Mme (io Lacan
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néant Cliristi fidèles. Nous pouvons bien aussi nous les appliquer. Elles sont pénibles, et pourtant elles ne sont pas sans douceur. Oporlct ehn<^ari, tout le cœur se brise à ce seul mot ; mais voyons la suite : O quanta fîducia erit nion't/iro qiicni nulliiis rci affectifs detinet in mundo ! ' Certes, ce n'est pas à dire qu'on ne doive point s'aimer ; Dieu nous le commande au contraire, et saint Jean revient sans cesse sur ce doux commandement, mais il faut s'aimer en Dieu et pour Dieu, avec une pleine soumission à ses volontés, en vue du ciel, et, pour ainsi dire, comme si nous y étions déjà. Les âmes tendres sont trop portées à chercher le repos dans ce qu'elles l^'^ aiment; il n'y est pas, comme Dieu le leur fait sentir par une grande miséricorde ; sans cela elles s'arrêteraient en route, ellesn'arriveraientjamaislàoù pourtant il faut arriver, à un entier détachement de la terre, à ce grand Consainmatuni est, qu'on ne prononce que sur la croix.
Paris, \ 'i mai.
Il est vrai, mon pauvre frère, ma santé n'est pas très bonne, mais je suis si fort habitué à cet état de souffrance, que ce n'est plus une peine pour moi ; ainsi ne t'en attriste nullement.
Je suis extrêmement aise que i\Ime de L... tait écrit. Sa position m'affectait autant qu'elle-même. Je n'y voyais aucune issue. Les choses ont changé tout dun
1. V()ii' la triuluclinn do ros voi'sols dans Y Iniroduclion .
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roup. \'A\r. r(;sl<j, c osl Loiil «:c que je puis le dire eu ce iiionHMil. 11 y a (rétraii<^cs retours dans la deslin«'*c et d étranges bizarreries dans 1<î c(L'ur. Qu'est-ce que le cœur? lisl-ce autre chose (jue riuiagirialion ? Pas pour tout le Jii()iid(;. Jette au feu la Irtlre dont tu nie parles, il est inntil<; de me la l'envoyer. Que je serais heureux de le voir, mon Denis! niais Dieu ne le veut pas en c(; moment; ({iriniport(ï pourquoi? Il ne le vent pa<, cela suffît. Quand cette pensée d(? ral)sence nous (ail mal, pensons que c'est peiil-éire })()ur chacun de nous le moyen d'être plus sûrement réunis à jamais. Et puis ne faut-il pas <|ue nous accomplissions tous notre sacrifice ? O bona cru.v diii desiderata, et jani conciipisccnli animx prrepavatal Tu te souviens de cette parole, elle t'avait touché. Il y a hien des occasions de la redire .
Je passe mes jours dans ma chambre, je ne sors point et ne vois personne que le dimanche. Cette vie me (•onvient mieux que celle deCernay. Je n'y allais réellement que par complaisance, parce qu'il m<' semhlail ([U(; j<; le d(ivais. Ici, en ferinanl ma porte, j'ai plus d<* lemps j)()ur iravaillcr. Je crois (pie Dieu a voulu que jim'appliquasse tout entier aux devoirs qu'il m'impos<'. Voilà pourquoi je l'écris moins souvent. J'espère que cette privation me sera comptée. Si tu étais ici, nous nous arrangerions pour nous voir tous les jours, cela serait facile, à moins que tes oc«upalions n'y missent obstacle. Mais je serais li-oj) heureux; il faut (pie mon àme souflre pour produire; je ne saurais rien faire (juand jai le cœur coulent : iai;eiuiscit et parturit. C'est
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ce qui me console dans mes travaux ; naturellement ils m'inspirent une profonde répugnance ; aucun goût ne me porte à écrire, mais il y a quelque chose d'étranger à moi qui m'y force ^ . Alors je tombe dans une grande tristesse ; c'est comme le sacrifice de l'âme tout entière. Ce que tu me dis de ton frère me touche et me réjouit. Rappelle-moi à son souvenir, et à celui des autres personnes de ta famille. Adieu, mon Denis, tu sais si je t'aime.
Paris, 16 mai.
