Comn)e précepteur
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h'Ilrc (le M()iil;il(,'iiil)ei'l r.nira-l-r'lh* onrow, lrr)iiv»'' à Avignon ? (.ar notro exécrablo goiivornement Irs tra({U(; comme des hrtcs fauves. Est-ce donc que les hommes seront toujours livrés à quelques animaux de j)roie, qui font d'eux ce que Satan et ses minisires font des damnés ?
Quand tu viendras, je t'expliquerai comment je ne peux te donner quelqu'un de mes jeunes gens. Si Audley n'est pas content de l'emploi que tu lui as procuré, je ne sais plus ce qu'il faudrait pour le satisfaire, tuirtout après les embarras qu'il a éprouvés.
Je suis affligé d'apprendre que la santé de ton père te donne d<' l'inquiétude, llélas! il vient un âge où notre pauvre machine en décadence tombe pièce à pièce, couime une vieille tour dont les plantes parasites et la pluie et le temps ont ébranlé les angles et déjoint les pierres. Nous passons comme tout le reste, et qui voudrait rester toujours? Ce n'est pas moi du moins.
Le parti légitimiste refusa absolument, dans notre province, de croire à l'accouchement de Blaye'. Ce n'était pas, ce me semble, le meilleur parti qu'il pût prendre. Il aurait mieux valu faire un effort de foi à l'égard du mariage. Sous ce rapport, la Gazette a eu plus de bon sens. Mais allez dire cela à M. de Kergorlay. Il sera curieux de voir ce que Chateaubriand obtiendra des habitants de Prague en faveur de la pauvre comtesse Lurchin. Je trouve que la Tribune est le journal qui aie
1. La fliu-hosso de lîorry, onformt'o au «hàti'aii df lilayc, tHail accouchée d'uue fille, le U) mai IS.'î.'i. Klle avait déclaré d'abord s'être remariée à un g-enlilhoiume italien.
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mieux parlé d'elle. Pendant que son bien aimé cousin la fait officiellement fouetter et marquer aux quatre coins de l'Europe, nos députés, pour lui complaire, ouvrent toutes les écluses de la fortune publique, et s'amusent à regarderies millions couler devant eux. 0 Providence! Providence, ce ne sera pas ta faute si les hommes ne comprennent pas enfin ce que c'est que d'être livré à d'autres hommes, quels qu'ils soient.
Adieu, cher bon frère ! je t'embrasse tendrement.
CXGV
Le 5 août 1833.
Je reçois, mon bon frère, une lettre de M. Laffbrest, que Montaleml)ert t'avait proposé pour précepteur de tes enfants. Il désirerait maintenant beaucoup cet emploi, et me demande s'il est encore possible.de l'obtenir. Je lui réponds que je crains que la place dont il me parle ne soit remplie, que je vais écrire pour m'en informer, et que, s'il ne reçoit pas, dici à deux ou trois semaines, de réponse directe de la personne que cette affaire concerne, c'est qu'elle aura trouvé un autre précepteur. L'adresse de ce bon ecclésiastique est : M. Lafforest, à Génis, par Excideuil (Dordogne). Je serais bien aise qu'il put te convenir. Je crois qu'il possède tout ce qu'il faut pour répondre à ta confiance.
Tu m'avais presque promis de venir me voir cet été. Ce me serait une grande joie après une séparation si longue. Tâche donc de me tenir parole.
Monlalembert a passé ici et dans les environs une
quinzaine de jours. A présent, il voyage en Allemagne '. Son |)rojet est d'y passer au moins ufi an. AssunTuent bien des événements auront lieu dans linlervalle. Quels que soient la lassitude des esprits et le besoin de repos qu'éprouvent aujourd'hui les hommes, quelque ehose de plus puissant qu'eux les pousse irrésistiblement dans une nouvelle carrière de révolutions. Et c'est que leur volonté n'est pas du tout ce qui gouverne le monde. Il n'est donné à qui que ce soit de 1 arranger à sa façon et d'en disposera son gré. Mais qui comprend cela? Qui s'imagine que le monde social ait des lois qui se défendent elles-mêmes, des lois contre lesquelles nulle force ne saurait prévaloir ? On arrange l'avenir dans sa petite coterie, on lui intime ses ordres, et l'avenir vient et laisse derrière lui, dans sa marche indépendante, ces rêves fugitifs et ces burlesques commandements de l'imbécillité humaine.
