‹ Un libre-penseur du XVIme siècle: ÉrasmeChapitre 17 sur 45 · ANGLETERRE · texte numérisé non relu

ANGLETERRE

E bruit qui se fit autour du Manuel ne pouvait distraire Érasme de ses vieilles liaisons des Pays-Bas. Son cœur aimant s'alarmait quelquefois à tort, il était exigeant en amitié; mais il fallait des motifs graves pour le détacher. Quoiqu'il eût à se plaindre de la marquise de Wèere, il n'en resta pas moins dévoué à son fils, auquel il consacra plusieurs opuscules, sans importance, il est vrai, miais qui n'en prouvent pas moins l'affection qu'il lui portait. Les visites qu'il faisait chez sa mère étaient une dis-

traction précieuse. Le silence des champs, le site pittoresque du château ramenaient la sérénité dans son esprit. Il eut, d'ailleurs, toujours une pointe de sensibilité pour la nature, comme nous aurons à le remarquer plus loin, et le mérite n'était pas commun au xvi® siècle, chez les humanistes principalement. Battus, dont il s'occupe tant dans sa correspondance des premières années du siècle, lui était alors d'un grand secours : il n'oublia jamais les bonnes heures qu'il passa auprès de lui. Ils s'entretenaient des lettres; jeunes et enthousiastes tous deux, ils rêvaient de Socrate et de Platon. Guillaume Hermann venait quelquefois les rejoindre et partager leurs doctes causeries. Leurs lectures, leurs études n'avaient qu'un but, dissiper l'ignorance et ramener un rayon de lumière dans la nuit si sombre de leur temps.

Lorsque l'épidémie de Paris eut pris fin, et l'on sait par Montaigne* les ravages de ces pestes fréquentes, Érasme quitta, mais à regret, ses amis, pour reprendre ses études dans la capitale de la France, en ifo^. La théologie, où il dut se remettre, lui était devenue insipide. L'avantgoût qu'il en avait eu à Stein et à Montaigu, les conversations de Colet, lui en avaient enlevé le plaisir.

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