RÊVE DE PAIX PERPÉTUELLE
Fribourg, on le reçut à bras ouverts; on voulut même donner un banquet en son honneur; mais il s'y refusa. On lui indiqua comme habitation un palais qui avait été bâti en l'honneur de l'empereur Maximilien, mais qui n'était pas achevé. Erasme, qui ne pouvait pas, à son âge, se contenter de tous les appartements, eut des difficultés avec le propriétaire, qui se refusait aux réparations demandées. Il y resta pourtant quelques mois, et se décida, l'année suivante, 1^30, à l'achat d'une maison à raison de mille ducats. Mais il ne tarda pas à
s'en repentir. Les frais de réparation dépassèrent la dépense prévue, a Je ne crois pas exagérer, écrit-il à Béer, en disant qu'en cheminées, en fenêtres, en parquet, en réfection de la toiture et des portes, j'ai englouti plus de cent florins. » L'achat d'un mobilier, celui de Bâle étant de location, lui coûta beaucoup aussi. Avec cela, comme toujours, des ennuis avec les ouvriers. « J'ai épuisé ma bourse et je bâtis encore. J'ai eu tant de dégoût avec les procès, les traités, les discussions avec les constructeurs et les voleurs, que j'aimerais mieux passer dix ans sur mes livres qu'avaler une semblable pilule pendant un mois, » dit-il dans une autre lettre *.
En outre, il ne trouvait pas, à Fribourg, les avantages qu'il s'en était promis, tant au point de vue du pays que du naturel des habitants.
Nous ne connaissons pas assez le Brisgau que nous n'avons vu qu'en passant; mais le site de Fribourg, arrosée dans ses rues d'une eau claire et courante, au bout d'une plaine légèrement ondulée à l'ouest et bornée au levant par des montagnes boisées et de beaux arbres, nous a paru pittoresque. Érasme aimait les villes animées et populeuses comme Bâle, où ses amis prévenaient ses désirs, où il pouvait se livrer à ses travaux sans s'inquiéter du ménage, qui n'était pas son
* Letk XXXV, 1194»
fait. A Fribourg, il fallait se suffire avec ses revenus; les vivres étaient plus chers qu'à Bâle et ses pensions étaient payées irrégulièrement; il y avait sept ans qu'il n'avait rien touché de ses appointements de conseiller. Heureusement, il trouvait des ressources dans les cadeaux qu'il recevait en argent et en nature et dans les six cents florins environ que lui rapportaient ses livres. Mais sa santé ne se faisait que difficilement à ce ciel humide et pluvieux; de là ces quatre vers qui s'appliquent si bien au climat et à l'époque :
Obsecro, quid sibi vuît, itigens qtiod ah icthere nimbus
Noctes atque dies sic sine fine mit !
Terrigens qtwniam nolunt sua criminafiere,
Cœltitn pro nobis solvitur in ïacrymas.
Joignez à cela la fièvre, la gravelle et un abcès qui, en if^i, l'obligea de garder la chambre et le lit plusieurs mois de suite. On eût dit qu'un guignon s'attachait à ses pas.
11 avait cependant quelques compensations dans la vie modeste qu'il menait à Fribourg:
a pour ne pas faire un repas de loup, » suivant son expression, il vivait aussi retiré que possible, ne voyant qu'un petit nombre d'amis et deux ou trois convives au plus, afin de ne pas attirer l'attention et provoquer de nouvelles attaques. Depuis sa rupture avec Luther, il n'avait à peu près conservé que deux intimes dans la Réforme, Pirkhei-
mer et MeLmctfaon- Ce dernier âiTjit avec lui plus d'jn traie de ressemblance, et, sans rimpérieuse inâuence de Lutber qui le dominait, il est probable qu'ils eussent hiz cause commune. « Outre une érudition remarquable, une éloquence rare, Mé^ lanctbon a je ne sais quel charme qull doit à sa nature, plutôt encore qu à son talent: cfaerà toutes les âmes honnêtes, il n'a pas dans ses adversaires un seul ennemi*. » Dans ses moments de courageuse franchise, il ne craignait pas de dire devant Luther que « ses associés disputaient, non pour l'Evangile, mais pour la domination*. » C'était aussi l'avis d'Erasme et l'histoire n'y contredit pas.