Ecris-moi le plus tôt possible et annonce-moi ton arrivée. Tout à toi, cher bon frère, de tout mon cœur et à jamais.
La Chcnaic. le 8 août 18,S.'Î.
Le commissionnaire qui m'apporta hier ta lettre de
1. On sait tjue Montaleiubert, un peu diMoura^'-i' par l'Encyclique Mirari vos ot par l'improhation à Ktmio du Livre des Pèlerins polonais, cllVayé d'ailleurs par les idées de plus en i)lus avancées de Lamennais, chercha une diversion dans un voyaj^e en Allemag'ne. C'est |)endant ce voyaj^e (jue se consomma sa rupture avec son ancien ami, après une série d'adinirahlos lettres où il s'eflorca de le retenir dans la tidélité au Saint-Siège. Ces lettres sont encore inédites.
Dinan, cher bon frère, y en avait laissé une que je t'adressais à Azy, et dans laquelle je te rappelais ta quasi-promesse de venir me voir. Je ne quitterai point la Chênaie pendant tout ce mois, et ainsi tu seras sûr de m'y trouver. J'ai un désir extrême de t'embrasser et de causer avec toi après une si longue séparation.
Je te disais encore dans ma lettre que je venais d'en recevoir une de M. LafForest, que Montalembert t'avait proposé pour précepteur. Il me témoigne un grand désir d'obtenir cet emploi. Je lui ai répondu que je ne savais pas s'il était encore à donner, que j'allais en écrire à la personne dont lui avait parlé M. de Montalembert, et que si, d'ici deux ou trois semaines, il ne recevait pas d'elle une réponse directe, ce serait une marque que la place en question serait occupée. Son adresse est : A M. LafForest, prêtre, à Génis, par Excideuil (Dordogne).
Le bref du pape à l'archevêque de Toulouse est une suite des intrigues et des calomnies de nos adversaires, qui paraissent avoir persuadé au pontife que, malgré nos déclarations contraires, nous ne laissions pas de donner suite à nos projets et à nos entreprises, selon les termes du bref ^. Tout cela est misérable et dégoû-
1. Il est étrange que Lamennais n'ait pas remarqué alors les anomalies et les incohérences de sa coiuluile à l'égard de Rome. Il avait adhéré, en termes très explicites cl 1res soumis, à l'Encycliqne Mirurl VOS, ce qui ne rempèchait pas de parler avec beaucoup d'irrévérence du pape et de ses actes. (\'oir plus haut la lettre du 15 avril 1883. J On sait, d'ailleurs, que son langage n'était j)as plus discret, sur ce point, avec ses autres amis qu'avec lîenoil d'Azy. Il n était donc pas étonnant (jue ces paroles imprudentes lussent reportées à Rome et inquiétassent le pape sur la sincérité de sa soumission. « Ce qu'on répand dans le public,
tant. Assurément moi et mes amis nous avons été trop l)i(;ii payés de notre zèle pour être tentés d<; nous mêler désormais, en (juoi que ce soit, des affaires de 1 i'^glise. Quant à la politi(pie, c'est autre chose. Sur ce point, étranger par sa nature à la religion, nous ne suivrons jamais (|ue l'inspiration de notre conscience et de notre amour pour notre patrie et pour l'humanité '.
Je ne sais (pii a pu imaginer que mon frère était à Solesmes. 11 n'a point quitté la J5retagne, où cert<'s il a assez à faire avec ses écoles et ses établissements, qui se multiplient tous les jours. Près de deux cents maisons à conduire, dans les temps où nous sommes, au milieu de tant d'obstacles et de difficultés de tout genre, suffisent bien pour occuper un homme -.
Je t'embrasse, cher bon frère, et t'attends avec impatience. Mes compliments à ton père ! Je forme des vœux pour sa santé.
