‹ Un Lamennais inconnuChapitre 51 sur 112 · Je ne refuse pas le travail · texte numérisé non relu

Je ne refuse pas le travail

2. Lamennais écrivait alors assez régulièrement dans le Conservateur, recueil légitimiste et religieux, qui attaquait souvent le ministère Decazes.

.le Iciiga^c, cluM" ami, à |U'('iidr(; riial)ilii(lr d'une pelilr mcditalioii cIkhiik! matin, ne fril-cIN; (jiir d un (|uart d'iHîure ou hk^^mk; moins. Aucun exercice de piété n'est plus ffuMile en excellents fruits. Adi(îu, mon frère, mon bien-aimé, adieu. Que ce mot est triste ! G est le mot de cette vie ; mais nous en attendons une autre. Tout ù toi pour jamais.

Mon O'ère, !non tendre frère, si tu savais combien ton petit l)ill<;t de Tours m'a fait du bien ! Le voilà, je l'ai déjà relu dix fois. Il ne me quittera jamais. O mon Dieu, que* vous êtes bon de m'avoir donné un frère ; je méritais si peu un par<Ml bonheur ! Mon Dieu, je vous rends grâces ! Mon Dieu, conservez-le-moi, unisseznous en vous à jamais !

Paris, 29 janvier.

Si je ne t'écrivais pas aujourd bui, mon bon frère, il faudrait attendre jusqu'à lundi, le courrier ne partant pas le dimancln;. Je ne saurais me résoudre à être si longtemps sans causer avec toi. Tu as dû arriver mardi à Angers ; j'espère recevoir une lettre de toi demain, et puis \() [)lus souvent (pril le sera possible. Ne te fatigue pas cependant pour me procurer cette satisfaction. Je ne te demancb; (pu; deux lignes, qui m'apprennent que tu te portes bien cl (jue tu penses à moi. Je crains que ta santé ne souffre des détails d'affaires où peut-être tu vas le li-ouver engagé. Ménage-toi, mon frère, je t'en

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supplie. Je ne sais où tu m'as dit que demeurait Mme de G...^ Je désirerais bien que tu fusses à portée de la voir. Ce serait pour toi, en ce moment surtout, une société bien douce et bien bonne. Je voudrais rassembler autour de toi tout ce qui serait une consolation pour ton cœur. Il y a une impuissance de rien faire pour ceux qu'on aime qui tourmente beaucoup, et c'est en cela surtout que Dieu nous fait sentir notre misère. Tout mon bonheur serait de te savoir heureux. Je n'ai pas, ce me semble, sur la terre de désirs qui me regardent directement. Que le ciel répande ses biens, ses plus tendres bénédictions sur mon frère, je ne demande que cela ici-bas. Je ne conçois pas même d'autre félicité, car je ne saurais jouir de rien pour moi-même. ]Ma vie, dans ce monde, n'est pas en moi; elle est en ceux que j'aime, et qui ai-je jamais aimé comme mon frère ? Sois donc heureux, mon bien -aimé, si tu veux que je le sois. Ma carrière s'avance rapidement; mes jours, comme ceux du Prophète, déclinent vers leur penchant: sicut wnbra dcclinaverunt- , Quand Dieu, bientôt peut-être, rompra mes derniers liens, je me soumets d'avance à ses volontés toujours justes, toujours adorables, mais je sens que ma lin serait plus douce si, certain que ton sort fût assuré selon tes vœux, mon cœur cessait de battre en se reposant contre le tien. Adieu, mon frère.

1. Il m'a été impossible de décDUvrir quelle personne désig-ne cette initiale.

2. Lamennais souffrait dès lors de la maladie nerveuse et des douleurs d'estomac qui le tourmentèrent toute su vie. On sait que ces sortes de maux engendrent d'ordinaire la mélancolie. Ils ne contribuèrent pas peu à augmenter le pessimisme du philosophe.

'aris, l-"- IV.vri.T.f lî/^ .