Je n'ai pas eu de lettre de toi hier, et je n'espère plus guère en avoir aujourd hui, car il est près de 6 heures. Gomme j'en reçus une vendredi, je me flatte que ce n'est pas ta santé qui ta empêché de m'écrire. Cependant tu n'étais pas fort bien ces jours derniers. ]\Iénage-toi, mon frère, je t'en prie, c'est bien assez d'avoir à supporter l'absence ; il serait trop cruel que 1 inquiétude vînt encore en augmenter l'amertume.
Mme de L... m'a écrit de Gernay. Il semble que cette pauvre femme prenne plaisir à se tourmenter. Gela m'afflige pour elle. Ge sont toutes ses anciennes craintes, et ces tristes chimères d'une imagination malade que rien ne peut rassurer, que rien ne peut satisfaire. Je lui dis là-dessus la vérité, mais est-elle
1. Jusqu'à la fin de sa vie, Lameimais parlera de eelte iovcc étrangère qui l'oblige à parler et à écrire. Etait-ce l'eft'et d'une conviction intime, ou était-ce une façon de se poser en prophète ?
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en état de 1 «Milcndrr ? I^^ncoro faiil-il la dire; elle l.i (•()iri[)r<'n(liM |>(Mit-<Hi'(' plus tard.
11 y a di\-liiiit mois que, dînant cUca un«' U'iumr dr mes parontrs, rUv. me pria de permettre qu'un de ses amis crayonnât mon portrait sur un alhum. L'album a été prêté, il a coui'u, et l'on vient dr litliograpliirr Ir portrait, en sorte que j(; me trouve sur tous les quais et chez tous les marchands d'<;stampes. D'abord, comme tu penses bien, j'ai été assez contrarié, mais on m'a promis le produit de la vente pour mes pauvres, ce qui me console tout à (ait. Cela me servira à tirer de misère une famille bien malheureuse, conqjosée de se[)l individus, dont cin(( ])elits enfants, .lai dit qu'on pouvait me vendi'e moi-même à ce prix-là, si Ton trouvait des acheteurs. On doit me donner quelques-uns de ces portraits; je l en garderai un, on le l'enverrai s'il ^e présente une occasion ^.
Les Chambres s'en vont vers leur lin, ainsi tu ne tarderas pas à revoir ton bon père. Ce m'est un ])laisir de penser au bonheur qu il va goûter au sein de sa famille, et quelle partagera, .l'ai vu un temps où la mienne était réunie aussi; puis des malheurs sont venus (pii l'ont dispersée "- ; la tempête a jeté (;à et là ses débris ; puissent-
1. A partir de coUo ('•[xxiuc, on lit circiilrr hcmicoiip (h* portraits de IjanuMiiiais. La plupart étaiiMit iitho^TapliicK d'après le tableau de Paulin (luériii. Malheureusement e«'tt<' peinture, reniar- (piuble eonune œuvre d'art, ne reproduit pas lidèlenieiit les traits du modèle.
'2, On sait (pur le père de Kanu'nnais, autrefois rielie armateur à Saint-.VIalo, avait et»' ruim» |)endant le blocus contincntai. 11 vivait alors retin* à Rennes, d'une pension (pu; lui taisaient ses entants. Quant aux auties menittres de la tamilie, ils étaient pour
ils se retrouver un jour sur les rivages éternels! Ils ne peuvent plus se rejoindre que là. Adieu, mon frère ; j'ai l'âme triste ; cette tristesse passerait dans ma lettre et de là dans ton cœur, ce que je ne veux pas ; il vaut mieux finir. Adieu.
Paris, 23 mai 1819.
J'ai reçu ce malin par la petite poste ta lettre de mercredi. I\e pouvant sortir moi-même, j'ai envoyé chez ton père le portrait en ({uestion. Puisque le tien est lithographie, j'en réclame un exemplaire. Hélas ! il faut en toutes choses nous contenter ici-bas de l'image ; les réalités sont de cet autre monde auquel tant de gens ne veulent pas même penser.