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108. rue de Yaufjjirard, 23 novembre 1833. Je pense tout à fait comme toi, mon bon frère, sur
écrivait Grégoire XVI à Mg-r dAstros, nous jette de nouveau dans la douleur. »
1. C'est dans ce sens, on le sait, que Lamennais devait écrire, un peu plus lard, à Gréj^oire XVI, qui lui demandait une acceptation pure et simple des doctrines de rEncyciitjue Mirari VOS. Il est à ])eine utile de faire rcmarcpier que <-elt»> malheureuse distinction entre l\)rdre polititiue et Tordre relij,'-ieux, distinction qui ne tient au<'un compte des questions mixtes, pourtant si non>breuses et si importantes, est elle-même <'on(lamnal>lc, à cause précisément de ce ({u'elJe nég-lij^e.
2. La Conyrég'ation des l-rères de rinslniction clircticnne. ou Frères de Lu Mennais, quctique déjà nombreuse, ne posscdjiil
l'affaire dont tu me parles, et certes aucun sacrifice personnel ne me coûterait pour mettre un terme à ces tristes débats, pourvu que la conscience n'y fût pas intéressée. Or, on s'y prend de manière à compromettre la mienne, en cherchant à envelopper une question dans une autre question. J'ai donc dû les séparer soigneusement dans ma lettre au pape ^ .
Si le chrétien n'est pas libre d'agir selon sa conscience et sa raison dans l'ordre purement temporel, alors il est obligé de voir dans la théocratie pure, dans la double souveraineté du pontife romain, une institution divine, ce qui renverserait toute la tradition qui proclame l'existence de deux puissances et de deux sociétés distinctes, et aurait pour effet de livrer les catholiques à l'éternelle oppression des hommes sans Dieu, sans notion de droit et de justice, soit qu'ils s'appelassent Robespierre ou Nicolas. Sous ces deux rapports dogmatique et pratique, je ne puis donc, sans violer mes devoirs, consentir à laisser croire que j'adhère à une pareille doctrine. Ceux qui me poussent là ne l'avoueront jamais eux-mêmes ; jamais ils ne l'éta-
point cncoi'c de maisons en dehors de la Bretagne. Elle en a i'ondé depuis dans diverses provinces de Franee et même aux colonies.
1. Cette lettre peut être ainsi résumée: « Soumission d'esprit aux décisions de la foi ; — soumission de fait aux lois de discipline ; — distinction des deux sociétés spirituelle et temporelle ; et, dans celle-ci, indépendance à l'égard de la puissance ecclésiastique. » Cette déclaration pouvait renfermer des propositions incontestables. Malhcurcusciuent elle ne disait pas tout. Il eût fallu reconnaître que le pa])e, chef de la société spirituelle, a qualité jiour se j)rononcer dans les questions, nièuie politiques, oîi la religion est engagée par quelque cùté.
UN LaMKNNAIS INCONNL' iJO*)
Miront on droit, mais IfMir fansso ])<)Iiliqii(' les jxu'h' à vouloir l'(''lal)Iir de. fail.
Jo no puis, (|uaril à moi, mo rciidr»; complice ni du fait, ni du droit- .le sens assui'émcnt mieux que p(;rsonne le poids de ma position, mais il ne dépend pas de moi de la changer, sans donner au monde le. spectacle de la j)lus basse et do. la plus criminelle lAcheté. On me frappera, c'est vrai, c'est du moins tr«is probable. VA\ bien, ce sera la croix que lu m engages à supporter^. Je tâche de me préparer à tout. Après avoir défendu les droits de Dieu, en défendant ceux de son Eglise, je n'abandonnerai point ceux de l'humanité, car ce serait encore offenser Dieu même. Mon devoir est clair ; y manquerai-je donc à cause des conséquences terrestres qu'entraîne son accomplissement? J'espère que non, j'espère que Celui d'où vient toute force me donnera celle de ne pas fléchir dans celte rude et terrible épreuve. Je veux mourir la conscience nette, et laisser un nom qu'un jour mes amis puissent prononcer sans rougir.
Si, comme tu en avais le dessein, tu viens à Paris au mois de janvier, nous ne tarderons pas à nous revoir. Tu peux bien comprendre combien je le désire. Adieu ! Mes compliments empressés à M. de Bruyère ! J'embrasse ton petit Paul. Tout à toi.
