‹ Un laboratoire dramaturgiqueChapitre 70 sur 112 · Acte IV [Le tomheau). — Commencé le 15 septembre, achevé le · texte numérisé non relu

Acte IV [Le tomheau). — Commencé le 15 septembre, achevé le

Scène I. — (Don Carlos et Don Ricardo.) Plusieurs intéressantes additions marginales. — Après ce vers :

Il est bon (rai^uiser les stylets sur des tombes,

on lisait :

Mais une fois encor, (-omte,... etc.

La marge contient les vers intermédiaires, dont une partie, imprimée, a été collée sur le feuillet. Ont été également annexés au texte les quatre vers : « Un Saxon hérétique!... Déjeunes idiots!» et l'importante tirade de trente-deux vers : « Toujours trois voix de moins!... — Va-t'en. C'est l'heure... etc. », que prononce Don Carlos vers la fin de la scène. A signaler, dans ce dernier morceau, la leçon du ms. [sans correclion) : l'échafaud (au lieu de : rahune). Variantes. — Au lieu de : Don G il Tellez Giron, il y a un autre nom raturé, qui semble être celui-ci : Don Pedro de Tohac. — Dans ce passage :

Un (lit qu'il vous trouva chez madame Giron... etc.

Hugo juge utile d'atténuer la brutalité du propos de Ricardo :

Avec lui, Don ïellez Giron, qui dans le lit

De sa femme vous sut i)rendre en flagrant dt'lit.

Douze vers plus loin, il supprime une répétition qui donnait au dialogue une allure traînante et vulgaire :

IlON (^ARI.US.

Est-ce que c'est tout?

DON RICARDO

Oui, je crois que c'est tout.

DON CARLOS

Comte... etc.

Menues variantes d'expression {aparté de Carlos ; :

Basse-cour où le roi, tiraillé sans pudeur, A ces naina afTamés émiette la grandeur!

Plus loin :

Peut-ctre aurais-jc dit, j)(ir saint Paul de Murcid...

Scène II. — C'est le célèbre monologue de Don Carlos : « Charlemagne, pardon!... » En tète, une note : « ISe pas tenir compte des coupures indiquées ». Le poète avait senti combien, à la scène, cette incommensurable méditation serait fatigante, pour l'acteur comme pour le spectateur. Il est à noter que l'école romantique, qui condamna théoriquement le monologue et le récit classiques, dépassa en étendue, dans ces deux conventions de Fart dramatique, tout ce qu'on avait osé jusqu'alors. On a fait aussi long, ou même bien plus long depuis'.

Victor Hugo a, pour la scène, réduit ce prodigieux morceau de 167 vers à 101 vers. C'est une diminution d'un bon tiers 66 vers retranchés . Le monologue, ainsi tronqué d'après les accolades marquées par l'auteur lui-même, est imprimé, tel qu'il se disait et se dit encore à la représentation, dans la note iv de l'édition définitive. Fort heureusement, l'auteur n'a pu se rési-

1. Cf., dans VAiylon de M. Edin. Rostand, le monologue de Melternirh en présence du petit chapeau de Napoléon. 11 semlilc interminable. Cf. aussi, dans l'adaptation dramatique d'un roman d'Hdm. de Goncourt (La Fille Élisa) par M. J. Ajalbert, le plaidoyer du défenseur, qui ne dure pas moins de vingt-cinq minutes. C'est, assurément, le record du monologue..., si tant est qu'un plaidoyer qu'on écoute en silence puisse recevoir ce nom.

HERNAM. 247

gner à faire le sacrifice complet des superbes périodes qu'il a dû couper.

Peu de corrections. Le vers initial était mal venu :

Pardon, puissant tombeau! — tes échos solitaires... etc.

Voici quelques variantes encore :

Et sans doute il s'indujne à ce bounlonnemunl.... ... De son temps, tout était bien plus beau....

Au lieu de la spirale : l" édifice^ ou robélisque.

— Ali! le peuple! — oct^an! — onde sans cesse émue, Où Ton ne peut cracher sans que tout ne remue ! Vague qui brise un trône et respecte un tombeau! ... Comment ne pas glisser debout sur cette splière?

... Dieu! s'il allait me parler! s'il s éveille! Si je sortais aveu'jlc avec des cheveux blancs!

Scène III (scène des Conjurés.). — Quelques incertitudes sur les noms propres des interlocuteurs. Don G'd Tellez Giron, et non le duc de Gotha, disait : « Qu'il meure ! » Do7i Guzman de Lara (et non : Tous) s'écriait : « Qu'on l'immole ! » Une modificalion du dialogue entre Don Ruy Gomez et Hernani i cf. la note de l'édition ne varietiir) :

Elle! je te la cède... etc.

