‹ Un Lamennais inconnuChapitre 43 sur 112 · INTRODUCTION LVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LVII

de mettro sous presse, un passafre du chapitre XXXIII, où est décrite une vision, me parut passer toute mesure en ce qui était du pape en particulier et du catholicisme. Il n'entrait pas dans mon esprit que M. de Lamennais, prêtre, et, à cette date, n'ayant nullement rompu avec Rome, put se permettre une telle hardiesse. J'usai de la faculté qui m'avait été laissée (de modifier le texte); je pris sur moi de rayer deux lignes et de mettre des points. Ces points ont subsisté depuis dans toutes les éditions, je crois^ et l'auteur ne m'a jamais parlé de cette suppression ' . »

En réalité, l'insolence de Lamennais à l'égard de la cour romaine passait dès lors toutes les bornes. Il le fallait bien pour que Sainte-Beuve luimême se crût obligé d'intervenir. On le sait d'ailleurs par les lettres que le polémiste irrité adressait il ceux de ses amis dont il n'avait pas à ménager les susceptibilités religieuses. La fuite précipitée de Lacordaire se séparant de son maître « parce qu'il a blasphémé Rome malheureuse » fait assez connaître le ton habituel des conversations de la Chênaie après 1832, et Montalembert, resté le confident du prêtre déchu, entendait pousser des cris de révolte qui le faisaient frémir.

LVJII INTRODUCTION

Ici, rien de semblable. Des sophismes, des plaintes sur la nécessité de choisir entre la conscience et les doctrines imposées par Rome, des paroles de respect pour Grégoire XVI, qui, obsédé par les gouvernements de l'Europe, n'aurait signé qu'à regret la condamnation des Paroles d\in croyant^ c'est tout ce qu'on trouve dans ces dernières lettres à Denis Benoît.

Lamennais craint évidemment de heurter de front des convictions qui ne sont plus les siennes; lui dont la sincérité n'a jamais failli, il use de diplomatie, il ne livre sa pensée qu'à demi.

Il ne manque pas d'ailleurs de beaux prétextes pour expliquer sa nouvelle attitude. L'affirmation malheureuse du droit de parler et d'agir à sa guise en matière politique, sans paraître tenir compte des questions qui confinent au domaine religieux, et tombent, de ce chef, sous le contrôle de l'autorité ecclésiastique, se retrouve dans toutes ses lettres d'alors. 11 répète à plusieurs de ses amis les mêmes phrases à effet, comme si la musique des mots parvenait à endormir sa conscience. On pourra remarquer, en particulier, dans un billet adressé à son compatriote M. Marion ' le

1. Cl'r. Confidences de Lamennais^ lettre du 23 novembre 1833.

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