‹ Un Lamennais inconnuChapitre 73 sur 112 · L.N l,.\.Mi:.N>AIS I.NCONNU GO · texte numérisé non relu

L.N l,.\.Mi:.N>AIS I.NCONNU GO

tain iioiiiln'i- de lieux pleins do souvenirs à Visiter. Cela délasse an moins du présent, cela distrait snriont de ce plat siècle. An rt!slo, il se Tant pi-esser pour jonir de ces tonclianls débris du passé, car hientùt aussi ils auront dis[)ai'n; ils importunent les hommes d<î ce temps, et je suis snrpi'is <pi On li'onve encoi'e ici et là de ces vieux nionnmciils des anli([nes <'r()yances et des anciennes mœurs. 11 est vrai (pi On ne peut pas tout délrnii'e à la fois, et c'est ce (jui excuse nos contemporains.

Je l'avoue qu(! j'ai de la peine à comprenilre comment des statues peintes peuvent produii'e un effet agréable. Cela doit un peu resseml)l<M' à ces poi'l rails en cire, fjui ont le méi'ile de la ressemblance, mais cpii n ont (pie celui-là. Au sui'plus, j'ai grand tort de parler d"aj;t, car personne au monde n'est plus ignorant (jue moi en ])einlnre, sculpture et tout ce (pii s'ensuit ' ; aussi j(î m en rapporte entièrement à loi sur les saints de la lîarre, bien fàclié de ne les avoir pas vus avec l()i. Il y avait autrefois, — je parle de quinze ans, — au muséum des Petits Auo-ustins une statue de saint François d'Assise en terre cuite. Je me rappelle (|ue la pose du saint et l'expression de sa ligure me frappèrent beaucoup; et cei'lainemenl le lieu ne favorisait pas une expression semblable.

1. A cclh' cpociiic, (Il <'llcl, l.aiiicmijiis n avait <iiltivi' il aiitiv lU'l ((iio crlui (le la iiiiisi(iii(>. IMiis tard, sans (l<»voiiir arlist»* dans la lorcc du tonit(>, il a«-(|iiit des notions t(>chni(iuos snttisantos polir ôcriro les admirables chapitres do l'Esquisse cTnne pliilosopkie ([non a rt-iiiiis di-pnis sous le litre : De Cari et du beau.

C'est à peine si je sais ce que je t'écris, tant ma tête est embarrassée par un rhume de cerveau, très fort, Dieu merci! parce qu'il en sera plus court. Adieu, mon frère tendrement chéri, ne doute pas que je ne prie pour toi; comment pourrais-je faire autrement? Je compte sur un pareil souvenir de ta part.

Paris, 7 avril.

Tu ne sais pas, mon bon frère, combien tes lettres me font de bien. Je reçois à l'instant celle de dimanche, si aimable, si tendre, si pleine de ton cœur, et dès lors si consolante pour le mien. Tu me distrais de moi-même, de cette profonde tristesse qui me dévore intérieurement, et cela depuis ma première enfance, car je ne me suis jamais senti bien en ce monde ; j'en ai toujours désiré un autre; et quand je détournais mes regards du seul où nous devions espérer la paix, mon imagination, jeune encore, en créait de fantastiques, et ce m'était un grand charme dans ma solitude. Sur les bords de la mer, au fond des forêts, je me nourrissais de ces vaines pensées, et, ignorant l'usage de la vie, je l'endormais en berçant dans le vague mon âme fatiguée d'elle-même. Jamais je ne serais sorti volontairement de cet état ; Dieu m'en a tiré en m'imposant des devoirs pénibles, et les plus opposjés à mon caractère. Devenu malgré moi une espèce d'homme public, j'ai cessé de m'appartenir ; il faut que je vive pour autrui, et que je renonce au seul bien réel dont il nous soit donné de jouir ici-bas, le

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repos. Encore si j'ét.iis sur de me icposeï* dans 1 »'l« rnilé! Si je ])Oiivais inc pronicllrr djuMomplir ma tArhe fidèlement! Mais ma pins grand<î douleur e'st de sentir S,^^\^. > combien je suis différent de ce (pic j»* devrais Atr<;. Prie *" donc ponr moi, mon fr«'re, ne 1(î lass(» [H)int de prier. La Providence i)énira les v(l'ux, et ta tendre charité Fie resl(;ra point sans récompense.

