux....

— ... Que jamais d'accord on ne dut voir....

— Quel est l'heureux cj'oçwanf qui nous succède à tous....

— Étourdis, curieux, indiscrets....

— Oui, mais nommez-le-moi, ce sultan qui me chasse...

— ... Mordieu! mais c'est de la chevalerie '....

— Faites sortir Monsieur -, Rose, et le dirigez.

Scène II. — A peine quelques ratures. Une indication scénique a été supprimée : « Marion levant tout à coup les yeux; avec joie... » Quelques corrections insignifiantes : « Çà, je crois... » a remplacé : « Mais je crois... »; «... sombre, isolé... » a remplacé : « ... amer, isolé.... )) De même, on lisait : « Ma vie alors bien sombre... », « une Phryné qui veut à tout prix... » Une seule correction marginale un peu importante a

modifié ce passage :

... Vous brillez à mes yeux Comme un être inconnu dont le cœur est aux deux.

Cette vie... flétrie et dédaignée.

Je l'accepte, et la vois d'une ihne résignée. Enfin, jusqu'à ce jour seul, errant....

Puis, ce sont les cris dans la rue :

Au meurtre! — Mais quel bruit dans la place voisine? — Au meurtre! Au meurtre! ... (Var. : Au secours! à moi!...) Ils sont six contre deux...

(On entend dos |ias ((ui s'rloirrucnt.

\. Le terme était impropre. Bergerie est l)ien mieux. 2. L'expression avait quelque chose de brutaL

Scène III. — Le marquis de Saverny rentre par la fenêtre, afin de remercier son sauveur. Premier texte :

... Le nom dont on vous nomme, S'il vous plaît.

DIDIER

Hé! mon nom... mon nom ne vous fait rien. L'on vous attaque, et moi je vous secours. Fort bien.... (Didier renverse la lampe.)

Quoi donc! vous éteignez la chandelle.... Je vous suis.

DIDIER, poussant Marion vers la porte.

Vous, rentrez, Madame.

(Mariou sort.)

A quoi ressemble Cet insolent? — Venez!

SAVERNY

Vous êtes brusque, mais Je vous dois d'être en vie, et, s'il vous faut jamais Un ami qui pour vous ne bronche et ne recule, Marquis de Saverny, Paris, hôtel dHcrcule.

Ces deux derniers vers avaient été ainsi proposés en variante, à la marge, puis barrés.

Avec cette scène finissait l'acte, comme l'indiquent, à cette place, la date (8 juin) et le compte des vers. (On a vu que JMarion était rentrée dans son appartement.) La scène iv, qui clôt si tendrement l'exposition, n'a que six vers, d'un dialogue très serré. Elle était plus courte encore à l'origine :

Dame Rose!

Dame Rose ouvre la porte do la chambre, soulève la tapisserie, et paraît.

Venez m'accommoder... etc.

Quatre vers seulement 1 Mais quatre rimes masculines se suivaient ^ D'où l'addition de deux vers en marge. — Et la mention : « Fin du premier acte; 9 juin. »

Acte II {Blois). — Le deuxième acte est une copie presque courante, qui ne retiendra pas longtemps notre attention. Commencé le 11 juin, terminé le 13, il semble avoir été écrit avec une facilité merveilleuse. Trois cents vers en moins de trois jours ! Il est vrai que plusieurs seront empruntés aux coupures faites dans le premier acte.

Scène I. — « Des officiers. » — Le vicomte de Bouchavannes y répond au nom de Fa rue, bientôt barré. Les vers 3-7 ont été rajoutés en marge, empruntés qu'ils sont au premier texte de l'acte I (se. i). Même observation pour le début du couplet de Gassé. — Les deux vers :

Mais c'est toute une histoire... etc.

servent à séparer quatre rimes féminines, que le poète avait laissées ensemble. — Des hésitations sur les noms. Cliarni/ est devenu Villac, au long de toute la scène. Beaucoup de répliques sont, à une revision postérieure, échangées entre les personnages. Ce que disait Villac passe dans la bouche de Montpesat, et réciproquement. Ces modifications sont faites avec soin, de manière à conférer à chacun des interlocuteurs épisodiques une sorte de personnalité. — La

1. Cette inadvertance se rencontre assez souvent sur le premier jet. Nous en relèverons un autre e.\empie à l'acte II (se. i).

discussion littéraire, au sujet de Corneille, discussion qui sera le futile prétexte du duel projeté entre Villac et Montpesat, a été fort soignée. Le thème était nouveau au théâtre :

Moi, je vous dis que non ! — Moi, je vous dis que si !

