‹ Un Lamennais inconnuChapitre 88 sur 112 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

A la Chênaie, le 3 mai 1822.

Je serais bien peiné, mon bon frère, que les turpitudes présentes, qui surpassent toutes les turpitudes

1. M. Bossiiiot do P()m|ihily rlail issu d'iiuc aiicioiiiio et notablo l'ainillo do Saiiit-Malo.

passées, en vinssent au point que Ton sacrifiât un administrateur tel que ton père à l'ambition de quelques intrigants. J'espère que cela n'arrivera pas, quoique néanmoins je n'en fusse pas extrêmement étonné, d'après ce que je vois et ce que j'entrevois. Nous marchons à grands pas A^ers un état étrange, mais je ne veux pas entrer aujourd'hui dans ce sujet.

Mon frère, qui est ici pour un petit nombre de jours, se joint à moi pour te remercier de ce que tu as fait pour la famille Le Vicomte et pour le pauvre Biarrote. J'espère que le sieur Le Levreur tiendra compte enfin de ta recommandation. Le sous-préfet de Saint-Malo ne demandait que son autorisation pour rendre à Biarrote une culture de dix mille pieds ; il a dit qu'il fallait en référer au préfet, ^lalgré sa dénégation, il est si vrai qu il existe un fonds disponible, que sur ce fonds l'on a accordé, cette année même, trente mille pieds à M. Le (jrobien, mais tout cela se fait par compèrage. Pour ce qui me regarde, je puis cultiver soit en Saint-Pierre, soit en Combourg; ces deux communes font partie du même arrondissement, mais on cultive dans la première et point dans la deuxième, quoiqu'elle soit entourée de cultivateurs. Combourg me conviendrait mieux, et le choix entre les deux me conviendrait encore davantage. Si je n avais qu'une petite culture, cela ne vaudrait guère la peine de faire les premières dépenses, qui sont considérables. Je sens qu'il y a des difficultés; tu verras si l'on peut les vaincre.

J'ai donné à M. André de Pomphily, un de mes anciens camarades, une lettre pour toi. Je crois son affaire aisée,

et je le la recommande. Voici quelques autres recommandations :

1° L(; pauvre Dutemple; il mérite, je crois, à tous égards, qu'on s'intéresse à lui.

2° Bossard', employé à Rennes, demande une recette sédentaire.

'S^ Louël désire que sa femme soit mise aux appointements, à la place d'une dame Very, qu'il dit être folle.

Remercie pour moi Courchamps des soins qu'il donne aux commissions du P. Ventura^. Tu me demandes où j'en suis de mon travail : dans quinze jours j'aurai fini un volume d'environ six cents pages, mais il m'en reste encore deux autres semblables à faire, ce qui n'est pas une perspective fort agréable.

Je me suis décidé à entrer dans ces longs développements, afin de prévenir, autant que je puis, les chicanes de l'ignorance et de la mauvaise foi. J'ai l'espoir de finir le deuxième volume cette année. Le suivant exigera six à huit mois de travail. Ainsi tu vois qu'à moins de circonstances imprévues, mon retour à Paris n'est pas prochain. Quelque envie que j'aie de te voir, si tu ne peux venir qu'en supposant que l'événement dont tu me parles arrive, je désire bien vivement que tu ne viennes pas.

Je te prie d'offrir mes hommages à Mme Benoît.

1. C'était encore un Malouin. Un membre de sa fanulle avait été chargé par les La Mennais de g-éror la propriété de la Chênaie, avant M. Marion.

2. On sait que le P. Ventura, général des Théatins. soutenait les doctrines du deuxième volume de l'Essai sur L'indifférence et certaines théories libérales emjiruntées à Lamennais, ce qui, plus tard, le compromit aupi'ès du pape Pie IX.

Mon frère te dit mille choses tendres, et moi je t'embrasse, mon Denis, de tout mon cœur.

Ton pauvre frère, F.

Le 10 mai 1822.

Tâche, mon bon frère, de retrouver dans mes papiers un traité que j'ai fait avec Méquignon, au mois de décembre dernier, et par lequel je l'autorisais à réimprimer les deux premiers volumes de VEssai, la Défense et les Ré fierions. Si tu peux mettre la main sur ce ^'^(Or^ papier, tu le remettras à M. de Saint- Victor. La faillite de Méquignon est une chose bien fâcheuse pour moi : elle m'enlève tout ce qui me restait pour vivre.

Je t'envoie une requête de ^Lne veuve Lorin pour son fds,qui est notre parent très proche^. Je désire très vivement qu'il soit possible de lui accorder ce que sa mère demande, c'est-à-dire un avancement d'un degré. Je te prie de me répondre là-dessus. Louël m'accable de ses lettres; je ne lui réponds point. Il s'est imaginé, je crois, que j'étais le directeur général.

Voilà une lettre pour la pauvre demoiselle de Trémereuc, et une autre pour M. de Senfft^. Petite poste.

J'attends mardi l'abbé Le Tourneur^, et mon frère

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