‹ Un Lamennais inconnuChapitre 89 sur 112 · La mère de Lamennais s'appelait Gratienne Lorin · texte numérisé non relu

La mère de Lamennais s'appelait Gratienne Lorin

2. Le comte de Senfft-Pilsaeh fut. on le sait, un des correspondants les plus assidus do Lamennais. (Voir les deux volumes de lettres publiées par M. Forgvies.)

3. L'abbé Le Tourneur, qui s'intitulait alors « prédicateur ordinaire du roi » était en relatiohs littéraires avec J^amennais. il avait préparé quelques-uns des petits volumes de la Bibliothèque des Dames chrétiennes.

rallond (le son cnir, car sans cola il serait roparli aujourd'liiii pour Saiiit-Brieiic. Il est sorti avant-hier par nriiracle, sans l)lossiire ni contusion, de dessous les pieds de deux chevaux qui se l)altaienl sur lui. En toml)ant, il se recommanda tranquillement à la Sainte Vierge, dont la protection a été bien marquée en cette circonstance^. Je t'embrasse, mon bon frère, de tout mon cœur. Voilà une lettre de Mme Dubois-Rerthelot que tu liras avec plaisir.

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28 mai.

Fais-moi le plaisir, mon Denis, de rappeler à Courchamps les commissions du P. Ventura, de Naples, pour qui je t'envoie une lettre. En voilà une aussi pour la pauvre Mlle de Trémereuc, qui vient de perdre une de ses nièces, âgée de quinze ans. Voilà la vie: Spiritus vadcns et non r celions.

Dis-moi ce que tu présumes pouvoir faire en ma faveur pour la culture du tabac, afin que je prenne mes arran-^ gements en conséquence. Je t'avais marqué par erreur que la Chênaie était en Saint-Pierre de Plesguen, oii il y a déjà deux planteurs. Nous boi^dons cette commune, mais nous sommes en Plesder. Biarrote me charge de te transmettre, et à ton père, l'expression de sa vive reconnaissance pour ce que vous avez fait pour lui. On parle

1. Cet accKlent arriva au cours d'utic excursion que les deux frères faisaient onseiuble à cheval, aux environs de la Chênaie;

ici dune augmentation considérable de culture dans notre arrondissement pour l'année prochaine.

Je ne sais pas encore comment finiront mes affaires avec Méquignon. Très probablement ce ne sera pas sans une très forte perte, dont je me serais bien passé. Dciis providebit^ comme disait ton père.

Je te prie de m'acheter, à l'un de tes moments de loisir, une paire de ra/.oires (sic) de Sir-Henry, coutelier de l'Ecole de médecine, et une autre paire de la façon d'un coutelier dont j'ai oublié le nom, mais il demeure rue Bourg-l'Abbé, et il a obtenu un prix ou quelque chose comme cela de la Société d'encouragement, ce qui m'encourage moi-même à essayer de ses razoires. Situ n'as pas d'occasion de me les envoyer, fais-les remettre chez M. J. Cor, rue de la Sourdière, numéro 29.

Voilà bien des embarras que je te donne, et cène sera probablement pas les derniers.

Adieu, mon bon frère, je t'embrasse de tout mon cœur.

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Samedi 5 juin.

Mon frère, je pars demain matin à dix heures ; je suis dans tous les embarras d'un départ. Je veux encore, avant de quitter Paris, te dire combien je t'aime, combien mon Denis est avant dans mon cœur. Viens me voir, mon frère, je t'en prie ; viens donner à ton pauvre Féli le plus grand plaisir qu'il puisse goûter dans celte triste vie. Adieu, tout à toi, ex iniis K'isceribus meis.

2'» juin 1822.

Je suis bien aise do savoir Ion retour, mon Denis. Quoique toujours séparés, nous somin(;s moins loin l'un de l'autre. L'idée que tu pourrais me venir voir m'est bien douce. Pour moi, je ne puis sortir d'ici que je n'aie lini mon ouvrage, et il me reste encore deux volumes à faire. J'ai eu par ailleurs beaucoup de contradictions, et de ces choses qui font mal, parce qu'elles montrent l'homme sous un vilain jour. Ces mêmes choses dérangent, en outre, tous mes projets et toutes mes espérances de repos pour l'avenir ^ , Dieu y pourvoira d'une autre façon; que sa volonté soit bénie!

On m'assure que la culture du tabac sera augmentée cette année dans l'arrondissement. Si je peux y avoir part, soit pour la Chênaie, soit pour Tremigon, cela me fera grand plaisir. Une partie de mes terres sont en Saint- Pierre, où l'on cultive. Il serait bien à désirer que le Directeur général se mêlât davantage de la culture et de sa distribution. Tu n'as pas d'idée des abus qui se commettent; mais ce serait trop long à écrire. Il serait cependant à propos qu'ils fussent connus, parce qu'il en résulte un mal réel. Xous en causerons si tu viens.

Quoique tu aies passé fort peu de temps en Angleterre, ce ne sera pas néanmoins un temps perdu. C'est un pays très curieux à observer. As-tu vu Chateaubriand ?

