‹ Un laboratoire dramaturgiqueChapitre 97 sur 112 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

« Parfois daus ce miroir un faiitomo ludcux

Me fait peur quand jo passe et marche à ma rencontre.

C'est moi-mcmo!... «

[Les Jumeaux, acte II, se. i.)

Voici un drame commencé presque aussitôt après Ruy-Blas, et qui est demeuré inachevé. Un premier acte trop long, trop toufl'u, qui eût été nécessairement « resserré et condensé », remarfiuent justement les éditeurs; un deuxième acte plein de mouvement, tout prêt pour la scène; un troisième acte ébauché, avec des discussions politiques assez froides; et c'est tout. A la fin du manuscrit, cette note : » Interrompu le 23 août par maladie ». — La maladie ne fut point grave, puisque, à la fin du môme mois, l'auteur se mettait en route pour les bords du Rhin. — Reaucoup plus tard, Victor Hugo contait volontiers qu'ayant eu l'imprudence de parlera quelques amis du sujet qu'il traitait, il fut trahi par l'indiscrétion de l'un d'eux. Alexandre Dumas aurait eu vent de la chose, et il aurait devancé son ancien ami en publiant Le Vicomte de Bragelonne. Cette légende, recueillie par M. Richard Lesclide et répandue à une époque où Dumas ne pouvait plus répliquer, n'a rencontré que peu de

créance. M. Biré fait très justement observer que Ze Vicomte de Bragelonne ne parut qu'en 1847. D'ailleurs, l'histoire du Masque de fer était-elle si peu répandue que Victor Hugo ait pu la considérer comme une propriété littéraire? Quoi qu'il en soit, le poète ajoutait que, dans un instant de dépit, il avait jeté son œuvre au feu. — « Non pas, répondait finement Mme Drouet, qui le connaissait bien. Vous l'avez, tout simplement, mise de côté dans quelque tiroir, d'où elle sortira quelque jour '>.

Vers la fin de sa vie, Hugo désira revoir ce vieux drame de sa jeunesse. Etait-ce avec l'intention de le terminer et de le publier? — Il est permis d'en douter. A cette époque, il ne concevait plus le théâtre historiquement ni romantiquement. C'était vers 1875. M. Richard Lesclide s'était chargé de « faire des fouilles », selon son expression, dans le cabinet de travail de la rue de Clichy, à dessein de classer les papiers du poète. Le maître « s'informa des Deux Jumeaux ». On n'en trouva point trace. En 1881, l'idée de revoir cette œuvre d'antan vint s'emparer de son esprit. « Une exploration exacte de HaHteville-House ne produisit aucun résultat. Victor Hugo s'en montra fort contrarié. Il faut regretter avec lui la perte de ces vers presque contemporains (THernani ' (?) « Depuis ces lignes, écrites en 1885, le manuscrit, heureusement retrouvé, fut publié (en 1889) dans les Œuvres posthumes. Le drame est intéressant par ce qu'il contient, et plus encore par ce qu'il laisse deviner. Il est fâcheux que le manuscrit ne conserve aucune donnée sur le plan du reste de la pièce. Je regrette, d'une manière générale, et spécialement quand il s'agit des

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