‹ Un Lamennais inconnuChapitre 56 sur 112 · Mon âme est li'iste jusqu'à la mort. (Matth., XXVI · texte numérisé non relu

Mon âme est li'iste jusqu'à la mort. (Matth., XXVI

coup sur coup m'ont fait faire de sérieuses réflexions sur moi-même. Je les regarde en partie comme un avertissement de Dieu. Mais ce n'est pas le moment de nous entretenir de cela. Nous en parlerons quand je te reverrai.

Mon frère, il y a aujourd'hui trois semaines que tu m'as quitté. Depuis que nous nous connaissons, nous avons été déjà plus de temps séparés que réunis^. Que de pensées cela fait naître ! Gomme cela apprend à juger la vie! Quelques jours ont suffi pour nous la montrer tout entière avec ses douleurs et ses plaisirs ; nous n'en verrons désormais pas davantage; les circonstances varient, mais le fond ne change pas. Que faire donc ? Elever nos regards et nos espérances plus haut, laisser les morts ensevelir leurs morts, pour suivre Jésus sans délai et nous attacher à lui seul. Tout ce qui trouble vient de la terre ; quittons-la et jouissons d'une inaltérable paix.

J'en étais là, quand j'ai été obligé de sortir pour aller dans ce monde qui me pèse tant. Comme je sortais, on m'a remis ta lettre numéro 2 ; je Tai lue avec attendrissement, avec bonheur; rentré, je lai relue encore, et je voudrais la relire sans cesse : toutes tes paroles remuent mon cœur. 0 mon frère, ne craignons qu'une chose, c'est de nous trop aimer. Uu désert et Denis, voilà tout ce que je demanderais à Dieu, si j'en étais encore

1. II n'y avait dotu; pas trois sciuaines que Lam'Miiiais connaissait Denis IJenoît lorsque s'ouvrit eetlo correspondance. Tne jKireille intimité contratîtée en aussi peu de teni[)s suppose chez Lamennais une exaltation de sensibilité que ses autres correspondances ne laissent pas soupçonner.

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à désirer le bonheur sur la terre. Mais non, la rroi\ du Sauveur Jésus ! n'est-ce pas que lu ne veux que cela non plus ? Ci' qui me peine au delà de ce que je puis te dire, c'est d(; la porter si mal. Je crains qu à force de m'en rendre indigne, elle ne me soit enfin ôtée. Il faudrait dire comme saint André : O bona crn.r, din drsidcrata et jam coiœnpisccnli aniniiv pnvparatti ' / Mon frère, il y a dans toutes t<îs lettres des choses qui m'affligent, bien contre tonjgré, ce sont les louanges que lu me donnes, et que je mérite si peu. Jeté conjure de me les épargner désormais. Ton amitié te fait illusion ; tu ne me connais pas. Quand je viens à me regarder, je m'effraie de moi-même. Appelle sur moi la miséricorde, voilà ce dont j'ai besoin.

Le sentiment dont tu me parles n'a rien de mauvais, au contraire. Ne le sépare pas du désir de posséder Dieu d'être éternellement uni à lui : Adveniat rcgnum tiium'^. Quant aux idées qui passent dans l'esprit durant le sommeil, lorsqu'elles nous rappellent notre misère, elles peuvent servir à nous humilier, ce qui est toujours bon, mais elles ne doivent pas troubler notre paix. Dieu ne demande que notre volonté, parce que c'est tout ce qui est à nous. Donnons-la-lui tout entière, n'en réservons rien, et puis soyons tranquilles, endormons-nous sur son sein avec la douce sécurité de la confiance et de l'amour.

J'aurais mille choses à le dire encore; mais il est

.1.0 bonne croix, désirée depuis si longtemps, et préparée enfin à l'ànie qui soupire après toi!

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