‹ Un libre-penseur du XVIme siècle: ÉrasmeChapitre 25 sur 45 · SUITE DU TROISIÈME VOYAGE EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

SUITE DU TROISIÈME VOYAGE EN ANGLETERRE

lEPRENONS le séjour d'Érasme après qu'il eut achevé VÉloge de la Folie.

Ce bonheur que Montjoie lui avait promis, Erasme ne le trouva pas tout à fait.

Il est vrai qu'il était difficile à contenter : il ne voulait pas d'emploi, parce qu'il aurait fallu sacrifier son indépendance et ses loisirs. Les présents et les revenus ne lui manquaient pas, à coup sûr; mais il avait des besoins de toute sorte et ses protecteurs n'y suffisaient qu'imparfaitement. On ne lui marchandait pas non plus l'estime et les égards : presque tous les grands, tous les savants du pays le recherchaient. Erasme, il faut en convenir, eût été bien embarrassé de dire ce qu'il voulait au juste.

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Warham lui avait promis une prébende et il tint parole : il lui offrit la cure d'Aldington, près de Canterbury; mais quelle peine il eut à la lui faire accepter ! ce Je n'entends pas la langue du pays, répondait Érasme; comment pourrais-je me charger du soin des âmes? Et si je m'en chargeais, il faudrait m'enchaîner à une demeure fixe et renoncer au commerce de mes amis. » L'archevêque lui conseilla de prendre un vicaire qui ferait la besogne et auquel il abandonnerait une marrie des revenus, ce II n'est pas juste, reprit irasme, de percevoir les produits d'une prébende, quand on n'en prend pas toute la peine. »Warham le tranquillisa encore là-dessus : « Vous instruisez, lui dit-il, par vos ouvrages, et vous faites plus de bien que les curés rfen peuvent faire dans leur paroisse; du reste, je m'occuperai particulièrement de cette église. »

Au demeurant, l'influence d'Érasme s'exerçait heureusement en Angleterre comme ailleurs :

grâce à lui, l'étude du grec et de la théologie se vulgarisait. Voilà pour quel motif Warham tenait tant à fixer Érasme dans la contrée. Ce n'était pas un homme ordinaire que Warham : ses lumières, son obligeance, sa modestie prévenaient en sa faveur et le rendaient digne des éloges qu'Érasme ne lui ménageait pas d'ailleurs. Il était l'idole de la nation, quand elle le comparait à ses collègues de l'épiscopat, si peu édifiants.

Notons, à côté de Warham, parmi les connaissances de notre auteur, Fischer, chancelier de Cambridge, ardent ami de l'instruction, qui fut aussi pour lui un protecteur puissant. C'est Fischer qui le tira de chez Morus pour l'amener dans son université. Érasme se rendit à son appel, mais ne consentit qu'à donner des leçons de grec pour quelques mois seulement. Il débuta par expliquer et commenter la grammaire de Chrysoloras, à laquelle il dut bientôt renoncer, faute d'auditeurs, pour prendre celle de Théodore Gaza. Le grec n'était pas encore à la mode, surtout en Angleterre: Henri VIII, pour maintenir à Oxford l'enseignement de cette langue contre les Troyens, les conservateurs de l'époque, avait été obligé de déclarer que chacun avait le droit de professer le grec en public.

Erasme ne réussit pas mieux avec Gaza qu'avec Chrysoloras : ses auditeurs, peu nombreux, ne le payaient pas, et sa bourse tarissait. Les promesses de Mont joie ne se réalisaient pas. Loin de naviguer en plein Pactole, comme il l'avait rêvé, il se voyait acculé peu à peu à la gêne d'autrefois. La guerre qui se préparait contre la France, outre qu'elle interceptait ses communications avec le Continent, avait accru la cherté des subsistances. La vie devenait difficile pour un homme dont la santé réclamait des soins particuliers et coûteux, et qui ne pouvait s'accoutumer à la bière.

lyo ÉRASME

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