1. Il s'ag-it toujours, sans doulo, de la polémique suscitée par le 2' volume de l'Essai, polrmifiue qui oblij^ea Laniennais à écrire» une Défense et à aug-menler son ouvrage de deux gros volumes.

C'est toi qui m'as appris la mort de M. Jerningham. Que je plains sa pauvre veuve et sa malheureuse famille ^ ! Cette perte est irréparable pour elle. Enfin, voilà la vie.

Bellevue a été très sensible à ton souvenir ; nous parlons souvent de toi ; il est toujours très ferme, et il t'aime véritablement.

Voilà quelques lettres pour la petite poste. Donnemoi des nouvelles de Mme Benoît et présente-lui mes hommages. Je t'embrasse, mon Denis, de tout mon cœur.

XGIII

1" juillet 1822.

Ce gros paquet de Saintes, c'était, mon pauvre frère, une pétition de ce malheureux Le ^lintier, pour qui je ne puis rien. Je te l'envoie, c'est-à-dire la requête, parce que je pense que tu pourras la faire remettre, soit à M. de Margadel, soit à M. de Bosderu, qui pourront l'apprécier, et qui d'ailleurs connaissent la famille Le Mintier.

La promesse que tu me fais de me venir voir me cause une grande joie. Je suis enchanté aussi de la confiance que te témoigne ton beau-père. Il a bien raison, mais je lui sais gré d'avoir raison. Il n'y a qu'une chose qui me

1. Mme Jcrniiighaiu était une grande dame que Lamennais avait connue lors de sou séjour en Ang-loterre jxMidant les Cent Jours, Lorsqu'il se présenta à elle pour la preniirre lois, en quête d'un préceptorat, avec sa mine chélive et ses habits ràjiés, elle le renvoya, dit-on, sous prétexte « qu'il avait lair trop bête w. Mais elle était revenue sur cette imj)ression, et Lamennais avait contracté avec cette lamille une liaison qui dura longtemps.

d(''[)laise hï-dedans, c'est que, si tu te trouvais un jour eiiargé de dirig(;r ses o[)érations de forges, cela nous éloignerait encore davantage ' .

Je viens de recevoir, a\ccl'Etoîlc, un l)eau prospectus d'un ouvrage qui paraît sous ce titre : La Religion de fanduc p(ir Descartes, Bossuet, Fénelon, etc., etc. C'est tout juste la Collection que j'avais annoncée. Méquignon est un des intéressés dans cette affaire, et j'ai quehjues raisons de croire qu'une personne qui me devait plus d'égards n'y est pas non plus étrangère. Quoi qu'il en soit, nie voilà bien et loyalement privé d'une ressource sur laquelle je comptais pour acquitter mes dettes et m'assurer un peu de repos. Dieu soit loué ! Courchamps a-t-il écrit au P. Ventura?

La traduction de ma Défense a paru à Rome avec trois approbations conçues dans les termes les plus forts-.

Tout à toi; je t'embrasse de tout mon cœur.

Je t'envoie le prospectus en question.

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7 juillet 1822.

Voilà tantôt quinze jours que je n'ai reçu de tes nouvelles, mon bon frère. Gela vient de tes occupations sans fin et sans nombre. Je sais que tu n'as pas un moment à toi. Je n'en ai guère non plus, quoique bien

1. On sait que cette prévision se réalisa plus tard : mais alors l'amitié de Lamennais et de Benoit d'A/y s'était refroidie.

2. Ces approbations sont citées parle P. Roussel, de 1 Oratoire, dans le recueil de documents (luil a publié sous ce titre : Lamennais d'après des documents inédits. On les trouve, du reste, dans l'Essai biograp/iit^ue de A. Blaize.

seul, mais les lettres me tuent, il n'y a guère de semaine où ma correspondance ne me prenne plusieurs jours, et pour dire quoi? J'envie le bonheur de M. de Bonald, qui sait ne point répondre. Si j'étais aussi heureux, je finirais mon ouvrage au moins six mois plus tôt.

As-tu appris la mort de la pauvre Mme Jerningham? Le tombeau de son mari était encore ouvert, lorsqu'elle est allée se réunir à lui, laissant quatre pauvres orphelins, pour qui la perte qu'ils viennent de faire est irréparable. Cette pensée fait mal; il faut bien vite regarder la Providence.

La traduction de ma Défense a paru à Rome avec trois approbations très fortes. T'avais-je dit cela? J'espère que cela fera quelque impression en France. ?Ji>>A*c J^ ^6 ^ois guère Bellevue, mais chaque fois que nous

nous voyons, il me parle de toi, et toujours avec la même affection. C'est un excellent homme et bien sûr.

Adieu, mon Denis ! aime toujours ton pauvre frère, F.

28 juillet 1822.

Ton petit mot si bon et si tendre m'a fait grand bien, mon Denis. Le cœur aime à se reposer sur un autre cœur, et à oublier là tant de choses qui le blessent. J'ai parfaitement oublié les procédés de AL G...^ et je désire qu'il l'oublie de même. Depuis que je suis décidé à n'avoir jamais avec lui aucunes relations, je pense à lui bien rarement, et j'y pense sans amertume.

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