1. Lamonnais osl-il dupo liii-mr'ino do co raisoiuicinont ? Il est (liflicilc (lo Jo savoii'. Il est ('(M'iain, en loiil cas. <|ii(>, soit coiivirlioii, soit l)osoin de se justilior à ses propres yvnx et aux yeux de ses amis, il préseiilail alors celle arg-unieiilatioit à [)res([ue tous SCS eorrespoiidaiils.
GXGVIII
Le 10 décembre 1833.
J'ai fait, mon bon frère, quelque chose d'analogue à ce que tu désires ^ , et cela avant que ta lettre ne me fût parvenue, car je veux, quoi qu'il arrive, pouvoir du moins me rendre le témoignage intime que je n'ai rien à me reprocher. Il y a dans les têtes une sorte de vertige qui ne permet de rien comprendre en ce moment.
La clause qui termine ma lettre est si peu une déviation des principes que j'ai soutenus, que j'ai été forcé de la poser comme un point incontesté de la tradition catholique, dans mes ouvrages destinés à défendre les droits du Saint-Siège, notamment dans mes lettres à M. l'archevêque de Paris, où j'établis en termes formels qu'il existe deux puissances distinctes, indépendantes chacune dans son ordre. Et le cardinal Litta, dans ses lettres sur les quatre articles, établit de même « la distinction et l'indépendance des deux puissances dans les objets qui sont purement de leur ressort )^. Ce sont ses termes exprès, et, pour ainsi dire, la formule qu'il adopte pour l'opposer à celle qui ex-
1. Placé dans une situation des plus délicates, Lamennais avait choisi pour conseiller et pour intermédiaire près la cour de Rome l'archevêque de Paris, Mgr de Quélen, né comme lui en Bretagne et animé eu ce qui touchait ce malheureux débat d'un véritable esprit de conciliation. Dans l'espoir de tout })acifier, l'archevêque suggéra à Lamennais l'idée d'adresser au pape un mémoire explicatil de ses derniers actes, se chargeant de le faire parvenir à Rome. Denis Benoît avait probablement conseillé luimême le mémoire, et c'est sans doute à son avis que Lamennais fait allusion ici.
prime Topinion galliranc ^ Mais, encore une fois, les esprits sf)nt Friainlenant hors d élal «le eomprendre les choses les plus simples. Us se précipitent aveuglém«,'nt dans des voies qui aboutissent de. droit et de fait à la théocratie absolue, et Dieu sait (piels d«3Sordres et (juelles calamités sortiront de là. Au moins je n'en répondrai pas. Il <;st impossible de prévoir cjuelle est la marche (pion prendra à Home. Sous ce rapport, comme sous aucun autre, je ne suis pas enclin à uk; flatter. 11 se pourrait bien faire que le résultat de cette étrange affaire fût de me conduire loin, bien loin de la France, devenue, ainsi que toute l'Europe, inhabitable pour moi. Je me familiarise avec cette idée. Et ne sommesnous pas pas tous voyageurs et pèlerins ?Que faut-il à l'homme ici-bas ? Quatre pieds de terre pour dormir dessous et l'espérance d'une patrie ailleurs.
Ma santé n'est pas bonne, jai la fièvre toutes les nuits. Le corps souffre, mais l'âme demeure ferme. Quand tu viendras au mois de janvier, ma position sera probablement mieux éclaircie, et nous en causerons plus à l'aise.
Je l'embrasse de cœur.
Paris. 29 mars 1834.
Ta lettre, chei- bon frère, m'a fait gi-aïul j)laisir en
1. LanitMiiiiils allVclc d«' croire cju'à Uoiiic on \«>ut fontondro l«'s tirux puissaïu-t's. 11 n'en «'lait v'u'u. On voulait stMilrniiMit lui faire admeltrc (juil y a un t>rdr«' de choses politico-relig-ieuses ou d»' questions mixtes, sur lescjuelles il n'avait pas le droit d't'crire à sa fantaisie sans l'assentinuMit de l'autorité ecclésiastique.
m'apprenant que tu as retrouvé toute ta famille bien portante, et aussi parles nouvelles assurances qu'elle me donne de ta si douce et si tendre amitié. Je te remercie d'avoir écrit à Mme G... Je lui ai moi-même écrit avant-hier. Ainsi tout est bien de ce côté. Tu seras moins content d'une détermination que j'ai prise et que j'ai cru de mon devoir.
