‹ Un Lamennais inconnuChapitre 10 sur 112 · INTRODUCTION XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XVII

« Je trouve cela, dit-il, si extraordinairement nu'diocre, (|ue j'ai toutes les peines du inonde à me décider à le continuer. Je n'écrivis jamais quoi (jue ce soit avec moins de goût, n

Pour cet écrivain de race, la disproportion entre le résultat atteint et l'idéal entrevu est une nouvelle source de regrets inconsolés '.

Ce n'est pas tout. 11 est né avec un vif attrait pour la campagne et la solitude. Il ressent pour la nature une tendresse charmante et passionnée;

1 . Lamennais retraçait, à la fin de sa vie, l'histoire de ses propres souffrances, en écrivant la page suivante, consacrée à la gloriticalion de Dante :

« Ainsi véi'ut dans la pauvreté ot mourut dans l'exil celui dont le nom ne devait jamais mourir. Sa destinée rappelle la destinée d'Homère, du Tasse, de Camoi'ns, de Milton. Ce n'est pas gratuitement que le génie est accordé à l'homme, et, à voir ce qu'il faut le payer, qui se sentirait lame assez forte pour accepter ce don formidable, et ne dirait plutôt comme le Christ : Transeat a me ? On ])arle de gloire, mais lequel d'entre <'es hommes a su qu'il jouirait de cette gloire, qu'elle projetterait ses rayons sur la fosse où il descendait plein d'angoisse ? Le vulgaire cherche à cette angoisse je ne sais quelle compensation dans les stériles joies de l'orgueil satisfait. Il ignore que plus s'élèvent ces grandes Ames, ])lus elles doutent d'elles-mêmes, ])liis elles se sentent loin du sj)lendide exemplaire ({u elh-s contemplent et qu'elles ne reproduiront jamais. Klles sont, elles aussi, des victimes saintes de l'humanité, dont le progrès, ù divers degrés, est attaché à leur sacrifice. Une voix intérieure, puissante et irrésistible, leur crie : « Vu! » et elles vont. « Monte au (calvaire ! » et elles montent. — Traduction de la « Divine Comédie ». Introduction.

Lamennais n'aurait probablement jamais achevé le premier volume de VEssai sur l'indifférence, sans l'énergique insistance de l'abbé Teysserre, qui l'enferma jilusieurs fois dans sa chambre pour le f(»rcer à travailler. — Cf. Paguelle de Follenay, Vie de l'Abbé Teysserre, chapitre intitulé : Relations avec Lamennais .

XVllI INTRODUCTION

entre elle et lui, il y a des communications mystérieuses et sympathiques, qui rappellent parfois René ouJocelyn. Nous pourrions surprendre, en feuilletant sa correspondance publiée, les réflexions qu'éveillait dans son esprit désolé le chant d'un oiseau ou la goutte de rosée qui tremble sur la feuille ; nous l'entendrions pleurer sur la mort d'un passereau.

La Chênaie a été longtemps son paradis terrestre, mais les nécessités de la vie l'en ont chassé, et il n'y peut plus faire que de rares apparitions. Quant à la vie de Paris, elle lui pèse plus qu'on ne saurait dire. Son imagination s'élance sans cesse, au delà des murs étroits de son cabinet de travail, vers les habitations rustiques et les forêts sombres de la terre natale.

(( Au milieu de ce tumulte, de ce bruit fatigant, de ces occupations oisives, mon cœur, par une douce et vieille habitude, se reporte vers la retraite... La célébrité me parut toujours ce qu'elle est réellement, un fardeau, et non pas seulement une chose vaine. Que de fois, en lisant les moralistes et les poètes, jeune encore, je me suis applaudi de ma douce obscurité ! J'éprouvais un vrai bonheur de me savoir inconnu ; je me trouvais comme plus à l'aise dans la vie. Seul, au

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