Malheur
Le 2 juillet 1827.
.le nie rc'^Ouis, mon cher Denis, qu(3 tu sois plus tranquille sur la santé th; Mme l^enoît et de ta pauvre petite. J'espère que le bon air des champs, ou au moins des jardins, les fortifiera l'une et l'autre.
Ce qui ne se fortifie pas du tout, c'est la monarchie. Tout le monde dit qu elle s'en va, et je dis comme tout le monde. Ce qui se fait serait inexplicable, si on ne remontait pas jusqu'à Dieu, qui commence par aveugler ceux qu'il veut conduire dans l'abîme, .l'ai souvenance depuis la Révolution de 1789; je n'ai vu à aucune époque de délire pareil à celui qui transporte aujourd'hui le pouvoir. Et puis aux folies, aux bassesses, aux turpitudes se mêlent les crimes: dernier symptôme de mort. J'appelle crime la guerre qu'ont déclarée M. Frayssinous et les siens à la Société catholique des Bons Livres, la seule œuvre qui luttât contre l'influence de l'impiété K J'appelle crime l'opposition de ces mêmes gens à Rome, et tout ce qu'ils font pour précipiter la France dans le schisme. Oui, le châtiment sera grand, mais qui osera dire qu'il n'ait pas été mérité? Nous y participerons tous, et il deviendra une expiation, une épreuve, un sujet de triomphe pour les bons. Pour les
1. Cette société était une branche de l'Assoc'nlion pour la défense de ta relÎQion catholique, fondée par l'initiative de >•>!. de Salinis et Gerbel, av«'c l'autorité de Lamennais et l'aide de tJauchy. Ce sont prohablenient les idées iiltrainontaines de ses patrons qui avaient rendu cette si)ciété suspecte au gallican Frayssinous.
autres, ce sera comme un avant-goût de ce qui les attend.
Un de mes amis, M. JMarion, me prie de te demander s'il serait possible d'obtenir dans le département des Gôtes-du-Nord une aspirance au surnumérariat (on m'a dit que cela se nommait comme cela) pour un jeune homme de vingt-quatre ans, de bons principes et de bonnes mœurs, lequel, ayant étudié pour l'état ecclésiastique et ne se sentant point de vocation, ne sait plus que faire de lui-même. Si la chose est faisable, la demande sera appuyée par M. de la Vieuville, député. Je crois qu'au besoin il appuierait aussi la supplique du pauvre Dutemple.
Mes forces ne se rétablissent point ; elles ont été, à ce qu'il paraît, profondément altérées. Si rien d'imprévu ne change mes desseins, je passerai ici deux ou trois ans, et plutôt trois que deux. J'ai besoin de ce temps pour mes travaux, et je désire me hâter pour être prêt, lorsque le temps des échafauds arrivera. C'est le seul désir qui me reste sur la terre. Je t'embrasse tendrement.