‹ Un laboratoire dramaturgiqueChapitre 85 sur 112 · D. CÉS.-VR · texte numérisé non relu

D. CÉS.-VR

Ah çà! c'est mai,niili([uc!

Vous parlez aujourd'hui très bien, mon cher marquis. Je vous suis dévoué, je vous suis tout acquis. Quant au.x conditions..., etc.

Quelques variantes encore, au lonjç de la môme scène :

Vous pourriez, au besoin, César, faire une émeute.... Ah! oui (var. : Grand Dieu! Vraiment), vous avez l'air.... De quelqu'un qui chemine à mon côté.... Tu n'es pas, j'imagine, un homme scrupuleux.... Don Salluste, en ceci voilà mon sentiment.... Celui qui lâchement et tortueusement....

... pdur prix de sa trahison vib^...

D'assaut, de haute lutte, avec cent (libnslitTS... Ttius luttant, faisant rage,...

Oui, je le dis, Monsieur, pour Dieu....

Ici suri^it une notable variante, conservée dans l'édilion ne varietur. On conçoit par quel sentiment Victor Hugo, après avoir déjà montré des ouvriers sculptant un Bacchus à la porte d'un palais, a renoncé à leur l'aire ébaucher encore un Saturne. (Vêlait, de la part de Don César, trop de préoccupations d'art en pareille conjoncture. Ouoi qu'il en soil, voici deux antres leçons de ce texte, négligées par l'édition :

... Qui sculpte, amusement du peuple et des ndets, ou :

... Qui sculpte, jjour orner le logis des vaicis, Un Saturne de pierre aux portes du palais.

Un peu plus loin , observons que César disait d'abord :

Dormir, les pieds à Vomhrc et la U'ic au soleil.

C'était, évidemment, illoj^ique... et peu confortable.

Les derniers vers de la scène ont été rajoutés en marge, depuis: « Et les cinq cents ducats?... » — ^'oici quelles étaient les versions primitives :

D. SALLUSTE

Pour finir sur ce point notre explication, Attendez-moi céans. Je reviens tout de suite.

Ces deux vers ont été barrés et remplacés ainsi :

Comte, avant d'achever cotte explication, Var. : Avant de terminer....

J'ai quelque ordre à donner.

I). CÉSAR, à i.ait.

Hum! visage de traître!

D. S.XLLUSTE, appelant Ruy-lîlas. qui rentre à la voix de son maître.

Ici, Ruy-Blas! {à part) Ils m'ont eu l'air de se counaîtrc

(Haui. à D. César.)

Veuillez m"att(Mi(he ici. .le reviens....

Scène III. — La scène d'explications entre César et Ruy-Blas abonde surtout en corrections de mots. Nous rétablissons le texte primitif, en priant le lecteur de se reporter à l'édition :

Comme en cet hcun-ux lemps d'orijueil t-t de misère.... Un jeu de scène, indiqué, puis supprimé :

(Ils se serrent la main.)

Pauvres enfants du peuple. — InMas! c'élait laurorc... Au Ire texte :

Et frères tous les deux, — hélas! c'était l'auroif.... Pauvres, fiers, nous vivions. — Puis cnliii arriva....

Ces six derniers vers ajoutes en marge.

Je me revois, après quatre ans....

Toujours ce Zafari, l'homme de liberté....

.... Ami. que le (lii';ii-je?...

De science et de pain....

Qui passent tout un ]our, jaloiLx (var. : oisifs) et pares-

[seux....

Si bien qu'enfin, mourant de faim....

J'avais mille projets, des plans, une montagne Dans r esprit....

Après la réponse de Don César, Espère... .,\e manuscrit passait tout de suite à la tirade :

Espérer! Mais tu ne sais rien encore.

Tout le passage intermédiaire, soit vingt-quatre vers, est une addition marginale postérieure. Assurément, il l'ait longueur dans la scène ; mais il prépare heureusement les quatrième et cinquième actes en nous décrivant, par une sommaire esquisse, les muets et la maison mystérieuse où le dénouement se passera. — Là, comme partout, l'auteur a remanié l'expression. On lisait antérieurement :

Non, c'est par aventure, ami, que tu m'y vois, Etfy viens aujourd'hui pour la première fois.... Je passe pour le maître. Ils ii,'norent mon nom.... .... Entrez i)ar la porte dorée....

Plus loin, le portrait de Charles II s'est accru de quatre vers,

(Depuis : moins qu'un homme!)

Var. : Ah! Charles II! — Si belle et si jeune! — ô misère!... Jusqu'à Caramanchel, pour trouver de ces fleurs; J'en savoure longtemps les parfums enchanteurs.

Ce dernier vers, singulièrement classi(|ue de forme,

est biffé d'une main énergique ; cas rare, nous l'avons dit, sur le manuscrit de Ruy-Bias.

Quelque reître aposté, drôle peu langoureux.... JVe me disais-tu pas poiu-quoi je lairae ainsi?...

Ce dernier vers est obscur et négligé ; il est incorrect, même.

Le couplet de César, depuis : « Tefuir!... » (8 vers), a été ajouté en marge. — De même, toute une partie du jeu de scène qui accompagne la rentrée de Salluste. Don César, à ce moment, jurait par ^lahomet, ni plus ni moins (juc dans les Chansons de geste :

.... Hum! que Mahoin m'emporte!

Où, maintenant, se fera l'embarquement de l'encombrant Don César? On sait avec quelle facilité V. Hugo modifie ses données et notions géographiques. En voici la preuve indéniable. Dans l'édition, nous lisons : Denio; mais Dénia ne figure nulle part sur le manuscrit, (jui porte : Turtose., et, en variante : Murviedo.

