Ruy-Blas, ayant bien péroré, concliil ainsi
" C'est dit, Monsieur! allez là-dedans [irier Dieul »
Le manuscrit porte ensuite ce vers, dont le Ion ironique n'est pas jusle, et qui a été heureusement remplacé :
DON SALLUSTE
« Quoi! sérieusement! oser'....
RUY-BLAS [avec un sourire effrayant).
\on. C'est un jeu! •>
A noter la recherche de Tépithète dans le vers fameux :
Je te Viens palpitant [vav. -.pantelant) sous mon talon de fer.
L'auteur est revenu à l'adjectif écumant, qu'il avait risqué d'abord.
... Allons, tu railles....
Un duel"? tî donc! Je suis un drôle, on ne sait quoi.... Une engeance de rouge et de galons vêtue.... Oui, je vais te tuer, Marqîiis, entends-tu bien?...
Ruy-Bl.\s sans indication de jeu de scène dans le manuscriti :
... Pardonnez, mais chacun ici se venge.... ^^ texte :
Laissez. — Chacun ici se venge....
LA REINE, à genoux.
Grâce !
RUY-BLAS, levant Tépée.
Non !
DON S.ALLUSTE.
TJn instant!... Ruy-Blas!
Il faut finir !
DON SALLUSTE, se jetant sur lui.
Traître! — Au secours! on veut m' égorger!...
RUV-BLAS, le poussant dans le cabinet.
Te punir!
On le voit, la scène finissait alors tout différemment. L'antithèse entre Yassassinat et la punition fut conservée. Elle a préoccupé le poète. Après le : « Tu tneurs puni! » de la deuxième version, il avait encore écrit, puis rayé, ces mots :
Meurs!
DON SALLISTE.
Traître! au meurtre!...
et, en marge, il a répété la susdite antithèse sous celte forme (Jilï'érente : « Suis maudit/ — Sois puni! » Scène IV. — Nous touchons à la conclusion, à cette heure de calme et de pardon où la souffrance de Ruy- Blas s'assoupit enfin dans la mort. — Très peu de changements, et insignifiants ceux-là, soit que l'inspiration ait coulé de source, soit plutôt que ces vers aient été recopiés.
Je sens la chose, hélas! comme vous la voyez.... ... Cest hier, — Je n"ai pas l'âme vile....
Les deux vers avaient été refaits ainsi en marge (le premier texte a prévalu) :
Je vais vous dire tout, reine, de point en point. Je n étais pas heureux, je n'étais pas tranquille!
LA REINE
Que fait-il?...
L'indication du jeu de scène était ainsi notée :
(Il pose la liole sur la table. La reine se lève et court à lui.)
Après le mot final : « Merci! » le manuscrit porte : « Sa tête retombe » ; et la date : / / août 1838, 7 heures du soir.
De cette attentive étude du manuscrit de Ruy-Blas, il nous apparaît qu'on doit tirer les mêmes conclusions formulées déjà par nous après la lecture d'autres œuvres du Maître. Tout en regrettant de ne consulter qu'un manuscrit très au point, nous tirerons profit des indications, encore infiniment précieuses, qu'il laisse échapper. On a là les suprêmes corrections de l'écrivain. Toutes témoignent d'un goût sûr, d'un souci parfois heureux, toujours consciencieux, de
Texactilude historique et de la mise en scène. Victor Hugo, quand il composa Ruy-Blas, se préoccupa tout spécialement de ce que Fénelon, après les Italiens, appelait le costume. Et il entendait par là, non seulement les habits de théâtre, mais, à proprement parler, tout ce qui constitue la couleur locale. — Enfin, les quelques pages du scénario originel sauvées de la destruction permettent de vérifier, une fois de plus, tout ce que nous avons dit ailleurs sur les habitudes de composition et de développement du poète laborieux et génial. Riuj-Blas est, sans conteste, une oeuvre de bonne foi. C'est, du même coup, une pièce bien faite. Grâce à ces qualités essentielles, elle restera longtemps au répertoire; et, certes, Tauleur aurait pu dire d'elle, avec plus de confiance encore, ce qu'il déclarait au sujet d'une autre œuvre, plus contestable : « Confirmer ou réfuter des critiques, c'est la besogne du temps'. »