‹ Un Lamennais inconnuChapitre 57 sur 112 · Que votre règne arrive. (Matth., Vï · texte numérisé non relu

Que votre règne arrive. (Matth., Vï

plus de onze heures, je suis fatigué, je n'ai point dormi la nuit dernière; adieu donc, mon ami, mon frère, adieu jusqu'à demain ! Demain pourtant je ne suis pas sûr de pouvoir t'écrire; je sortirai de bonne heure pour affaires importantes et ne rentrerai que tard. Gomme le bon i3ieu voudra. Adieu, mon Denis ; dans l'éternité il n'y a plus d'adieu.

Je t'ai dit deux mots pour Mme de G... Veux-tu autre chose ?

Paris, 15 février.

Je reçois ton numéro 5, mon bon frère. Dieu ménage ainsi des consolations à notre pauvre cœur affligé. Il y a cependant dans ta lettre une chose qui me peine. Tu me fais entrevoir la possibilité que tes affaires te retiennent en Anjou jusqu'au moment où ta famille y retournera. Gette perspective est bien triste. Toutefois, si la Providence le veut, il faut être content. Ce sont des devoirs sacrés qui te retiennent là où tu es. Remplisles donc, mon frère, quoi qu'il t'en coûte. Pour moi, je ne sais ce que je deviendrai; jamais ma destinée ne fut plus obscure. Les événements politiques peuvent avoir sur elle une grande influence, et ces événements se précipitent. Je sens le besoin de quitter Paris, où je n'ai pas même le temps d'écrire un misérable article de journal, et mille liens de toute espèce m'3^ retiennent malgré moi.

Le projet de campagne dont tu me parles dépend de

hcaiicoiij) d(! cliosos. .lespôrf» que Dion m éclairera au iiiorneiit sur ce que je dois faire. A présent il y a du calme, tout va i)ien. Ma position pourra présenter néanmoins d'assez grands embarras. Oh! si j'étais n'importe où, dans quehjue petite solitude, assuré de n'en jamais sortir, oblitus omnium, oblivisccndua et illis «, toi excepté sans doute, que je me trouverais heureux, et que je plaindrais ceux qui ne conq^rendraient pas mon bonheur ! Il y a ici un certain nombre de personnes pour qui j'ai un attachement plein d'estime. Ce n'est pas cependant ce qui m'arrêterait. Je ne leur suis nécessaire en rien ; moi absent, rien ne sera changé dans leur vie, rien du tout. Mais M. Garron, Mme de I-....,il n'en est pas de même pour ceux-là.

Les abandonner, c'est impossible. D'un autre côté, je m'use dans des occupations oisives. Mon temps se perd, ce temps dont Dieu me demandera un compte rigoureux. Entre ces différents devoirs, j'ignore quel parti prendre, et j'attends que la Providence s'explique par les événements. Si ce que tout le monde prévoit arrive, et qu'on me laisse un peu de paix, que je puisse rester en France, j'aimerais à me retirer dans une petite ca^^npagne que nous possédons en commun, mon frère et moi^.

Là, je pourrais travailler à loisir et sans distraction ; et qui t'empêcherait d'y venir passer tout le temps dont tu pourrais disposer? Enfin, ce que Dieu voudra! Nous sommes entre ses mains; ne cherchons pas à en sortir

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