Ce qui se passe en France et en Europe, l'abominable système de despotisme qui se développe partout avec une si odieuse impudence me révolte tellement, qu'il m'a paru dans cette conjoncture que le silence serait de ma part presque aussi infâme qu'une approbation directe. En conséquence, j'ai résolu de sauver à tout prix, en protestant avec toute la force qui est en moi, ma conscience et mon honneur. On imprime donc les Paroles d'un Croyant. Quoi qu'il en arrive, peu m'importe. La satisfaction de soi-même est préférable à tout. J'aime mieux les tempêtes au dehors qu'au dedans.
On m'écrit de Rome, du 15 mars. « M. G... m'a com- » muniqué le projet que certaines gens avaient eu de » vous faire venir à Rome. Je puis vous assurer que » c'était un piège, et j'ai de fortes raisons de croire que » ceux qui voulaient le tendre habitent le Gésù. Ger- )) taines personnes qui déclarent ne pas croire à la > sincérité de votre soumission ont manifesté un trop )) vif désir de vous voir ici pour que je n'en sois pas )) convaincu. Gette manœuvre, que je connaissais avant » que M. G... ne m'en eût parlé, m'avait profondément » révolté. »
Or, par une singulière coïncidence, le même jour où
UN LAMtNXAIS INCuNNU 300
(•('Ile Icllrr me parvenait, j en rocL'vais deux autres de Florence, pleines d'ambages et de louanges hypocrites, pour me presscîi* de me rendre à Rome en m'y promettant un magnin([ue accueil. On me propose de m'y conduire, et l'on parle; au nom d'un grand cardinal (pie l'on ne désigne pas autrement. Quelles infâmes intrigues ' ! J'espère que ma prochaine publication y mettra un terme. Quoique l'ouvrage soit sans nom d'auteur, il est bien difficile cpie ce nom reste secret, et dans le fait je ne niNm inquiète guère. J'ai retranché seulement ce qui regardait directement le pape, parce qu'on m'aurait supposé en cela des sentiments bas, qui ne sont assurément pas les miens '^.
La loi contre les associations est votée. Tout se précipite rapidement. Jamais l'esprit de vertige ne fut plus effrayant : c'est une vraie frénésie. Par malheur, quand la crise viendra, tous seront prêts, excepté les hommes d'ordre et de liberté. Tout à toi de cœur-^
1. Quollos raisons Lainoiniais avait-il do penser (|u'«mj l'invitani à se rendre à lionie on voulait lui tendre un piètre ? Il est infiniment pr(d)al)l(', au contraire, (pion voulait sini|)Ienient lui rniMiaj^ei- la facilité de s'explicpier clairenienl sur ses véritables opinions. l)'aill(>urs. s'il comptait à Home des adversaires, parti<'ulièrennMit chez les Jésuites, il était certain également d'v trouver de chauds amis, et assez haut plact'vs pour lui assurer un accueil bienveillant de la part du pape «'t des «•on^'i-é'^ations. On sait (pu- le «ardinal Micara, le P. Olivieri, jjfénéral des Dominicains, et le V. Ventura avaient adojité en partie ses doctrines et professaient encore pour sa j)ersonne la plus siiu'ère admiration.
'2. Voir rintro(lu«>tion. p. i.vi.
.'^. Le même jour (pi'il avait écrit la lettre «-i-dessus, Lamennais exprimait ses véritables sentinuMits d'une manière plus explicite dans la lettre ini'dite cpi Un va lire. IClle est adrexsi-e i\ un de ses correspondants de Uome :
<i l'iu-is, le 'JT mars 1834.
« Les détails ([ue vous nie donne/., mon cher ami, dans votre
Mon départ pour la Bretagne est fixé au 9 avril.
ce
Paris. 6 avril 1834.