Scène IV. — Elle débute ainsi : u Messieurs, allez ailleurs\... » Suppression du nom du comte de Casapalma parmi ceux des officiers de Don Carlos. — Dans la salutation du duc de Bavière figurait ce vers, raturé :

Nous avons déposé la couronne et le globe. Hernani s'exprimait de la sorte :

C'est à moi ([u'avant tout il convient de le dire. — « Bien! » répliquait Carlos (ms.,srtn5 correction)]

rédilion porle : « Paix ! » — En marge, rapostrophe de Carlos à Ruy Gomez et la riposte de celui-ci : « Mon cousin de Silva... » etc. (4 vers). — Hernani criait aux prisonniers et aux gardes :

Place à Jean d'Aragon, duc de Segorbe, et place! Place à Jean d'Aragon, vous, bourreaux et valets! Et si vos échafauds sont étroits, cliangez-les!

Après riiémistiche : « Oh ! ma haine s'en va!... », le poète a supprimé douze vers où il peignaitles hésitations d'Hernani, à qui l'Empereur vient d'ofl'rir le bonheur avec le pardon (cf. l'édition ne cariclur, en note). L'aparté de Ruy Gomez, qui suit (« Éclateraije...? » etc.], est en marge, ainsi que tout le discours de Don Carlos conférant au bandit réhabilité le collier de la Toison d'or avec l'investiture de chevalier, et accordant aux condamnés leur grâce i« De ta noble maison... etc. », et les quatorze vers suivants). Le texte primitif était beaucoup plus simple :

HERNANI

... Je ne liais plus. Carlus a pardonut'-.... Ah ! vous êtes César!

DON CARLOS, aux autres conjurés.

Espagnol ou Saxon, Je vous fais grâce à tous! l'Empereur vous pardonne. C'est la leçon qu'au monde il convient que je donne.

LES CONJURÉS, à {,'enoux.

Gloire à Carlos!....

C'est le rôle de Carlos qui a subi le plus de modifications au cours de cette scène iv. Voici encore une première leçon (biffée) du texte, après les mots de Carlos :

Allez. J'irai moi-mrmc

(Les doux cicctours mettent un ^'cnou en terre et lui h.iiseut la main.)

HEHNANI. 249

LE nOI DE BOHÈME, so rolpvarit.

Cli.iilrs! r/c /;os Elatfi tii seraa If pilirr!...

DON CARLOS, rintprroini)ant.

Uoi (1(! Iktilème! eh bien, vous êtes familier!

(A part.) Me voilà donc au but, et tout m'a fait passage! — Empereur, au refus de Frt'déric-le-Sage!

(Entre Dona Sol, conduite par Ricafdo.)

Scène V. — Le monologue final de r.Tctc présente les variantes que voici,

Ai-jt; un pied sûr et ferme, à ne pas trébucher '1...

Deux vers plus loin, tracé au lieu de haliu. Le ms. donne, sans corrections :

Tout un monde qui hurh?, et Iwidllonne, et conspire..,. Des [)irges, des éeueils, des rncnucefi sans nombre....

Au verso de ce feuillet, on lit : « Je suis petit coiinne Alexandre ».

... L'Altesse catholique en Majesté mcrée.

Et, sur la feuille de garde du cinquième acte, le cri déchirant de la scène v :

« Par pitié, demain! n

Acte V {La noce). — Commencé le i21 sept., terminé le 25. — Comme on va s'en rendre compte, le dernier acte est, à tous égards, le plus intéressant à étudier sous le double rapport des incertitudes de la composition et du style. 11 a été profondément refondu dans ses morceaux essentiels; et l'examen attentif du brouillon (car c'en est bien un que nous avons sous les yeux) trahit des scrupides qui font, en vérité, le

