‹ Un Lamennais inconnuChapitre 31 sur 112 · XLII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLII INTRODUCTION

les plus hasardés. D'ailleurs, on croit volontiers à la bonne foi des réformateurs qui se font emprisonner pour leurs idées, et ce fut, on le sait, le cas de Lamennais. On Ta rangé souvent parmi les ancêtres de nos socialistes. Qu'il ait connu leurs illusions et leurs haines, ce n'est pas douteux, mais il domina la plupart d'entre eux de toute la hauteur de son désintéressement.

Dans ce ministère de charité, Lamennais trouvait autre chose, hélas ! que des consolations. Il était parfois trompé et exploité d'étrange manière. On abusait de sa confiance d'autant plus volontiers, - qu'il soupçonnait difficilement le mal, et que sa candide loyauté n'était un mystère pour personne. Il se livrait sans arrière-pensée, jusqu'à ce qu'une trahison plus évidente que les autres vînt lui ouvrir les veux. Il éclatait alors en récriminations contre les fourbes et maudissait volontiers le genre humain, sauf à tomber dans le même piégea la prochaine occasion.

Le récit qu'il fait à Denis Benoit de ses démêlés avec ses libraires met bien en lumière cette confiance naïve, faite de désintéressement et de candeur, qu'il porta toute sa vie dans ses relations d'alTaires et d'amitié. Deux choses lui étaient particulièrement odieuses : l'avarice et hi duplicité. Au dire

INTRODCCTION XUII

de Mme Cottu, 11 aurait plus volontiers pardonné uu crime qu'un vice. Nature éminemment loyale, il i^arda juscpi'au bout, malgré ses colères, quelque chose de la douceur et de la crédulité d'un enfant. Les lettres écrites pendant la période qui nous occupe — 1820 à 1825 — sont d un intérêt très inéj^al. Quelques-unes nous montrent Lamennais livré à ses mille travaux d'apologiste, de journaliste... et de libraire, tout en surveillant les intérêts de ses voisins de campagne. Toutes les célébrités contemporaines passent alors sous sa plume. De Donald, deMaistre, Chateaubriand, de Genoude, lui inspirent tour à tour, soit une réilexion ingénieuse, soit un mot d'éloge, soit une épigramme. Dans il'autres lettres de la même épo([ue, il nous ap[)arait absorbé par ses préoccupations de propriétaire. Il ose bien prier son ami de lui rapporter de Francfort des graines d'épicéas et de mélèzes pour ses plantations de la Chênaie. 11 n'hésite point, lui, l'homme le moins pratiipie du .monde, à donner son avis sur des ali'alres de ménage, voire même sur des points de médecine ou d'hvofiène. Une des faiblesses de ce orrand esprit est de se croire propre à tout. Souvent, il est vrai, le penseur se ressaisit, le poète reprend sou vol, et l'on admire l'extrême facilité avec laquelle il

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