Tout ce que tu prévois, cher bon frère, me paraît comme à toi très possible. Cependant les motifs qui m'ont déterminé à prendre le parti que j'ai pris ont à
lettre du 15 mars, m'ont fort intéressé. Au moment même où je la recevais, il m'en parvenait deux autres de Toscane, où, par suite de l'intrigue dont vous me parlez, on me pressait vivement, au nom d'uno ç/r-ni Cardinal" qu'on ne désig-ne pas autrement, de me rendre à Rome, m'y promettant le plus agréable accueil, et l'on allait jusqu'à me proposer de m'y accompagiu^r : tout cela délayé dans de longues phrases et de pompeuses périodes pleines de fades et hypocrites louanges. Sans lui répondre moimême, j'ai fait dire à l'auteur qu'il perdait son temps, que mon parti était bien pris de ne jamais retourner dans ce pays-là, et que, du reste, loin de me considérer, ainsi qu'il paraissait le croire, comme mo/i à la société, j'allais au contraire commencer à vivre pour elle.
C'est, en effet, d'elle seule qu'on peut s'occuper en ce moment, et sous <;e rapport je ne partage point la manière de voir de l'excellent cardinal Micara. Il n'y a aujourd'hui rien à faire pour la religion. Ceux qui en doutent encore, s'en convaincront bientôt. A Rome surtout, on n'a pas la moindre idée de l'état des choses et de l'esprit humain. On s'y figure des projets de schisme et d'Eglises nationales. Eh! bon Dieu, qui songe à cela ? Personne, je vous jure.
Le clergé est encore quelque chose, bien peu de chose cependant pour les gouvernements qui s'en vont ; c'est une espèce de rouage administratif <'omme un autre. Mais, hors de là, nul ne s'occupe du cjitholicisnie et de l'Eglise. Ils n'excitent ni haine ni amour. On les regarde comme morts. Il n'existe point eu France de persuasion ])lus générale et plus profonde: seulement, s'ils reparaissaient sur la scèiu> politique, on les rejetterait d'un coup de pied dans leur tombeau.
Toutefois on ne croit pas, il s'en faut de beaucoup, les destilu'cs du christianisme accomplies, loin de là: on reconnaît en lui le principe moteur de la transformation sociale <jui s'opère, et l'on pense que lui-même subira une transformation, un dévclop-
mes yeux beau(;oup plus d(,' force. Je ne puis les exposer ici, tu sais bien pourquoi. Si je rue li'onipe, je ne regretterai point d'avoir suivi une impulsion (jue je* crois loyale et généreuse. Les événtMnents sont entre les mains de Dieu ; il n'y a ([ue nos désirs et nos intentions ([ui nous appartiennent.
Quant aux intrigues dont je t'ai parlé, elles existent
poniont noiivoau, analogno et proportionné à colui qui s'arconiplit dans rhunianit*'; sous son intluoncc.
(Je drvdoppcuKMil, ([uo scra-t-il ? On l'ig-noro, mais on ost convaincu univci'scllcnicnt qu il ost incompatible avec 1 institution cafholi(pi(> prcsonlc, qui contient, dit-on, une rvidente et radicale antinomie, dont la solution ne peut être fournie que par une institution nouvelle.
'lelles sont les idées régnantes, à quoi il faut ajouter, parmi les catholiques, une sorte de modification progressive dans les habitudes d esprit, qui les détache de fait et toujours plus de l'autorité, sans qu'ils s'en aperçoivent eux-mêmes. En somme, il est facile de voir où l'on doit aboutir avec cela. La première chose que l'ICglise aurait à faire pour revivre serait de persuader aux hommes qu'elle est, qu'elle a vie et pensée, ot mouvement. Nous n'en sommes pas là.
Veuille/ dire mille choses de ma part à Mac-Carthy, ainsi qu'à M. Ventura. 11 me sufîit d'apprendre qu'il est satisfait de sa position. .le ne pense pas que nous puissions suflisamment nous entendre par lettres. Il faudrait plusieurs jours de <'onversation pour accorder un peu nos idées, dans un temps (»ù tout va si vite. Ne m'oubliez jias non plus, je vous prie, près du bon père Olivieri et du (1. Mi<'ara.
