‹ Un Lamennais inconnuChapitre 7 sur 112 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

me sera utile, en outre, pour copier ; il mangera chez M. Carron ^. »

Ces arrangements avaient l'avantage de débarrasser Lamennais d'une partie des soucis de la vie domestique, tout en lui procurant une société pieuse, aimable et intelligente. L'établissement de l'abbé Carron donnait asile à une cinquantaine d'orphelines appartenant à des familles nobles, ruinées par la Révolution. Il était dirigé par trois vieilles demoiselles bretonnes, Mlles de Lucinière, de Yilliers et de Trémereuc, qui avaient exercé les mêmes fonctions pendant l'émigration, et que Lamennais avait connues à Londres.

Aucun milieu ne convenait mieux à son âme inquiète et souffrante. Auprès de M. Carron, il trouvait la direction dont son zèle novice avait encore grand besoin, et les respectables personnes qui l'entouraient, vrais types de courtoisie délicate et dévouée, lui offraient, avec les ressources d'une conversation spirituelle, le bienfait d'une expérience pratique qui lui épargnabien des ennuis.

La maison était située dans l'impasse des Feuillantines, près de la rue de Vaugirard et de la rue Saint-Jacques. C'est là que fut composé le premier

1. Œuvres inédites de Lamcnnaisi publiées par A; Blai/O; l. I, p. 272.

INTRMJJL'CTION XIII

volume do VKssdi sur V IiidijJ'i'rcnce^ et c'est là aussi que s'écoulèrent les quelques années assez calmes et vraiment fécondes de la cairière ecclésiastique de Lamennais.

Entrons dans la chambre qui lui sert de cabinet de travail. Une table, deux ou trois chaises de paille, c'est tout le mobilier de ce réduit. Une propreté minutieuse en relevé, aux yeux des visiteurs, rextrème simplicité. Un homme est assis à ce modeste bureau, et il couvre de son écriture serrée et régulière d'innombrables pages d'un petit papier disposé symétriquement devant lui. Peu ou point de livres ; ce qu'il écrit est le résultat de ses méditations prolongées, et il tire prescpie tout de son propre fonds. Enveloppé d'une longue lévite noire ou perdu dans les plis d'une vaste houppelande, petit, malingre, gauche dans ses mouvements, il a bien plutôt l'extérieur d'un bedeau de paroisse que celui de l'ecclésiastique le plus en renom de l'Eglise de France. Aussi, lorsque quelque dame du grand monde, attirée par sa réputation, vient frapper à sa porte, et demande h ce chétif personnage, qu'elle prend poui- un valet, la faveur d'être introduite auprès de l'abbé de Lamennais, elle est tout étonnée de l'entendre répondre î (( C'est moi, madame ! »

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