‹ Un Lamennais inconnuChapitre 58 sur 112 · La Chênaie · texte numérisé non relu

La Chênaie

pour nous faire un sort de notre choix. Je t'engage à aller à lui avec plus de confiance. Repose-toi sur son sein comme le disciple bien-aimé. Que demande-t-il de toi ? Ton cœur. Donne-le-lui sans réserve, et puis sois tranquille sur le passé. Le trouble n'est bon à rien; il gâte l'humilité même, parce qu il naît toujours ou d'un fonds de dépit de nous voir si faibles, ou d'une défiance injurieuse à la bonté de ])ieu. Lis chaque jour un chapitre du Nouveau Testament et quelques versets de l'Imitation^ moins pour éclairer ton esprit que pour nourrir ton cœur et le calmer. Il y a tant de paix dans les paroles dictées par l'Esprit-Saint, qu'il en passe toujours un peu dans notre âme. Je conçois l'impression que t'a fait éprouver la vue de ce fou. Hélas ! en nous, autour de nous, tout nous parle de notre misère. Je ne sais si je pourrai técrire demain; on me laisse si peu de temps !

Adieu, mon tendre ami, mon frère.

Paris, 17 février.

Je reçois ta lettre numéro 6, mon bien bon frère. Tu as bien raison de dire que nos cœurs s'entendent, et c'est pour cela qu'il est si triste de ne pouvoir se parler. Voilà encore une nouvelle aftliction que la Providence t'envoie. Je voudrais t'aidera la supporter ; je voudrais, s'il se pouvait, l'attirer sur moi, pour alléger ton pauvi«e cœur si surchargé de soulfrances depuis quelque temps. Mais Dieu n'a pas voulu donner à lliomme le

pouvoir (h; soulager l'Iioiuiiio; il s(; l'ost l'/'servé à lui seul, aliii (|ue, placés ici-bas entre les douleurs de cotte vie d'épreuve et la i)ilié stérile d'une impuissante amitié, nous nous élevassions juscpi'à la source de toute vraie consolation : Venife ad me ninncs <jin Inhoratis et oncrtiti cstis, et ego reficiani vos^. Je sais bien, cher ami, que la fortune n'est pas ce que tu regrettes. Je sens ta peine où elle est. Tâche au moins qu(î ta santé ne souffre pas de tant de secousses. Regarde en haut, la force vient de là.

Pour moi, je suis beaucoup mieux. Je ne souhaite ni de vivre ni de mourir, mais que la volonté de Dieu s'accomplisse en moi : Ecce vcnio, ut faciani, Deus, voluntate/n tuarn^^.

l^a terre a ses douleurs : c'est le séjour de la croix. Asseyons-nous à son ombre, et nous y trouverons le repos. J'aperçois clairement la vérité de ce que tu me dis sur la nécessité d'achever le travail que la Providence m'a imposé. J'en ai un désir très vif, et cependant je ne peux pas même trouver un peu de loisir pour écrire un article de quelques pages, qu'on me demande au Conservateur. Avant que je fusse levé, il y avait des gens à m'attendre ce matin chez moi : il y en avait pendant mon dîner. Je n'ai pas même pu dire la sainte messe. Cette vie me fatigue, et je ne vois aucun moyen de la changer. Il faudrait quitter Paris, chose difiicile

1. Venez à moi, vous tous qui travaillez et qui êtes chargés, et Vous soulagerai. (Matth., XI, 28.)

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