En tout j'ainK' la lixité, et c'est pour cela peut-être (pi(! ce monde-ci me déplaît tant. M un; de L... doit parlii' mardi procliain [)our (lecnay. Irai-je? N'irai-je pas? En vérité, je n'en sais rien. Tout ce <|ue je sais ou crois savoir, c'est que je préférerais n'}' pas aller. Je prévois cependant (ju'il sera difficile de me refuser à passer (juelque temps avec elle dans cette solitude, où elle aura besoin d'ap[)ui et d<; consolation. Elle en trouvera bien peu en moi; mais ce peu, encore a-l-elle quelque droit d'y compler

Paris, 11 avi'il.

Tu es maintenant de retour de La Motte ; tu as été assister à la naissance du printenq)s. Il est triste de (piitter ce doux s})ectacle, et celte paix, et cette sérénité des champs, pour venir se replt)nger dans l'ennui des villes : Félix et illc dcos (/iti iuh'Ù agrestes '.

1. llciiriMix (|ui rr(''(|inMito los (iivinitr's rl)iiin|)«''li>os. ( Virjsfilo.) LiiiniMinais lu* cilt' pas «>\:u-t(Mn<-iit . I^i' tfxtc ilr Vir^'-ilr j)orh> : yorlnHiilits mi lirii dr Fcli'.x.

Il y a un sentiment que je n'ai jamais compris, c'est l'ambition, en quelque genre que ce soit. Que peut-elle nous donner en échange de ce qu'elle nous ôte ? 11 n'y a pas de passion plus destructive du repos, qui est à lui seul tout le bonheur; car qu'est-ce même que celui du ciel, sinon le repos en Dieu? Et l'amitié, c'est encore un cœur qui se repose sur un autre cœur. Or, le calme de la campagne, l'uniformité de la vie qu'on y mène, arrêtent l'âme dans une sorte de repos habituel extrêmement doux, et c'est la comparaison de cet état à tous les autres où je me suis trouvé qui fait que je soupire sans cesse après cette existence solitaire et tranquille, qui semble me fuir de plus en plus. Que la volonté de Dieu s'accomplisse ! Il faut toujours en revenir là.

Tu as raison de lire doucement saint Augustin et Vlmitatùon. Ce dernier livre surtout doit plutôt être médité que lu. Tu trouveras -souvent dans un seul verset de quoi t'occuper tout un jour. Les mots disent plus de choses là qu'ailleurs. Ne néglige pas non plus de lire habituellement 1 Evangile, sans t'arrêter à ce qui pourra te paraître difficile ou obscur. Il n'est pas nécessaire de comprendre tout, parce que tout n'a pas été dit pour chacun; mais chacun peut et doit y puiser la nourriture qui lui est propre. Adieu, mon frère chéri.

Paris, 46 avril.

Je reçois, mon frère, ton petit billet du li), écrit au moîiienl où tu arrivais de La Molle. -Lai été l)ien occupe'

aussi, OU plutôt bien distrait, et, on outre, toujours souffrant. Tout cela m'a e'nipèché de voir la i)onne mère, que je présume être en route pour t'aller n'joindre, rar M. j^eiioît m'avait dit ((u'elle devait ])artir aujourd'hui. Je pars aussi, moi, lundi, mais non |)as pour Ang<u-s, où (pielque chose de si doux m'appelle. Je ne sais encore quand je t'y verrai, ni si je l'y vcri'ai. (Jela dépendra du succès des démarches de M. Gari'on. Mn attendant, je vais à Gernay ; mon projet est d'y passer plusieurs jours de chaque semaine, c'est-à-dire ([in; j'en viendrai le samedi pour y retourner le lundi matin. Je crois devoir cette marque d'attachement à Mme de L... Obligé de me retirer (pielque part pour travailh'r, il eût été trop dur de choisir un autre lieu que celui (pi'elle m'avait en (piehpie sorte destiné depuis plusieurs mois. Dis-moi si j'ai bien fait. Je serai au reste parfaitement libre de prendre tous les ari'angements (pii pourront me convenir plus tard.