plus grand honneur au très jeune poète. On voit combien il fut désireux d'amender son œuvre, dont la conclusion était certainement déparée par l'abus des extravagances romantiques M. Ern. Dupuy, à qui l'on ne reprochera pas de manquer de ferveur pour V. Hugo, a regretté, avec beaucoup de bons esprits, l'excès de réalisme qui gâte la scène de l'empoisonnement. Il observe que le jeu des acteurs en souligne encore l'effet pénible : contorsions, faces crispées par la souffrance, plaintes d'agonie, etc. Ce n'est pas ainsi que le drame classique procédait, même quand l'auteur avait le courage de présenter l'empoisonnement aux yeux des spectateurs. Relisez le dénouement de Rodorjune. Tout s'y passe fort convenablement, et les plis de la draperie antique n'y sont dérangés qu'à peine. — Que diraient ces critiques, si V. Hugo avait maintenu au théâtre la version pi'imitive de son dernier acte? Il est vrai que le public en eût, sans doute, fait justice. Les plus romantiques, s'ils avaient eu un peu de goût, n'auraient pu supporter, môme au dénouement, une semblable peinture. Les parodistes auraient eu beau jeu ! C'est qu'en voulant faire du naliirel, selon le manifeste qu'il avait émis lui-même, et du réel, le poète ne fit que du hurlesijnc. Il s'est repris, et les choses ont été à peu près remises au point. Aussi nous n'hésiterons pas à citer ces pages oubliées du génial écrivain, puisqu'aussi bien il a éliminé et condamné lui-même le plus grand nombre de ces énormités romantiques. Il est humain de se tromper, et il est beau de corriger ses erreurs. Exhumons donc sans crainte ces hardiesses outrées, non pas seulement comme des curiosités littéraires, mais parce qu'il est peu de leçons de goût aussi utiles que celle-là, partant de si haut.

HERNANI. 251

Scrne I. — Très peu de relouches. A nilenir, ces deux varianl.es (écrites dans la marge) de l'interrogation de Don Sancho :

Voulicz-vous pas quil mit son cercueil de la noce? Vouliez-vous pas qu'il rinl mourir dans celte noce'! Vûuliez-vous pas sou spectre au banquet de la noce'!

Plus loin, Don Francisco a remplacé, arbitrairement, Juan de la Cercla. — Et voilà tout.

Scène III. — Remarquez ces variantes (la quatrième au manuscrit, sans correclion) :

Ce bruit m'étourdissait. N'est-ce pas,... etc.

... Le bonheur, amie, est chose grave.

// tombe sur le cœur goutte à ç/oulte, et s'y jïrave. I\ien que Vombrc et Vamour. Félicité parfaite! La lune est seule aux cieux, qui, comme nous, repose. Un rossignol caché dans l'ombre....

Sur le manuscrit, sans correclion :

Don Juan, celle fanfare onifilit li' cœur de joie.

Un changement considérable après ces mots d'Hcrnani : « Oui, mon bon ange! » (cf. la note de l'édition définitive) :

Oh! veux-lu quelque chose"? ordonne à la servante.

Ilcrnani cherche alors à éloigner sa bien aimée. Toute cette lin de scène (depuis : « Tu souffres donc bien? ») a été remaniée en marge. Restituons la donnée originelle, franchement exécrable, et surtout déplorablement traînante :

IIERNAM.

Ce devrait èlre fait! Aii!...

nONA SOL.

Tu ne le sens pas bien?

î THEATRE DE VICTOR RUGO.

HEnNANI.

L'a mal... auquel je suis sujet....

DONA SOL

Ce cor vous trouble !

Chaque fois qu"il reprend, votre angoisse redouble.

HERNANI

Non. — Ce cor est charmant, et j'en aime le son.

(Le cor recommence.)

' A )iart.)

11 le veut! un poignard! par jiitié, du poison! Je manque à mon serment! — Rien! — Fanfare impla-

[cablei]

(Haut.)

Ah! ce pourpoint m'étoufîe, et ce collier m'accable!

(Il arrache son collier et le jette à terre.) DONA SOL.

.Mais coupez le pourpoint....

IIERNANT.

Ahl... le poignard du roi, Las-lu toujours?

UONA SOL.

Oui.

HERNANI

Cours me le chercher!

DONA SOL

Pourquoi?

HERNANI, montrant son pourpoint.

Pour l'ouvrir!

DO.NA SOL

Il serait plus simple que je [irisse Des ciseaux....

HERNANI

Le i»oignard !

DONA SOL

Mais....

HERNANI

.\h ! c'est un caprice.

Va, cours, j'en ai besoin!

HERNANI. 2b3

DONA SOL

J'obt'-is, monseit,'iHnii' !

(Elle sort par la |)ortc de la cliaiiibro iiii|itiali'.) HERNANI, resté seul.

Voilà donc ce (ju'il vient faire!...

Hugo avait donc songé d'abord au» suicide d'flernani par le fer, non par le poison. En revanche, on verra plus loin que Ruy Gomez cherche à s'empoisonner, avant de se poignarder.

Scène V. — Le masque en domino noir paraît; il pose sur la table un poignard et une fiole, il invite le malheureux amant à choisir. Voici le premier jet, infidèlement rapporté dans la note de l'édition :

LE MASQUE

A mon dernier banquet, mon hôte, je t'invite. Ce que tu laisseras sera pour moi. Fais vite.

HERNANI

Je suis prêt....

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