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lique; qu'on nous permette donc de déroger pour un moment à notre méthode chronologique et de devancer les temps.
L'Espagnol Stunica, l'irréconciliable ennemi d'Érasme, prétend que la Folie a été dictée par le Diable, et le prince de Carpi, dont Érasme rira dans ses Colloques, refuse toute religion à l'auteur. Un docteur de Louvain, Martin Dorp, esprit plus pondéré, bon homme au fond, ami d'Érasme .du reste, se contenta de représentations bienveillantes. Les critiques ultramontains, tenus en respect par l'approbation que Léon X avait donnée à l'ouvrage, se souciant peu, d'ailleurs, de s'attaquer à un homme de la valeur d'Erasme, attendirent, pour se déclarer, des productions ultérieures, qui n'étaient pas non plus pour les satisfaire. Ce n'est que six ans après la mort d'Érasme, en i ^"42, que la Sorbonne condamna l'œuvre comme pernicieuse, dont il fallait se garder comme de la peste, et n'eut de cesse qu'elle ne l'eût fait mettre à l'index. Quant à Dorp, ce fut la faculté de Louvain qui le poussa, tout pacifique qu'il était, à censurer la Folie, comme indigne de la plume d'Érasme, où il avait passé les bornes de la modestie dans l'expression, et dont le danger l'emportait de beaucoup sur l'utilité qu'on pouvait s'en promettre. Mais Dorp ne tarda pas à se réconcilier avec Érasme, grâce aux œuvres d'exégèse dont nous parlerons plus loin.
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La vogue de la Folie fut immense, nous Tavons dit: Hoibein en illustra l'édition princeps, que Ton montre à Bâle comme une des curiosités de la bibliothèque, et qui mérite cet honneur : les dessins ont toute la verve, toute la malice de l'original. La Folie a l'esprit et presque la portée du Tanragruel, qui s'en est inspiré. Rabelais y fait allusion sans la nommer, et c'est le reproche que nous lui faisons : Montaigne et lui en ont profité tous les deux sans le dire. Et pourtant la Folie est à mettre à côté de leurs écrits sous plus d'un rapport.