Il s'en est allé à dix-huil ans, après avoir beaucoup soiiflert. C'était une âme angélicpie qui se peignait sur tous ses traits. Avec je \\i\ sais (pioi d<' triste; <[ui venait de la terre, il avait un(; douceur, un calme, une pureté toute céleste. Oh ! que ne l'as-tu connu ! Vous étiez dignes de vous aimer. (Quoique je n'aie appris qu'hier soir son bonheur, il a commencé le 19 novembre. Cependant ne laisse pas de prier pour lui. Il s'appelait en ce monde Henry Moorman. Je crois que c'est à lui ({ue je dois ton amitié. Il a demandé à Dieu pour moi un ami qui lui ressemblât. La dernière lettre que j'aie reçue de lui est du mois d'octobre. 11 venait d'apprendre la mort de Teysserre, qu il aimait beaucoup *. Il me dit ces mots: He is gonc a little beforc us'-. La moitié de la prédiction s'est déjà vérifiée. Ne t'inquiète pas de ma santé ; elle est faible, mais voilà tout. Je ne veux que ce que Dieu veut. Non rccuso laborcni •^. Mme de L... '* m'a témoigné une véritable affection. Elle m'est venue voir hier et aujourd'hui. Je lui ai parlé de toi ; j'aurais désiré lui en parler davantage. Je ne doute pas de son attachement pour toi, mais les femmes ne croient pas devoir le montrer comme nous ;

1. T/abb('' Toyssorro s'ôtail bciuicdup iiitôrossr à la conversion d Hcnt-y Moorniaii. pendant un st'jour ([uc le jeune homme avuil (ail à Paris.

"1. « Il s'en est allé un peu avant nous, d

•i. « Je ne refuse pas le travail. » f'«>r t ^u A- i* ni»^*'.*». .

'i. Mme (le La<;an.

elles ont leur manière d'aimer et de le faire sentir. Je ne comprends pas bien cette différence, je la vois seulement. Pour moi, je voudrais reporter sur mon frère toute affection dont je puis être l'objet; j'en jouirais alors bien davantage.

Je compte aller voir ta bonne mère. J'éprouve le besoin de lui parler de toi. Quel autre intérêt ai-je maintenant en ce monde ? J'entends les devoirs à part. Ce n'est pas que je n'aie aussi un grand désir de voir Mme de L... heureuse; il n'y a point de sacrifice que je ne fisse pour cela. Cependant la nature des choses ne saurait permettre qu'elle soit pour moi ce que tu es. D'un côté, il y a des bornes nécessaires ; de l'autre, il n'y en a point, que celles du cœur.

Je prie tous les jours pour toi ; avec quelle ardeur, tu peux le penser. J'ai prié aussi pour la mère de Mme de G... Adieu, mon frère, mon bien-aimé.

Paris, 5 février.

Ne t'étonne pas, mon frère, que ma lettre soit si courte. J'en avais écrit deux autres. Des motifs différents me les ont fait supprimer. Cependant je veux te rassurer sur mon état. Le corps est mieux. Pour l'âme, elle est toujours et sera longtemps bien souffrante ; hier encore m'est survenue une nouvelle douleur, mais d'une autre nature. Malheureux frère, qu'as-tu écrit à Mme de L... ? En quel état l'as-tu jetée !... Ne cherche pas même à réparer le mal que tu n as pu prévoir, ce

n'est pas lo mornont. Mon frère, allons droit à Dieu, il n'y a de paix que dans son sein. Nos affections se froissent et se brisent à chaque pas sur la terre. Ce sont de pauvres voyageurs cgarrs, ((ui s'<înlre-hcurtent dans les ténèbres. J'ai vu hier tes bons parents : c'est parmi eux que je trouve du calme. Ils m'ont permis d'y aller en chercher souvent. Adieu, mon frère. Dans un ({uart d'heure je vais monter à l'autel. J'y prierai pour toi et pour elle. Prie de ton côté, mon bon, mon excellent frère. Adieu, ou plutôt à Dieu !

Paris, 3 février.

Je suis extrêmement faible ce soir, mon cher ami ; mon âme est toute languissante. Des douleurs de bien des sortes y sont entrées depuis quelques jours, et cela use. J'ai passé ce matin près de deux heures chez Mme de L... ^. Je l'ai trouvée dans un état que je n'aurais jamais pu imaginer.

Puisqu'il faut te le dire, c'est moi qui vous sépare, moi, pauvre créature, qui ne demande rien sur la terre que d'être supporté, qui, dans son indigence profonde, doit recevoir et reçoit la plus simple affection comme l'aumône d'un bon cœur. C'est moi qui vous sépare, moi qui voudrais vous unir plus intimement que jamais en Dieu. Je le bénis de me montrer, par une si vive expérience, le néant de tout ce qui nous paraît le plus doux et le plus solide ici-bas. Ma position est si étrange,

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