Je suis comme toi, mon frère, j aime Forage. Un soir que je faisais à Saint-Malo de la musique avec quelques amis ^ , nous fûmes interrompus par le bruit du tonnerre, qui, croissant peu à peu, couvrit bientôt les instruments et mit iin à notre petit concert. Concenlrée sous les nuages qui s'épaississaient d'instant en instant, la chaleur était exlrèmc. Nous montâmes, pour jouir du spectacle, sur les murs qui entourent la ville. Je ne vis jamais de calme plus parfait ni de nuit plus profonde. Mais, à chaque moment, celte nuit s'entrouvrait
la plupart rostôs on lîrelagiic, mais los iircessilés do la vio losavaioiit (lisp(>rsés.
1. Laïuciiiiais avait été. pondant sa joimosso. luombro d'iiiio société musioalo, dans laquollo il l'aistiit, parait-il. la j^artio do flûte.
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clans l()iit<; la longueur <l un JKtri/oii imiiuMisf, et ou
aperccvail, d'un côté, la vaslo mer iniiiiohilr, (!«• rauti'»-,
des vaisseaux mouillés sur la rade, et la tei're au-delà.
On eût dit un ^rand combat entre le silence et les bruits
les plus formidables, entre les ténèbres et la lumière,
où cliacun triompbait tour à tour. Il y avait bien là
aussi ([uelque chose d'analogue aux destinées delliomme,
et à cette vie où les biens, les maux, les joies et les
douleurs se succèdent si rapidement. Jamais cette scène
ne s'est effacée d(î mon souvenir. Mais voici qucdque
chose de plus beau. Il y a quelques années, l'abbé })y^j V^r
Desvoisins, nommé par Buonaparle à l'évéché de Gler- "^
mont, mourut à la suite d'une longue maladie. La crise
qui l'emporta fut déterminée par un violent orage. Sur
son lit et près de passer, il répétait d'une voix éteinte
ces mots du Psalmiste : J^ubrs et fuh^ura, hcncdicitc
Doniintim. K Cela me paraît sublime.
J'aurais bien du plaisir à voir ton frère ; mais je crains qu'il ne trouve pas le temps de venir jusqu'aux Feuillantines. Je souhaite vivement la réussite de l'affaire qui le concerne, puisque lu penses qu'il trouvera le bonheur dans cette union. Il est sur du moins que cela pourrait l'aider beaucoup à acquérir un auti'e bonheur, et plus grand, et i)lus durable, (^uaut à toi, la Providence marquera le monu^nt. Un certain (ensemble de convenances, le vœu de tes parents, ce seront là les motifs qui te déterminen^it. Puissé-je, mon frère, te voir heureux ! Alors je n'aurai plus rien à désii'er sur la terre.
1. Nuages et l'itudres, bénissez le Sei»^fiieiir. (D;in.. III, 7">.^
Paris, 31 mai.
Je t'écrivis deux mois à la hâte vendredi, mon bon frère, pour l'annoncer mon voyage en Bretagne. Je partirai dimanche, à 10 heures, et j'arriverai, je pense, mardi chez moi, où j'espère que lu viendras me joindre aussitôt qu'il te sera possible. Il nous sera si doux de passer quelque temps ensemble dans la solitude ! Je reçus hier ta lettre de jeudi.
Je vois avec peine que ta pauvre amie ^ est toujours bien triste. Elle me rappelle une pensée que j'ai retranchée l'autre jour de mes Mélanges, parce qu'il y a des choses qu'un autre dirait, et que je ne peux pas dire convenablement. J'ai eu peur que celle-ci ne fût du nombre. Il y a des cœurs où aucune joie ne prend racine et où toutes les douleurs croissent naturellement.
Il me semble que ton aimable sœur pourrait lire avec plaisir et avec fruit les lettres de saint François de Sales. Les Vies des Saints traduites de l'anglais par Godescard sont aussi, dans un autre genre, un excellent ouvrage, mais bien volumineux. On fait cas, avec raison, des Visites au Saint Sacrement par Liguori, qui vient dernièrement d'être béatifié, mais c'est plutôt un livre de prières qu'un ouvrage qu'on lise de suite. Les Elévations à Dieu de Bossuet et ses Mcdi' tations sur l'Évangile sont dignes de lui. Il se levait la nuit pour les écrire et les destinait à des religieuses.