Plus tard, V. Hugo se demanda si l^épisode n'était pas trop long. Il eut l'idée (des vers encadrés le prouvent) de remplacer ces mots :

Mais Corneille n'a fait que descendre... etc. (4 vers 12)

par ce simple hémistiche :

Mais le Cid est méchant....

Plus loin, même scrupule touchant l'énumération des membres de l'Académie, qu'il se proposait de remplacer ainsi :

Croit-il pas égaler Gombault? — C'est excellent!...

Réflexion faite, le poète a tout conservé. Il a même augmenté son texte de quatre vers :

Mais ce Corneille-là, c'est de courte noblesse... etc. Addition, également, les huit vers du complot :

Meure le Rictielieu... etc. ' Variantes de détail :

— Votre Cid, Scudéry l'écrase en le touchant...

— Tenez, avez-vous luPyrame?

— Quand Corneille en fera de pareils, donnez- m' en.

[(2"^'^ texte : jiarle-m'cn).

1. Dans ces vers se rencontre la comparaison fameuse du flambeau et de la lanterne. Elle ne fait pas oublier le mot spirituel de Montesquieu : « Grâce à Richelieu, Louis XIII occupa le second rang en France etle premier en Europe ». — (Je cite (le mémoire ; c'est au moins le sens.)

— Après Hardy! Le fat! Créer, c'est trop facile!...

— Corneille est un grimaud....

— Les grands chapeaux de feutre aux <0(2«es de velours....

— Pourtant, si le public goûte ses rhapsodies....

— Sans que dam notre bouche il vienne encor peser....

— Quel est cet homme noir qui me remplit d'effroi'}...

— Çà, que vient faire ici ce peuple?...

Les quatre vers :

Que va-t-il nous chanter... etc.

furent joints au texte après coup. C'est que V. Hugo ne voulait pas perdre la plaisanterie qu'il avait d'abord prêtée à Saverny :

Mon bon ami, lequel de vous deux fait voir l'autre?

(Cf. à l'acte V, et au début de ce chapitre.)

— Enjoignons ({u'en la place on suspende l'édit....

— Et au il attende là ) , . ■ ,. p -, ,

,, ■' . .. 1 . > cciui (lui la lait rendre...,

— Messieurs... en attendant ) '

Notons, pour être complet, que l'édit était suspendu à gauche, et non à droite.

Scène II. — Sans corrections. Aux notes de description scénique qui la terminent, le poète a seulement écrit dans l'interligne la phrase : « On voit les fenêtres de la ville s'éclairer l'une après l'autre ». — Toujours le souci du décor.

Scène III. — Elle s'est enrichie, de même, de quelques jeux de scène [A Didier, en ricanant. — La table qui est devant lui). Trois mots changés :

— ... Vous Usez mal, brave homme.

— Soit. — Maintenant, demande à Dieu miséricorde!

— Un duel! c'est charmant '....

1. Duel serait ici de deux syllabes. Victor Hugo a corrigé : « Un bon duel.... » De fait, partout, dans ses pièces, il iaii duel d'une syllabe. Cf. Il, i, etc. De même dans Ruy-Blas (acte IV).

Scènr IV. —

— Le bruit qiiicl Von fnlt au loin s'est entendu....

Le Capitaine des archers (et non encore : quart f nier) emmène Didier; et la scène se terminait ainsi :

— ... Adieu, Marie, oubliez-moi!

Adieu !

MARION

Didier! Didier! je te suis!

l'angely.

Dieu sait où! — Çà, qui dirait qu'ici, c'est moi qui suis le fou?

Ici. la àaX&i2 juin indiquait la fin de l'acte, avec le compte des vers (208). La scène v fut écrite le lendemain, et les deux derniers vers de la scène iv conservés comme trait final.

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