INTRODUCTION LXIII
train monotone de la vie quotidienne ont usé peu à peu ces liens qu'on croyait indissolubles, et maintenant le dernier fil va se briser.
On fait des efforts désespérés pour retarder la catastrophe finale ; on multiplie les protestations de fidélité avec lanière douleur de n'y pas croire soi-même, jusqu'à ce qu enfin une distraction, un manque d'égards, l'omission d'une politesse, indiquent clairement que tout est fini et permettent de jeter le masque.
Lamennais en est arrivé à ce point avec son ancien disciple. Les dernières lettres qu'il lui adresse laissent bien deviner, sous les formules de tendresse qu'il ne peut se défendre d'employer encore, que l'âme ne vibre plus comme autrefois. Parmi les réflexions banales sur les malheurs de la société, on y entend de ces mots graves et tristes qui préludent à l'adieu suprême.
Il semble qu'une telle amitié eût dû consoler la vieillesse de Lamennais après avoir embelli son âge mûr ; mais, hélas ! il donnait son cœur à condition qu'on lui donnât son intelligence, et quiconque refusait de le suivre jusque dans les écarts de sa pensée n'était plus pour lui qu'un indifférent.
Certes, Denis Benoit n'a pas trahi sa confiance ; il en est plus digne que jamais, mais il a cessé