Probablement Mme de Lacan
Au r<;sto, \o. mcilloiii" livre de piTlô est celui qu'on goûte le plus. Quand nous en avons lrouv«'; un qui nous touche, il faut s'y tenir, h> niéditer, et surtout ramener toutes nos réflexions vers la pratique, sans quoi cf tw serait pas un exercice pieux, nnais une distraction.
L'histoire de (on Jcuih' homme est ])ien frappante. Ce père qui meurt à soixante-dix ans dans un lieu de débauche, (pMïlle leçon ! En voici le pendant. On me parlait <'e malin d'une jeune fdle de treize ans qui s'est précipitée ces jours derniersdun cin(juième étage. Elle vivait depuis trois ans dans le désordre. On dirait que le crime a envahi la vie tout entière, et qu'il ne laisse plus de place ni à l'innocence du premier âge ni au repentir du dernier. Adieu, mon frère, aimons-nous toujours, et prions toujours l'un pour l'autre,
A la Chênaie, le 7 juillet.
Je t'attends au commencement d'août. Ces Chand)res me paraissent éternelles. Combien nous sommes dépendants de tout en ce triste monde ! J'ai reçu dernièrement une lettre déchirante de Mme de L... Son mariage avec M. C... a été l'occasion d'un horrible déchaînement contre elle. Il y a, en vérité, de bien abominables ffens. Je te dirai les détails de vive voix. Cette pauvre femme est maintenant retirée dans une comnmnauté, rue de Sèvres. Elle s'est conduite avec une noblesse qui l'honore, mais qui ne désai'mera pas ses ennemis. Je ne sais ce (jue tout cela deviendiM. I''Ile est
encore plus malheureuse que cet homme dont tu me parles. La religion seule la soutient. J'ai peur que sa santé ne tienne pas contre de si fortes épreuves. Que de traverses, que de douleurs dans une vie si peuavancée encore ! Dieu a ses desseins ; il n'afflige que dans des vues de miséricorde. Nous le verrons clairement un jour, mais on n'en plaint pas moins ceux qui souffrent.
11 n'a cessé de pleuvoir depuis mon arrivée ici. Je me promène cependant, je me repose, et ne m'occupe guère qu'à reprendre des forces pour l'hiver prochain. Je sens que j'avais besoin de deux ou trois mois de relâche, et je le sens ici mieux même qu'à Paris. Aussi ai-je suspendu sans scrupule presque tout travail. Adieu, cher ami ! adieu, mon frère ; sans cesse mon cœur pense à toi. Prions l'un pour l'autre.
A la Chênaie, le Jc«" août.
Je reçois, mon frère, ta lettre du 25, et j'en reçois en même temps une de Mme de L..., que j'attendais avec anxiété. Enfin Dieu achève en elle son ouvrage. Cette noble âme est sortie triomphante de la dernière et la plus dure épreuve. Elle est maintenant tout ce qu'elle doit être, un vrai modèle de force, d'humilité et de foi. Remercions Dieu qui nous donne en elle ce grand exemple, et prions-le de faire par sa grâce que rien ne démente de si heureux commencements. Je te verrai donc !)i('niot, mou l)oii frère; que j'attends ce
bN LA.MLNiNAIS I.NCO.NNL SS
Joui- iivci' iiiipaliencc ! Knfiii il viendra, il ajjproclw cl tu U; trouveras à la Clicuaic, avec, mou aulr»; frère* cjui n<î jxïut non plus quillcr Sainl-15i*i(;uc quo vers la rniaout, et qui a le plus grand désir do te connaître. Il mérile hien ton amitié et sera lu'ureux de rohlenii*. Tu verras aussi M. de Genoudc, (pii est un fort bon jeune lion^irne, pl(Mn d(; piété, de lalenl, et d'envie d'en faire un usag(î utile.
^'oici la dernière lettre que j(î t écrirai avant d<; te revoir. Je l'abrège un peu parce que j'ai du monde chez moi, et que je ne puis (piitter longtemps. Adieu, tu sais comme je t'aime.
10 novenibre.
Je te remercie, mon bon frère, d'avoir pensé à moi au milieu de tant d'end^arras. Notre gouvernement est un renme-ménage perpétuel, et je crains bien qu'à ce r(îmue-ménage ne succède un bouleversement complet de l'Europe. Xous ne sommes qu'au cominencf'ment d(,'S révolutions. Tous les souverains concourent à les rendre éternelles, et personne ne peut dire s'il y aura une société dans vingt ans.
Je bénis ])ieu, qui, dans ce grand mouvement des choses humaines, assure ta paix, et rassemble autour de toi tout ce qui peut contribuer à Ion bonheur. Jouis, mon frère, d un si doux et rare bienfait, mais prends garde d'arrêter Ion cd'ur à celt(ï prospéril»'' du temps.