La conclusion de la scène a donné lieu à une variante, recueillie par l'édition.

Scénr IV. — A la scène iv, Salluste interroge lîuy- Blas et lui commande d'écrire sous sa dictée.

... Per.sonne alors dans le château Ne vous a vu porter celle livrée encore?

Personne, excepte vous....

Après : « Ecrivez... », quatre vers ont été barrés dune rature en spirales (cf. plus haut). Même observation pour un jeu de scène primitivement indiqué après le vers :

.... tu ilanirei- lerrilih' <--i --iir iii.i Iric.

Les vers : « Par la porte au bas de l'avenue..., etc. <> ont été remaniés jusqu'à trois fois. Le texte de début portait:

Vous pourrez, sitôt la nuit tombée.

Entrer par une porte en un mur dérobée.

Puis venait une deuxième leçon : ^

Vous pourrez entrer, la nuit tombée, Par une porte au mur du jardin dérobée.

Enfin, le texte qui a prévalu, plus clair et, sans contredit, meilleur.

Quelques vers plus loin, Hugo avait écrit:

Je veux vou)< faire un sort. Mais il est nécessaire

De m'obéir en tout. — Écrivez : — Moi, Ruy-Blas....

Le premier hémistiche fut heureusement modifié, et quatre vers furent ajoutés en marge. Signalons encore Iccharpe, qui était teinle, et non peinte; « Voi/ez! » au lieu de : « Touchez/ » Puis, à l'entrée de la reine (scène v), Salluste, au lieu d'annoncer le marquis del Basto, disait : « Le comte d'Ohata. » Ce titre subsistait tout le long de la scène v, où, naturellement, le mot comte remplaçait partout marquis. Hugo — on ne l'ignore pas —•- cherche surtout aux noms propres des consonances agréables ou éclatantes. Pour quelle raison préféra-t-il Baslo à Ofiata? D'ailleurs, le titre du duc d'Oiiate devint, à l'acte suivant, celui de Don Guritan. — Notons encore ici, comme changement de nom, celui du duc de Peiiaranda, métamorphosé en comte de Itibarjorza.

Toute cette scène v, qui se compose de présentations successives, fut élaborée par morceaux; telle la scène entre Don Carlos et les seigneurs (cf. Heniani, acte H, .se. ij. Par malheur, la trace des premiers

remaniements a disparu ; mais le poète a visiblement rapproché là des parties de scène soudées ensemble par la loi du développement successif. L'aspect même du manuscrit renseigne à cet égard. Plusieurs papiers portant des fragments recopiés (f"* 17, 18, 19) ont été collés sur le folio 10 et témoignent de ce procédé de composition . De même , l'épisode du marquis de Santa-Cruz, le bonhomme aveugle qui se défend de l'être (seize vers), est écrit à part, sur papier blanc, et recollé en marge. C'est un béquet.

Ne pas omettre cette variante dans le couplet de Salluste :

.... Appelez-moi cousin, car nou.s le sommes. Je m en vante: il me semble, au fait, que nous le sommes. Les lîazan sont....

Vous l'expliquez fort bien....

En marge du nom de Ribagorza, l'auteur a tracé ceci : « D. Martin d'Aragon y Suerrea., comte de Rihafjorza, frère du duc de Villa-Hermosa. » Et, en regard du nom du comte d'Albe : « D. Marc Enriquez de Guzman, douzième comte d'Alba,... seigneur de Membibre, Carvajales y Ahamvillar. » Ces listes de noms propres et ces documents biographiques, vrais ou faux, plaisent à Victor Hugo, lui inspirent une favorable idée ou, au lïesoin, lui donnent l'illusion de son exactitude historique, et lui servent aussi à communiquer à ses personnages secondaires une réalité d'existence qu'autrement ils n'auraient point.

Citons encore, en cette fin d'acte, quelques divergences du texte original :

Quand votre t'iat s'accroit....

Elle est à vous, Ruy-Dlas....

L'exclamation de lluy-BIas : « /m reine! oh ! » se

trouve écrite en marge. — Enfin, dans lindication des costumes, le dais sous lequel apparaît la Reine est de drap d'or. Il se mua plus lard, pour des motifs que nous ignorons, en velours ccarlalc.

Acte II [La reine d'Espagne). — L'acte débute par une longue noie descriptive, qui paraît avoir été travaillée avec un soin scrupuleux. Toute la deuxième partie de cette note depuis : « Au lever du rideau... ») fut annexée après coup. Elle est même (exceptionnellement) plus étendue dans le manuscrit que dans l'édition. Ainsi, après le portrait de la camerera mayor, « vieille femme en noir », on lisait ces deux phrases, lesquelles ont disparu: « Au fond, d'autres vieilles femmes, en noir également, travaillant à des broderies diverses. La Camerera parait par instants comme endormie, puis elle se i^éveillf brusfjuemenl pour surveiller autour d'elle. » — Par contre, le portrait de Don Guritan est réduit à ces quelques mots : " Aie fond, se tient debout Don Guritan, comte d'Onnte, majordome, grand, sec; habit militaire. » On verra par la suite que le rôle de Guritan se trouvait, à l'origine, presque effacé. Ce n'est que plus tard, et peu à peu, que Victor Hugo saisit tout le parti qu'il pouvait tirer de ce personnage romantique, joué à la création par Féréol et repris magistralement, au Théâtre-Français, en 1879, par Martel, un admirable « vieux héron ». — N'oublions pas que la camerera mayor s'appelait simplement Doua Juana. Après correction, elle décora ses attraits fanés des litres de de la Cueca et de duchesse d'Albuf/uertjue, qui sont absents du manuscrit.

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