‹ Un Lamennais inconnuChapitre 103 sur 112 · CIA'XXVI · texte numérisé non relu

CIA'XXVI

Copie d'uru' lettre de 1 iiblx' de la Mennais à M. Gillib<Tl, médeein à Lyon.

La (]lieiiaie, le .'{ jaiivioi* 18IJI5.

Mon ami M. JJeiii.s Ijeiioîl ma fait j)art, monsieur, de l'intérêt que vous prenez à ma position et du projet que cet intérêt vous avait inspiré. Je vous connais assez déjà pour que ni 1 un ni l'aulre ne mail surpris, et je crois être aussi lro[) connu de vous pour qu'il soit besoin de vous dire combien cette marque de votre bienveillante estime s'est profondément gravée dans mon cœur. Elle est pour moi, dans mes malheurs, une consolation inappréciable. Des sentiments si délicats et si généreux de la part d'une personne avec laquelle je n'avais pas même l'honneur d'être en relation compensent plus qu'amplement ce ([ue j'ai trouvé d'improbité dans quelques-uns et d ingratitude dans d'autres. C'est là, monsieur, une de ces joies de l'honnête homme qui raniment le cœur prêt souvent à se flétrir sous la poursuite de l'injustice et de la bassesse, et cette joie, grâce à vjus, rien ne me l'ôtera désormais.

Quant au projet même, il me paraît au moins extrêmement difllcile, pour ne pas dire impossible, d'exécution. Il me répugnerait invinciblement, hors le cas d'une nécessité extrême et connue^ de tous, que le })ublic fût entretenu de mes intérêts personnels. J'ai su quehpiefois, sans qu'il m eu coûtât d'efforts, les sacrifier à des intérêts plus nobles, et l'espèce de satisfaelion

permise que je puis, au fond de ma conscience, trouver dans le souvenir d'avoir fait mon devoir en ces occasions, je la perdrais, et avec elle tout ce qui me reste au monde, si un seul moment je commençais à me compter, moi et ce qui me touche personnellement, pour quelque chose '. J'espère, quoi qu'il arrive, que la Providence n'abandonnera point celui qui s'abandonne à elle, et la pensée même qu'elle a fait naître en vous m'en est une douce preuve.

Je voulais à ce sujet vous parler de ma reconnaissance, et je ne puis vous parler qiie de mon affection. Veuillez en agréer l'assurance bien sincère. Un temps viendra peut-être où je réclamerai la vôtre pour travailler de concert au bien de notre patrie si malheureuse. Son image est toujours là devant moi, opprimée au dedans, avilie au dehors, telle en un mot qu'on nous l'a faite, et ce spectacle ne me laisse aucun repos. Mais c'est assez longtemps, monsieur, troubler le vôtre. Je finis donc en vous réitérant, avec toute la simplicité d'un homme ennemi des A^aines cérémonies, l'expression des sentiments inaltérables que je vous ai voués.

Signé : F. DE LA Mennais.

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