XLVI INTRODUCTION
s'astreint donc à les confesser chaque semaine ; il donne à chacun des séances de direction pieuse ; enfin, lui qui a toujours tant redouté la parole publique, il les évangélise chaque dimanche dans
tout peut l'être, et c'est déjà beaucoup, je vous assure. Cet air de bonheur que respirent ici toutes les figures annonce que la pajx est profonde au dedans, et ine donne un vil" désir d acquérir à mon tour cette heureuse paix dont je suis privé depuis si longtemps. Toute vie sur la terre doit avoir ses tempêtes; l'heure était venue sans doute où je devais essuyer les miennes. — Je vous avoue que, si Forage m'eût assailli avec une pareille violence dans tout autre séjour que celui de la Chênaie, le naufrage aurait eu lieu depuis longtemps. Quelques légers mécontentements, des caprices, des espérances et des prétentions frivoles, tous ces fruits de l'orgueil, ont servi d'armes au démon, et avaient suffi, je le confesse à ma honte, pour ébranler dans ses bases une vocation que tant de marques peu équivoques m'avaient indiquée et comme fait toucher du doigt. — Grâce à Dieu, je commence à me retrouver, mes besoins et mes inclinations reprennent leur accord, et j'aime à croire que Dieu n'aura permis cette rude secousse que pour mieux purifier mon intention et pour rendre lues résolutions plus solides.
» Si quelquefois, au milieu des inquiétudes et de l'agitation, je semblais oublier, et j'oubliais en eflet, que j étais à la Chênaie, croyez qu'en cela, mou cher Père, je méritais moins de blâme que de pitié. Je ne me consolerais jamais si j'avais à me reprocher de vous avoir méconnu une seule fois ; ainsi, mon Père, repentir et pardon pour le passé, indulgence et bonne volonté pour lavenir, voilà ce que je vous ofïVe et ce que je demande à votre cœur paternel.
)) Bientôt, quand de nouveaux et de plus grands dangers se présenteront à moi, c'est vous, mon tendre Père, qui serez mon ange gardien, trop heureux si mon cœur et surtout ma folle imagination, lassés enfin de flotter entre le ciel et la terre, parviennent à se fixer là où votre âme fait son séjour. J'ai tout à craindre, et plus qu'aucun autre peut-être, de ces illusions qui ressemblent tant quelquefois à la réalité ; mais votre souvenir, mais la lecture de vos ouvrages, surtout du premier volume de l'Essai, me promettent d'immenses ressources et me font espérer un prompt retour.
» Je n'ai reçu aucune nouvelle de mon père, mais j'en attends tous les jours. Quels doux moments je passe à me représenter
INTHODUCTION