‹ Un laboratoire dramaturgiqueChapitre 54 sur 112 · On y saluera une connaissance; c'est le vers · texte numérisé non relu

On y saluera une connaissance; c'est le vers

« Comme d'ouvrir sans clef la caisse dos gabcîllcs. » Victor Hugo le reproduira, neuf ans plus lard, dans Riiif-illas

Mainlenant votre amant dans nos griiïes est pris '. Vous pouvez le sauver, c'est votre unique envie, Et vous ne voulez pas! Pour mie heure, une vie! C'est bien payé pourtant !

MARION

Oh ! j'ai fait un grand pas!

Écoute....

(Le repoussant.)

Mais non. Toi, tu ne comprendrais pas!

(Elle se tourne du côté do la ]irison, les mains jointes.)

Même pour te sauver, redevenir infâme,

Je ne le puis! Ton souffle a reblanchi mon âme,

0 Didier,... etc.

LAFFEMAS

Aimez !

MARION

Tu veux au crime échapper par le vice! Je reste pure,... etc.

(C'est ici que le texte de 1831 suppléait, par égard pour la pudeur du public, la tirade que le poète a citée dans sa note de 1830. Une seconde variante portait:

Elle ne peut. Ton souffle a relevé $on âme, 0 Didier! près de toi rien A' elle n'est resté : Ton amour est pour elle une virginité.)

Suite du texte de 1 829. — Ces vers ont disparu, et l'édition ne varietur ne les a pas reproduits, je ne sais trop pourquoi, car ils sont curieux :

LAFFEMAS

— ... Alors, Je puis faire garder Cette l)rèche, par où viendra Son Éminence, Par des hommes à moi.

MARION

Tire-les de cet antre, Et fais ce ([ue tu veux! Je te suis!

\. Variante du texte de 1831, avant la suppression :

Il Aujourd'iiui votre amant dans nos serres est pris. »

MAFtION DE LORME. 209

LAFFEMAS

Un instant!

MARION

Quoi ?

LAFFEMAS

Je ne savais pas me compromettre tant.

Après tout, Je ne sais oii ma bonté me mène (corr. :

[m'entraîne), Et si, dans tout cela, le plaisir vaut la peine.

MARION

Misérable!

LAFFEMAS

Moins haut! on vous entend crier.

MARION

Veux-tu de moi, réponds? (Se tonlant les bras.)

En être à le prier!

LAFFEMAS

Je puis être cassé.

MARION, tombant à genoux.

Prends mon corps! prends mon âme L'enfer! et qu'il se sauve!

LAFFEMAS

Allons, venez. Madame!

(Il sort par la grande porte.) MARIOX, à genoux.

0 Didier!

(Elle se lève et le suit. Entrent dos ouvriers, la pelle et la pioche sur le dos.)

Voilà donc le gros mur ([u'il nous faut Jeter par terre....

Et la scène s'enchaînait avec celle des ouvriers.

Certes, on conviendra que ce débat était difficilement acceptable pour le public: Marion réduite à cette extrémité de supplier Laiïemas, et Lafi'emas feignant d'hésiter et de la dédaigner! C'était le dernier mot de l'humiliation, le chûliment suprême. Le caractère de Latîemas s'y développait avec un diletlan-

Tll. IIK V. H. * 1 i-

tisme de vice et de cruauté point banal. Le cliat jouait avec la souris. Mais quoi! Cela ressemblait par trop à un marchandage de maison spéciale. Victor Hugo le sentit : il coupa la scène. Qu'auraient dit les classiques qui protestaient contre ses hardiesses, s'ils avaient pu jeter les yeux sur les passages supprimés! Quelles clameurs! Quel haro!

Voilà pourquoi toute cette fin se résuma en ces deux vers :

Voulez-vous jms qu'ailleurs nous expliquions ceci? Tout ce que vous voudrez sera.

MARION, avec désespoir.

Venez!

vers eux-mêmes remplacés par le texte actuel. Ainsi, le coupable accord se faisait dans la coulisse; et cela valait mieux, à tous égards.

Scène III. Didier, Saverny. — Le dialogue qui ouvre cette scène figure dans la marge. Il est, sans nul doute, de IH.'Jl. La scène commençait à l'entrée du greffier :

Messieurs, un conseiller du roi....

Variantes du premier texte :

— J'allais! — J'ai fait naufrage, et Vonde m'a battu. (Y av. : Enfin, des flots battu,) Nu, /aborde au tombeau; — nu de toute vertu! Pour jamais hors de Veau qui s'en est trop jouée (Corr. : des flots dont elle fut jouée) Sur la rive d'enfer mon âme est échouée. Pourtant, j'étais né bon. J'aurais pu vivre aussi, Comme un autre, faisant tout ce qu'on fait ici. J'avais pout-êlre rnèiiir.... de

— Oli ! n"as-lu [las rréiiii de nif tromper ainsi...

— Viens, toi, que je te dise un bizarre prodige....

Les (juatre vers de Didier : « Que me demandezvous... etc. » ont été ajoutés en marge. Plus loin, le texte portait d'abord :

Pourvu qu'on meure enfin, on doit être content! qui devint :

Eh! c'est toujours la mort, n'eu demandez pus tant! Et Saverny répondait :

Grand bien vous fasse! Moi, je ne suis pas content. Au dernier vers :

L'âme lève du doigt le couvercle de pierre, L\bne fuit....

Scène IV. — Entrée du Conseiller. La conversation sur la mort continue :

— Qu'on ait traîné le corps de ruisseaux en ruisseaux, Que toute chair en soit sanglante, immonde, impure....

— Ne sonnez qu'à cela. — Ne m'interrompez pas....

— Continuons ! — La tombe enferme un (jrand arrêt.... Monsieur, cent fois merci de la bonne nouvelle....

— Pardon, un dernier mot. A quelle heure? — Ce soir.

— Où fera-ton la chose? — Ici, dans la cour même....

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