C'était le frère de Denis Benoit
UN LAMK.\.NAI?> I.NCUN.M; (jVj
l'aiis, 20 mars.
.lai reçu, mon frèro, les ninrH''ros 2'.\ et 2\. Ilin-, la falit>;ue iiio força d'al)r«''<r(.i- ma Idlrc; aujourd'hui, cv sora la inigraiiif. I) ;4)rès ce que tu me dis, je puis donc espérer de le voir I)i('n((')(. C'est une; des [)his douces consolations <|ue la Providence puisse nie réserver. Je Yen bénis; et, si ce n'était (ju'une espéi-ance qui ne diil pas se réaliser, je l'en bénirais encore; car elle sait mieux que nous ce qui nous est bon ; il faut vivre de foi pour être vraiment sage, comme il faut vivre d'amour pour être heureux.
Mme de L... m'a paru un peu peinée de ton silence; le mot que tu me cites de sa lettre est charmant. R('pondslui, et, autant que tu pourras, sans gène, .le ne te dissinmlerai pas qu'elle espère peu des dispositions présentes de Samuel. Il méprise; la haine vaudrait mieux. An reste. Dieu change le cœur en un instant, et 1 on obtient tout par la prière.
Ce que tu dis du Conservateur est très vrai, et sera toujours vrai, par la raison que ce n'est pas une seule personne qui le dirige '. Il pourrait être beaucoup mieux fait à moins de frais, j'entends frais de soins, de conseils et de délibérations. Depuis assez longtemps, je ne vais
1. Le Conservateur avait jkuu pour la première fois au nioi.-s d'octobre 1818. Les principaux rcclact»Mirs t'taieut.'.avec Lamennais : Chateaubriand, (îjislcll)ajac, O'Mahony, le Cardinal de La Luzerne, Genoude, l'renilly, Saiut-Marcellin, Fié\ce. etc. — Vi!lèle et Corbière, <ians y écrire, exerçaient la principale iulluince sur la rédaction.
plus au comité; je n'en ai pas le temps, et cela m'ennuyait. Si je pouvais aider à faire passer l'article dont tu me parles, je m'y emploierais volontiers; mais je doute fort qu'il nous soit soumis. Le sujet est déjà bien vieux. Il n'y a qu'un moment en politique, quand on ne fait que la politique du moment.
Tu seras probablement de retour avant que l'on commence à imprimer, — si on l'imprime, — le recueil que je songe à publier. Plusieurs personnes m'y engagent; quinze jours de travail suffiraient pour tout préparer; mais où prendre ces quinze jours ? Nous verrons quand lu seras ici. Au fait, il ne s'agit que d'attendre. On nous prépare, sinon du repos, au moins du loisir. A défaut de l'un, il faudra bien s'accommoder de l'autre. Je m en accommoderais tout de suite admirablement pour faire un article sur les sociétés bibliques, nouvelle importation de l'Angleterre, et propre à compléter les avantages qu offre l'enseignement à la Lancaster '.
On pourrait tirer de ce sujet des considérations assez importantes. Je ne sais si tu as entendu parler d'une société de jeunes gens qui. depuis nombre d'années, s'occupaient d'aller visiter les malades et les prisonniers, pour leur porter des secours et des consolations, leur parler de Dieu, de leurs devoirs, et les engager à les remplir -. On vient de leur interdire l'entrée des bôpitaux,
1. On désignait jilors ainsi rcnscig-nenienl niuluel, du nom d'un de ses principaux patrons. Les deux Lamennais, mais surtout Jean-Marie, le fondateur des Frères, eonibaltaient avec ardeur cet enseignement.
2. Il sag-it ])robablemeiit de la célèbre société connue sous le iH)m de Coiiorcgation. Le lecteur remarquera, dans cette lettre, les premières récriminations de Lamennais contre le gouverne-
(jnils <''van«>;rlisai<'iil sous nu<)naparl<'. .I«' suppririK! tout*; r(''fl(,'xioii. Adioii, mon bon ivitvc. Tu sais si j«; l'aimo, et comment je t'aime.
XXXMI
Paris, 30 mars.
Le temps, mon frère, ne diminue pas h) regret de ral)sen('e, il l'augmente au contraire, je le sens bien. Encore si elle devait avoir un terme connu, on le verrait approcher tous les jours, on compterait avec le chagrin. Mais ce calcul apparemment ne nous serait pas bon, puisque Dieu nous ôte le moyen de le faire. Bénissons sa volonté ; cela vaut mieux que de s'arrêter à ces vains désirs où le cœur se perd tristement.
Si je n'allais [)as à Angers pour l'affaire qui intéresse M. Carron, je serais tenté d'aller en Bretagn<', et dans ce cas encore, je prendrais la route qui me conduirait près de mon frère. Mon dessein serait de voyager à cheval» L'exercice du cheval est ce qui fait le plus de bien. Je l'ai éprouvé de nouveau l'an dernier.
Point d'embarras jus(|u'ici; j'achèterais un cheval convenal)le, mon domestique monterait majumentjcpi'on chargerait, de plus, d'une valise (ju'elle est fort en étal de porter. Mais, de retour à Paris, que ferais-je de ce cheval ? Le vendre, ce serait diflicih', à moins de perdre beaucoup; le garder, je l'aimerais assez et rien ne serait plus aisé et j)lus commode à Londres, oii tout le monde
nuMil. dos Ijoui'hoiis. 11 oxpriiuait, birii avant {'cltt' rpoquo, les in»''m(»s siMiliincnts dans ses Irltrcs à s«ni frôro Jeau-.Marie. — Cf. Œuvres inédites publit-os par A. I>lai/i>, passim.
4cij
a son cheval et s'en sert pour se promener ou pour aller à ses affaires. A Paris, c'est tout différent, et surtout pour un prêtre. IS'}^ aurait-il pas de l'inconvenance, du ridicule, ou quelque chose comme cela? Dis-moi ce que tu en penses, j'ai besoin de tes conseils; en choses de ce genre, personne n'est plus ignorant que moi, et je ne voudrais ni faire une sottise, ni risquer même d'en faire une; c'est de grande conséquence en ce pays, tu le sais bien '. On m'appelle, il faut que je te quitte. Adieu, mon frère, aime-moi toujours, et sois bien sûr que personne au monde ne t'aime plus tendrement que ton pauvre Féli.
Paris, ^ avi"il,
Je ne sais pas si j'aurai occasion d'aller te voir, en cas que tu restes là où tu es. A force d'êlre contrarié dans mes désirs, je commence à tomber dans une sorte d'indifférence de toutes choses, à peu près comme ces gens qui remplissaient les prisons du temps de la Terreur. Cet état est triste néanuioins; il le serait bien plus encore si la pensée de Dieu, de sa l)onlé, de sa Providence, ne l'adoucissait pas, et si une grande espérance ne s'élevait à l'extrémité de ce dur chemin qu'on appelle la vie.
Tu me semblés heureux d'avoir autour de loi un cer-
1. Vers cette époque, Laineiuiais (lomnndaiL à chaque instant des conseils de ce genre à son frère Jean.