‹ Un Lamennais inconnuChapitre 99 sur 112 · Le texte porte : m'que lionuil · texte numérisé non relu

Le texte porte : m'que lionuil

."{. Clett»' phrase dtMiole, on en «-onviendra, une elatirvoyan«'«» me rveilleuse. Les idt-es énoneées i<-i reviendrtuit d'ailleurs plusieurs lois sous la plume d(! Lamennais juscju'à la tiu de celle corespondance.

Je prie Dieu pour toi, pour ta famille, pour tes pauvres chers petits enfants. Ma famille, à moi, s'accroît peu à peu; la Providence fera le reste.

Adieu, mon frère chéri ! écris-moi plus souvent, et aime-moi toujours comme je t'aime.

Le 31 janvier j830.

Je prends bien part, cher bon frère, à la nouvelle affliction que la Providence vient de t'envoyer. Les vertus de ta pauvre tante, sa piété, offrent du moins, dans une calamité si grande, quelque sujet de consolation, La médecine peut bien peu de chose, ou plutôt rien contre cette terrible maladie, qui n'a jias sa cause dans les désordres physiques qui l'accompagnent souvent. Je l'ai vue naître en plusieurs personnes, et se préparer de loin, et encore en ce moment, j'ai d'assez vives inquiétudes pour deux jeunes gens, l'un et l'autre habitant Paris, et en qui je remarque les symptômes qui m'en ont toujours paru les préliminaires à peu près certains.

Je ne crois pas plus que toi que la France soit disposée maintenant à imiter l'exemple que la Belgique lui donne, mais je ne la crois pas non plus si éloignée que tu parais le penser'. Les idées se modifient rapidement d'année en année. Si on relisait les anciens journaux, on serait frappé de ce changement. Tout se prépare pour amener en présence sur la scène politique les

1. Nous saisissons ici la proiuirM-o trace des disseiiliinents qui vont bientôt séparer Lamennais de son ami, sur plusieurs questions politiques et religieuses.

deux soûls partis (jui survivront à ceux rpii l'ont occupée jusqu'ici: les calholiques et les libéraux à la manièro du O/ohc Leur lutte décidf.'ra du sort du luondr, et le pouvoir ne sera pour l'ien dans ce grand combat. Il entrave aujourd'hui la formation de ces deux partis définitifs, (;t gène leurs mouvements.

Mais quand ils auront grandi ; (piand, avec la conscience de leur force, ils auront brisé les liens dont o-i les serre encore, que de choses on verra dont on ne se doute pas ! En attendant, nous allons voir cette farce qu'on appelle une session; et pour celle-là, on se doute assez du spectacle qu'elle offrira. Quoi qu'en dise le libéralisme, je ne serais pas très surpris que le ministère, surtout s'il se borne à présenter le budget, qu'on n'a pas encore l'habitude de refuser, ne se tirât d'affaire pour quelques mois. Mais comme, en tout cas, les choses n'en iront ni pis ni mieux, peu m'importe, et en général je n'aime pas les incidents qui n'ont d'autre but et d'autre effet que de retarder le jugement.

Je plains de tout mon cœur cette pauvre Mme de Coislin. Hélas ! que la vie est pleine de misères ! Satur arif^nistiisy dit Job. Et l'on n'en songe guère davantage à l'autre : tant lliomme est al)sorl)é dans l'illusion du pi-ésent î

Adieu, cher bon frère, aime-moi toujours comm«» je t'aime, et, pour que notre amitié ne soit pas une autre sorte d'illusion, plaçons-la dans l'éternité.

GLXVI

Le 13 avril 1830.

On m'a nommé, mon bon frère, membre d'une société

de statistique universelle, dont plusieurs personnes de ma connaissance, et particulièrement M. de Vitrolles, font partie. Ma position m'oblige d'accepter, afm de ne pas fournir un prétexte de dire que le clergé est ennemi des connaissances. En conséquence, je te prie de faire porter la lettre incluse à son adresse, après lavoir lue et cachetée. Veuille bien aussi acquitter pour moi ma dette de 40 francs envers la société, savoir i?5 francs pour le brevet, et 15 francs de contribution annuelle comme membre non résident. ÎNI. Le Cadennic, qui demeure rue Cadet, numéro 15 bis, te remboursera cette avance. Je l'en chargerai dans ma première lettre, mais, dans tous les cas, il suffira de ta demande.

Il y a bien longtemps que tu ne m'as donné signe de vie. Je pense que tes occupations en sont la cause. Les journaux ont annoncé ta nomination à la place de directeur du Grand Livre. Je m'en réjouis si cela est vrai. Quoique ce ne soit pas le livre de vie, il aide pourtant beaucoup de gens à vivre sur cette pauvre misérable tei re, et après vient cet autre livre fatal, terrible, éternel.

