‹ Un Lamennais inconnuChapitre 32 sur 112 · XLIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLIV INTRODUCTION

passe d'un détail familier à une réflexion philosophique profonde ou à une description d'un bel effet littéraire.

On remarquera, parmi cent autres maximes intéressantes, cette plainte sur la misère de la condition humaine, noyée dans un flot de nouvelles assez insipides : « J'irai lundi voir à Saint-Germain une femme jeune encore, qu'une longue et cruelle maladie cloue sur son grabat. Et tous sont malades, et tous gémissent, et tous craignent la tombe, et tous aspirent à quelque chose qui n'est pourtant qu'au delà du tombeau. Etrange misère ! »

Les lignes suivantes, jetées également au milieu d'un fatras de menus faits domestiques, offrent une image pleine de vérité et de grandeur : « Je suis affligé d'apprendre que la santé de ton père te donne de l'inquiétude. Hélas ! il vient un âge où notre pauvre machine en décadence tombe pièce à pièce, comme une vieille tour dont les plan tes parasites et la pluie et le temps ont ébranlé les angles et disjoint les pierres. Nous passons comme tout le reste ; et qui voudrait rester toujours ? »

A côté de ces réflexions qui relèvent la vulgarité de certains détails^ les déclamations contre le gouvernement se succèdent, dans ces lettfes, de plus en plus haineuses^ méprisantes, hautaines. Lamen*

INTHODUCTION XLV

nais a besoin (1*1111 (Irrivalif. La fondation de l'école de la Chênaie, en 1825, vient heureusement donner, pour quel([uc temps du moins, un nouveau tour ù ses pensées.

Tout a été dit sur cette réunion célèbre et sur les catastro[)hes qui anéantirent tant d'espérances. Je n'y insisterai point. Je me bornerai à si^na- 1er certaines lettres écrites de 1825 à 1830, qui ont tiait aux occupations sacerdotales de Lamennais. C'est pendant cette période qu'il fut le plus vraiment et le plus complètement prêtre.

Jusque-là, ses écrits avaient converti un certain nombre d'incrédules ; il avait reçu dans sa chapelle de la Chênaie l'abjuration de plusieurs protestants ; il avait dirigé dans les voies de la perfection quelques âmes d'élite, attirées par lOnction de ses écrits ascétiques ou subjuguées par son génie, mais il ne s'était jamais livré régulièrement aux travaux du ministère ecclésiastique. Devenu le guide de ces jeunes hommes qu'ont groupés sa renommée et son initiative hardie, il tient à soigner leur âme plus encore qu'à orner leur esprit'. Il

1, You'i iiiio lollro ôcrilc à Lamoiinais par nii de sos plus obscurs (lisriplos. Elle montre avoc- (pu^l /.Me il s occupait du bien spirituel de ces jeunes gciS) ^^ quel intérêt il portait niènie à leurs l'anulles :

« Malestroit, le l'.> mars 1830.

» Tout n'est pas guéri encore, mon cher Père, mais je sens que

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