Ce qui me contrarie en cela, c'est que notre correspondance va s'en trouver dérangée. Je ne pourrai plus t'écrire, ni recevoir de tes lettres (pi'une fois la semaine. Fais eu sorte, mon frère, (pi'elles me parviennent le samedi; ce sera un grand plaisir que j« trouverai en arrivant. J'ai la tête pesante de fatigue. Je t'écrirai dimanche, et j'espère plus an long. Olfre mes respects à Mme Benoît, et mes hommages à ton aimable sœur.

Je présume (ju'clles seront ])rès de loi (piand tu recevras nja letlre. Je l'embrasse, cher ami, de tout mon c(vur.

Paris, 2 mai 1819.

Que je te raconte une aventure qui m'advint mercredi dernier. Je venais de Gernay pour assister à une délibération importante relative au Conservateur. En sortant de l'île Saint-Denis, je me trouve à passer près d'un moulin qui tournait. Mon cheval s'effraie, recule; je fais descendre le domestique, qui le prend par la bride, le gronde, l'apaise, et lui fait faire quelques pas. Je le croyais rassuré, quand tout à coup, se cabrant de toute sa hauteur, il se place par un mouvement brusque en travers du chemin, et cherche à franchir un fossé de 5 ou G pieds, puis, tournant tout à fait, il rue, se cabre de nouveau, saute par-dessus les brancards, et met tout en pièces. A ce moment, je saute à terre, le cabriolet part et me renverse; je me relève, nous courons après ; le cheval court vers la rivière, où quatre hommes qui se trouvaient là par hasard l'abattent à l'angle d'un quai et à moins d'un pied du bord. Le choc fut tel, que le seul brancard qui tenait encore s'enfonça de trois pieds dans la terre, où il se brisa. Ici finit mon aventure ; j'en ai été quitte pour quelques contusions. Mais je vais vendre mon cheval, et je ne pense pas que j'en achète un autre.

Voici une chose plus triste. Hier au soir, M. Carron me dit qu'on s'étonnait dans le monde de mon séjour à Gernay. D'après son conseil, j'écrivis le soir même que

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je n'y retournerais pas) G<;la m'a coûlr hcaiieoiip, non pas à cause de moi, mais tu sentiras combien il m'a «Hé dur d'attrister une personne qui a tant besoin de consolation, .le ne sais plus quels arrangements prendre pour travailler. Je voudrais me mettre au deuxième volume ^ Le premier paraît fair(ï quelque bien à l'étranger, d'après ce qu'on m'écrit de Milan et de llaarlem. 11 est traduit en hollandais. On m'en a envoyé aussi une traduction italienne et une traduction anglaise.

La première est imprimée; la deuxième est manuscrite, parce qu'on désire que je la revoie, mais je nen ai pas le temps. Adieu, mon Denis, prie pour ton frère, qui t'embrasse et t'aime de tout son cœur.

Paris, 10 mai IHIU.

Je savais bien, mon frère, que lu t affligerais et pour elle ^, et pour moi. Elle est en effet bien à plaindre, non pas de ce qu'elle perd et qui n'est rien, mais de l'espèce de besoin qu'elle s'était fait de ce rien. J'espère que la Providence se servira de ceci pour lui faire sentir qu'elle doit chercher plus haut toutes ses consolations.

Le jour où je reçus sa lettre, j'avais lu dans l Imitation ces paroles que je transcrivis dans ma réponse : -1 notis et a charis oportct c/o/i'^nri, et (il) o/n/ii tcniponili solatio mciitcin tc/icrc j)ri\'<it(un. Sic observât li. Apostolus Pctrus, ut tiUHiiKini (ids'ciKis et pere'^rinos in hoc nnindo se eonti"

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