Liber scripius proferetury Ubi totiun continctur, Undc inundits judicctur.

Ce sera là aussi une statistique universelle, mais on ne songe guère à celle-là. Ce qui occupe bien davantage, c'est le ministère', et ce qu'il fera de la Cham])re, et ce

1. Lo lertour roiuMrqiiora co slvlo (h'H'ousu qju pi'ouvo la rapidité avoc laquollo LaiiuMiiiais, d'ordiiiaix'e si soigneux de la forme, écrivait parl'ois ses 'lettres.

quecello-ci fera (l<' la l'raiicf, et (•<• qiir la l''i-ance frradc l'Europe. Cela no nio paraît pas trop difficile à pn*voir en gros.

Quant aux détails, 'y ne m'en sourie guère : «est l'aHaire de ceux ({ui croicMit conduire l'Ktat, parce (ju ils y sont attelés. .le ne doute pas 1<' moins du nioufle de leur profonde sagesse, mais je m- leur en dirai pas moins :

There arc inoro things, Iloratio, !ii hoavoii and farlh, ThiiM ai'o droamt of in yctur philosophy '.

A null<» épocpie le sens liumain ne fut plus renversé. Il est effrayant de voir le progrès qu'on a fait en ce genre depuis un an. Et nous ne sommes pas au bout. Initiiini doloruni lircc. Ce serait un grand adoucissement aux^ miennes ([iie de l emiu'asser, clicr hou frère. Adresse-moi désormais tes lettres à Dinan, <'t non pas à la Chênaie par Dinan.

Le 10 avril 1830.

Ta lettre du 12, cher bon frère, en a croisé une que je t ai écrite il y a quelques jours. Ne t'inquiète pas de voir ta famille s'augmenter. De nombreux enfants sont toujours une bénédiction de Dieu : Sicut plantœ oli\'a~ ruin in cire ni tu nirns,T 1//,t. N'est-ce donc rien (pic de donner l'être à des créatures qui veri'ont Dieu éternellement? Oh ! remercie-le de tout Ion avnv de ceux ipi'il le donne, et prends soin de les élever pour lui.

1. « 11 y a plus (le choses, Horace, an «-ici l'I snr la terre, qu'on n'en rêve dans votre philosophie. »

Je ne perdrai pas de vue ce que tu me dis pour un précepteur. Si je trouvais quelqu'un qui te convînt, je t'en préviendrais aussitôt.

Je te remercie beaucoup de ce que tu m'envoies pour notre œuvre. Elle se développe, malgré des obstacles infinis. Nous sommes déjà une cinquantaine^. Le noviciat est à Malestroit. Ici je n'ai que des jeunes gens dont la vocation est encore incertaine^. Tout marche bien ; l'esprit est très bon : de la piété, du zèle, de l'ardeur pour le travail. J'espère que la Providence fera sortir quelque chose de là, mais il faut du temps et de la patience. Au lieu d^aide et d'appui, nous ne trouvons guère que des persécutions. Le monde est toujours le même ; mais il a été dit : Confidite, ego vici mundum.

Je partage bien vivement l'affliction que te cause la maladie de ta pauvre tante. Il n'y a point ici-bas de plus grande calamité que celle-là. Mon Dieu, que de misères entassées dans cette vie si courte ! Les gémissements de Job sont la voix du genre humain.

Je ne vois qu'un journal, /e Globe, parce qu'on a cessé de m'envoyer la Quotidienne, et assurément je ne la regrette pas. Depuis quelque temps, elle était devenue aussi nulle, aussi plate, aussi absurde que l'opinion qu'elle représente, dit-elle.

Le ministère se meurt et ne meurt pas seul. Nous

1. En comptant, bien entendu, le personnel des deux maisons de la Chênaie et de Malestroit.

2. Lamennais avait aussi, parmi ses hùtcs de la Chênaie, des jeunes g-ens qui ne se destinaient nullement au sacerdoce. Du reste, les statuts de la Congi-égaiion de Saint-Pierre supposaient que cette association serait composée de j)rètres et de laïques.

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touchons à d(\ grands évônernents. Que des intrigues s«; nouent et se dénouent autour de ce lit d<; mort; que des hoinnios épient 1<î moment de remplaeer le cadavre, cela se devinerait, quand on ne le verrait pas, parce (juil manquerait sans cela quelque chose à celte dernière et dégoûtante scèn(î de la société expirante.

Je ne crois pas qu'il y ail aujoui'dliui «l'autre parti à prendre que le silence. Les vérités que l'on pourrait dire, personne ne les comprendrait. ,!<.' ne songe donc à rien publier. Tout mon travail se borne à rassemblrr des notes et des matériaux, et à fixer, en les écrivant, quelques idées philosophiques qui peut-être ne seront pas tout à fait inutiles plus lard. J'aimerais à en causer avec toi, mais quand le pourrai-je ? Je ne vois pas qu'il me soit possible daller à Paris cette année. La volonté de Dieu en toutes choses! Je t'embrasse, cher bon frère, du fond de mon cœur.