.Je partirai le 'J avril pour la Hi-etagne, avec le projet d'y passer deux ou trois ans, si on m'v laisse tran([uille. Mille circonstaiM-es pourraient cependant déranger ce projet. Le mieux en toutes ch(»ses est de n'en point faire, et de se laisser guider au jour le j(»ur par la Providence. Acjieu, mon cher ami, je vous embrasse de tout mon co'ur ».
Donc, à la j)Iace île l'autorité et des vérités •'>ternell»'s. di»nl ri'glise a le dépiNt, Lamennais phu-e désormais ro|)inion : « On pense, on dit, on croit . on est convaincu, etc. « (Test le peuple mis au dessus de l'I^glise; le révolté n'est plus catholique.
réellement, j'en ai la certitude, mais ceci exigerait encore des détails qu'une lettre ne comporte pas K
Je viens de recevoir une lettre de Rome, dans laquelle on me mande un singulier mot du pape à un Anglais qui lui parlait de moi : « M. de la Mennais avait conçu un » système colossal pour la défense du catholicisme, » mais les puissances du Nord en ont été jalouses, et )) j'ai été obligé de le condamner. » Ce sont les propres paroles du pape ^.
Le changement inattendu de ministère occupe en ce moment les esprits. La nomination de "Si. Persil caractérise le nouveau cabinet. Il sera violent et ne peut être autre, mais il trouvera devant lui des hommes encore plus violents. Nous marchons vers une crise inévitable. Si le gouvernement en sort victorieux, il prolongera sa vie de deux ou trois années. De toutes les chances qu'on peut calculer, c'est, à mon avis, celle qui lui est le plus favorable. Dans le cas où elle se réalise, j'aurai le temps d'achever le travail qui va m'occuper dans ma solitude^.
1. Qu'il y ait eu des intrigues à Rome pour faire condamner les Paroles d'un Croyant, la chose est possible et môme fort probable, mais ces intrig-ues n'étaient pas nécessaires pour décider le pape à sévir. Les erreurs que le livre renferme, et même la souveraine inopportunité de cette publication, justifiaient les mesures de rigueur.
2. 11 eiit été fort difficile à Lamennais d'établir l'entière authenticité de (;ettc parole.
3. Il s'agit toujours de l'ouvrage commencé depuis longtemps, qui devait devenir V h'squisfie d'une philosophie. Le manuscrit de ce travail existe à la Bibliothèque Nationale. On peut, en le parcourant, suivre en détail les ti'ansformations do la pensée de l'autour, qui, ajjrès 183'i, a bifl'é les j)assagos ivoyi franchement catholiques, pour y substituer des doctrines rationalistes ou panthéistes.
UN LAMENNAIS INCONNU 31u
C'est mercredi 9 (|iic j(; pars. Deiix jours aprës, je serai chez moi, respirant la doux air des champs, dans la douce saison des feuilles et des fleurs. C'(.'st j)Our moi un bonheur toujours nouveau. Bratr/s et illc dcos rfiti novit a^^rcslcs. Et j'ajout(;rai : Heureux celui qui n'a jamais connu que ceux-là !
Je rencontrai hier Chateaubriand chez MmeRécamier. 11 y a dix ans que je ne l'avais vu. Je l'ai trouvé changé et vieilli étonnamment, la bouche creuse, le nez pincé et ridé comme le nez des morts, les yeux enfoncés dans leurs orbites.
Cela m'a fait de la peine. Sa pauvre femme est très malade d'une fluxion de poitrine, dit-on. Comme tout passe rapidement, comme tout est fugitif en ce monde ! Qimsi aqiiiv dilabiniitr in. tcrrdui, qu;v non rcvcrtunl^nr^ .
J'irai lundi voir à Saint-Germain une autre femme jeune encore, qu'une longue et cruelle maladie cloue sur son grabat. Et tous sont malades, et tous gémissent, et tous craignent la tombe, et tous aspirent à quelque chose qui n'est pourtant qu'au delà du tombeau . l'étrange misère !
Adieu, je t'embrasse tendrement-.