LXIV INTRODUCTION
d être son disciple, et Lamennais, quoi qu'il lui en puisse coûter, ne dérogera pas en sa faveur à la loi qu'il s'est faite de sacrifier toujours ses affections à ses idées.
Des années s'écoulèrent, pendant lesquelles aucune visite, aucune lettre de l'ami préféré d'autrefois ne vint distraire le vieillard dans sa sojitude morne et triste.
Cependant Benoît d'Azy n'oubliait pas le maître qui l'avait tant aimé. Il se rendit près de Lamennais mourant, afin d essayer sur cette ame flétrie la puissance d'une affection restée fidèle, malgré les apparences, pendant plus de trente-cinq ans.
En apercevant cet ami qu il avait ramené à Dieu pendant ses années de ferveur sacerdotale, le malheureux prêtre eut au moins, parmi tant de souvenirs amers, la vision d un passé qu il pouvait envisager sans remords.
La correspondance que je livre au public aidera peut-être le futur historien de Lamennais — car sa biographie définitive est encore h faire — à pénétrer le mystère de cette nature étrange. Quels qu'aient été les torts du prêtre apostat envers l'Eglise catholique, il est, je le répète, un hommage auquel a droit sa mémoire parfois si indiscrètement flétrie, celui de la vérité. Les lettres du
INTRODrCTION LXV
présent recueil n'apportent assurément qu une légère contribution à l'histoire de ses idées; mais il me semble qu'elles dévoilent un coin peu éclairé de son âme, et projettent au moins un rayon discret sur sa physionomie si capricieusement mobile. Elles ne reflètent pas seulement les ardeurs et les enthousiasmes qui ont soutenu Lamennais, les angoisses qui l'ont torturé, les utopies qui l'ont égaré, les colères qui l'ont soulevé pendant la période la plus brillante et la plus féconde de sa vie, elles expriment encore ce qu'il y a eu en lui de plus intime et ce qu'il a connu de plus doux: les suaves émotions qui ont attendri son âme et les retours d'amitié qui l'ont consolée. ^
A. Laveille.
1. Cette correspondance a été l'objet d'une intéressante conférence laite par le K. P. Terrade, Mariste, le 21 janvier 1898, au Cercle des Etudiants du Luxembourg, à Paris.