‹ Un Lamennais inconnuChapitre 101 sur 112 · De la Restauration et de. la monarchie élective · texte numérisé non relu

De la Restauration et de. la monarchie élective

l'jiiis, 7 iioNciiiljrc [H'M.

Si lu vois C Avenir, clicr \u)\\ frt re, lu sais d«'?jà quo nous avons [)i'is le pai'li dfMi suspendre; la |)ulili<-alion, jus(|ii'à ce qu(.' le })ape se soil explicjué, et qu'en consé- (pience Lacordaire, Monlalernhei'l et moi, nous allons partir pour Home. Il n'élail plus possiMe d«' supportei' la frénéliqne opposition de l;i j)luparl de's évèques. Noire démarclie fermera la bouche à la calomnie, et notre absence lera comprendre peut-être mieux (pie tout le resle 1 utilité de ce que nous avions entrepris, maintenant que la religion et le clergé vont se trouver à [)(>u près sans défenseurs '. Je n ai pas le lemj)s de l'en dire davantage. Je suis accablé de travail, et de peines aussi. M. de la l^ouillerie continue ses poursuites, plaidant uniquement pour obtenir contre moi la contrainte par corps. Je t'embrasse tendrement et me recommande à tes prières. Nous partirons dans une huitaine de jours.

Ton pauvre frère, F.

GLXXXII

A la Clicnaic», le 7 octohi-e ISI)2.

J'attendais une lettre de toi, mon bon frère, et la voilà enlln qui m'arrive, lorsque je me préparais moimême à t écrire, après m être ari'angé un piu ici.

1. Le loctour r<MM;ii'(|ii('ra, dans ci' passaj;-»', l'iiiitr«>«-iii(l:iiu-«> (jui devait, plus lard, dochainor tant do cidèros.

Ce n'est pas que je sois assuré d'y rester longtemps. La contrainte personnelle obtenue contre moi n'est suspendue que pour trois mois, lesquels expireront en novembre et, si le tribunal n'admet pas la cession des biens que je propose, je serai forcé de quitter la France, et probablement pour toujours. Mon avocat paraît tranquille sur le résultat, et moi, je m'abandonne à la Providence. Je la bénis de toute mon âme d'avoir veillé sur toi, lors de cet affreux accident que tu as éprouvé en Suisse. Mon Dieu, que notre vie tient à peu de chose, et que jious ne sommes rien! Vapor ad modicum pareils.

Il serait impossible de t'expliquer suffisamment dans une lettre ce qui concerne notre voyage à Rome. En deux mots, les puissances ont eu peur de nous, hommes des peuples, et après dix-huit mois de négociations et d instances, elles ont déterminé le pape à s'allier publiquement avec tous les despotismes européens. La question est désormais nettement posée, et à mes yeux sa solution n'est pas incertaine. Nous nous approchons rapidement d'une crise nécessaire et définitive. La Rome spirituelle, bien différente de la Rome politique, l'attend comme l'unique moyen de salut. De grandes destructions doivent précéder l'époque où le catholicisme affranchi de ses liens régénérera de nouveau le monde. Les vieilles masures qui servent encore do repaire à tant d animaux impurs et malfaisants doivent disparaître pour la plupart avant que l'on commence à bâtir un autre édifice. Les ouvriers ne manqueront pas pour cette œuvre de démolition. Laissons-les faire;

U.N LAMKN.NAIS INCONNC

leur mission csl jj^raiid»' aussi, nt, sans qu'ils le saclM-nl, il y a en eux un inslincl divin ([ui les pousse'.

Si je trouvais un jeune» homme (|ui put le convenir, je t(î l(î manderais aussitôt. Cela peut assez aisément se rencontrer à Paris, mais ici c'est bien diflicile. Je n'en désespère pas crpfMidanl.

Tu peux m'adresser les lellriis soilà Dinan, Côles-du- Nord, soit à Paris, rue Sainl-Germain-des-Prés,

1. Dès qu'il était contrarir dans son org-uoil. Lanicniiais, on [le voit, arrivait fout do suite aux récriiiiiiiaf ions injurieuses. [Quelques mois auj)aravant, il avait écrit, sur le in»">nie sujet, à un autre jeune homme de sa connaissance, la lettre inédite [suivante :

« La Providence j)répare toutes choses j)f»ur hâter le moment [où tous les obstacles humains qui s'opposent à raflVanchissefinent de l'Eglise étant renversés, commencera la graïuie action calholi(|ue (jui sauvera le monde. Quelque court, <'ependant, que doive être ce temps d'attente, il sera rempli de beaucoup desoul- Ifrances. Prions ardcMument le bon Dieu qu'il nous donne la force [de les supporter en vrais <hrétiens, a(in qu au moins jxiur nous îlles ne perdent pas leur vertu expiatrice. J'ignore jus(pi'à queUe éj)oque mon séjour ici (Home) se pro- |longei'a. Le pape a promis de taire examiner nos doctrines; on dit iTnème que cet examen est commencé ; mais (juand (inira-t-ii ? iC'est ce que nous ne pouvons savoir. Les notes diplomatiques [des puissances nous avaient précédés ici et nous y ont suivis. ~)uns ses dispositions pi'ésentes, cherchant, comnu^ souverain, son lappui dans la prote<tion des cabin(>ts européens, le Pjjpe doit [croire prudent de s'abstenir de tout ce ([ui pcmrrait les choquer, et le jugement <jui nous justifierait aurait cet etl'et très certainement. Voilà où en est le catholicisme, cida est triste à dire, mais U en est ainsi. Notre consolation <>st dépenser, comme le pens»Mit iet le disent ici tous les honoues attacliés avant tout à 1 Kglisc.

au'un si grand avilissement de la puissance spirituelle ne pourrait urer. Dnni rompra ses fers. Kn attendant, prenons patieni-e, soutmettons-nous et j)rions : la prière obtient tout. .Je me recom- [nuuide aux vôtres, mon cher enfant, et v«)us réitère l'assurance [de nu)n tendre et inaltérabh' attachement, .\dieu, adieu, que la rràce d'en haut vous fortifie et vous console ! »

F. Dli L.-^. Mk.n.nais.

i''^Cr

numéro 10 bis. Gomme je n'ai rien dans le monde el que je vis, à la lettre, d'aumônes, je te prie de les affranchir. J'écrirai prochainement à Mme Cottu, dont je n ai point de nouvelles depuis près dun an.

Je suppose que son projet est de passer encore cet hiver à Lausanne.

Adieu, mon bon frère ! je t'aime et t'embrasse de tout mon cœur.

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