Le 11 mai 1830.

Je te remercie beaucoup, cher bon frère, d'avoir gardé ma lettre à M. Moreau. Je n'entrais là-dedans ' que parce que je m'y croyais comme obligé en (juelque sorte, et je suis charmé de pouvoir m'en dispenser raisonnablement. Ce que tu me dis de Mme Cottu me fait grand plaisir. Nous ne nous écrivons plus guère*-*,

1. Probableiuonl hi sociétr do stalistiqii»* dont il a t'-t»' (jucstion plus haut.

2. La rorrespoiidanco était, on ffl'ct. dcM'mic iimiiis a«live, sans <'('ss(M' coiiiplMoiMcnl. Kilo continua justju'à la iin di» la vie do Lainonnais, cl Mnjc Cotlu le visita plusieurs lois pondant sa dernière maladie. Elle écrivait, lo 20 avril iS'-iS, à I5en«>it d'Azy,

quoique assurément ni ses sentiments ni les miens n'aient changé ; mais elle a sa famille qui l'occupe, et moi je suis surchargé de travail et d'affaires. Et puis, la vie se fait chez soi là où Ton est, comme le lièvre se fait son gîte. G est une chose qui afflige et qui humilie que de voir combien noire pauvre existence est bornée.

Je ne savais pas que Ferdinand de Berlhier fût propriétaire de la Quotidienne. Eh bien ! il a là, sur mon honneur, une triste propriété. Je ne crois pas qu'il soit possible de rien imaginer de plus insensé et de plus plat que cette pauvre Quotidienne. Il y aurait là de quoi dégoûter à jamais du royalisme quiconque tiendrait à cette guenille d'opinion. Certainement ce n'est pas moi. Je suis profondément convaincu que nous ne pouvons nous sauver que par la liberté. Rendez le libéralisme chrétien, ce sera le parti social, et, quand il ne serait que politiquement juste envers le christianisme, c'en serait assez pour préparer un meilleur avenir. Or, je ne

i\\x sujet de Lamennais : « Vous ine demandez- si je sais quelque chose de notre pauvre ami. Je lui écris quelquefois ; je reçois toujours de courtes, sombres et affectueuses réponses. J'ai tenté de le voir à la hâte sans le prévenir ; j'ai été à Paris pour le sermon de Lausanne (?^. Il était sorti, bien réellement sorti et le lendemain j'ai reçu un billet rempli de regrets et d'instances pour que je le tinsse averti de ma prochaine visite. Il habite au quatrième, dans la rue de Rivoli : sa porte est fermée, à très peu d'exceptions près, tous les jours de la semaine, sauf le lundi, qu'elle s'ouvre, j'imagine, à toute la tourbe révolutionnaire de Paris. Il m'a envoyé, dans le temps, son livre du Peuple. Je lui en ai écrit toute ma peine, et aussi combien je croyais cet ouvrage nml adapté au but même qu'il se proposait, combien son talent j<erdait à ses nouvelles doctrines, et se prêtait peu au ton qui pouvait le rendre populaire. Il ne s'est point choqué de tout cela : il connaît la source d'où partent ces tristes vérités, et il les accueille, sinon comme vérités, du moins comme pieuses erreurs d'une ardente amitié... »

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désespère pas que rinlérét môme et la force des choses n'amènent ce résultat. Ce qui se passe dans celte Belgique, si remarquable drpuis quelque temps, en montre la possibilité. Pour le pouvoir, il n'y a nulle part rien, absolument rien à espérer de lui. Et c'est pour^juoi, dans la qurrolle présente, mes v<i'ux ne sont pas de ce côté. Je crains beaucoup moins pour la religion et pour la vérité la fièvre de la démocratie que le sommeil du despotisme, qui tue en dormant.

Les souverainetés d'aujourd bui ressemblent à ce vieux prêtre dont tu me racontes dans ta lettrr la terrible histoire. Il ne reste rien à désirer, sinon qu*' le tombeau se referme promptemeut sur ces corps pourris et ces âmes mortes.

Je plaindrais comme toi \J- de Vitrolles si quelques combinaisons extérieures le portaient au ministère. Gela est possible cependant. II y a un certain nombre de noms qui doivent passer par là. Mais qu ils se hâtent, car la scène, je crois, ne tardera pas à être close.

Je t'embrasse, cher bon frère, bien tendrement.

GLXIX

Le 17 aoùl 18^0.

J'attendais chaque jour un mot de toi, cher bon frère, pour me donner de tes nouvelles et me dire ce que tu deviens dans ces grands bouleversements *.

Ici tout s'est passé avec beaucoup de Iranquillité. L«' sentiment presque universel est la crainte du desordre,

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