Parmi les amis de toutes les heures, n'oublions pas le jurisconsulte Zass (Zasius), qui l'admirait depuis le Nouveau Testament. « Je n'ai encore trouvé personne en Allemagne, écrivait Erasme à Pirkheimer, dont le naturel soit plus admirable. Avec ses familiers il n'est pas seulement affectueux, c'est la droiture même. Il vieillit à vue d'œil, mais son esprit conserve toute sa vigueur. Il possède un goût solide avec une mémoire aussi heureuse que dans sa jeunesse. Les meilleures idées, les mots les mieux choisis lui viennent au pied levé. Son caractère respire la sincérité chrétienne. Par
* Lei. XVII, 1060.
* Mcl. à Lttther, cité par Bossuet, Var. 192.
malheur, on ne peut pas jouir longtemps de son commerce si attrayant: il a l'oreille dure et il m'est impossible de parler assez haut. »
Quoique la majorité des habitants fut catholique, les moines de Fribourg étaient moins déplaisants qu'ailleurs. Erasme avait sa maison près d'un couvent de Franciscains, et ce voisinage ne lui semblait pas sans attrait : « Je les entends chanter de ma chambre aussi distinctement que si j'étais dans leur chapelle. Nous vivons en bonne intelligence et leur prédicateur fait souvent mon éloge en chaire. » Mais à Fribourg comme partout, il était dit qu'Érasme ne jouirait jamais de cette tranquillité si nécessaire à son âge. Après Hutten, OEcolampade et Luther, c'est encore avec un Evangéliste qu'il a maille à partir.
Gérard Goldenhauer, ou Gérard de Nimègue, avait vécu à Louvain dans l'intimité de son compatriote Erasme. Ancien moine, il avait quitté le froc pour devenir lecteur et secrétaire de Charles d'Autriche, et, en ifiy, l'empereur Maximilien lui avait, grand honneur pour l'époque, conféré la couronne de poète. Érasme était dans les meilleurs termes avec lui. Mais, en 1^26, Gérard passa à Luther, écrivit dans le sens de sa doctrine, et alla vivre péniblement à Strasbourg du prix de ses leçons. Érasme s'était refroidi. En i y 29, Gérard, pour montrer son zèle de nouveau con-
verri, s'avisa d'adresser aux princes, réunis à Spire, un opuscule intitulé Lettres d'Érasme, qu'il accompagnait de réflexions, où il engageait les électeurs à ne pas user de violence envers les hérétiques, à ne pas condamner à mort pour cause de religion, s'appuyant, comme preuve, sur le fragment d'une Apologie d'Érasme contre les moines espagnols, où le même conseil se trouvait exprimé. Outre que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, il faut avouer que la circonstance était singulièrement choisie, non pour Gérard, qui devait être de bonne foi, mais pour Erasme, déjà quelque peu suspect au pape et à l'Empereur.
Erasme, contrarié, soupçonnant quelque malice de la part de Gérard, lui répondit par les Tseudo- Êvangélistes. Il commence par s'excuser, à dessein, de n'avoir pu prêter la somme que Gérard lui avait demandée, prétextant les frais occasionnés par son déménagement, prétextant aussi sa propre gêne, a Pourquoi, ajoute-t-il, tes confrères en Réforme ne viennent-ils pas à ton aide, puisque les Evangéliques se contentent de peu? Les Juifs ont entre eux plus de générosité : ils ne souffrent pas de pauvres au milieu d'eux. Si j'ai avancé quelque part qu'on ne doit point condamner les hérétiques à mort, tu aurais dû, en ami, ne pas mettre cette observation sous les yeux des princes, ou, du moins, en atténuer la portée. Du reste, je n'ai jamais prétendu qu'il ne fallût pas punir de mort le
crime de révolte, lorsque ainsi l'exigeait le bien de l'État. » Plus loin il s'en prend aux nouveaux docteurs et il a la main lourde : « Les réformés restent aussi vicieux, aussi emportés, aussi avides qu'auparavant. On ne trouve nulle part plus dç débauchés, plus d'adultères que parmi eux, au point que Luther s'est vu obligé de créer des inspecteurs pour mettre ordre à leurs déportements. Si saint-Paul vivait de nos jours, il ne renverserait pas l'ordre établi, il ne chercherait pas à détruire les abus, mais à châtier le vice. Il faut remédier à un pareil état de choses, mais sans sédition, non par des moyens pires que le mal. » Luther disait, à ce sujet, que « c'était vouloir marcher sur des œufs sans les casser; » mais Luther était un révolutionnaire, ce qu'Erasme n'a jamais été. La discussion avec Gérard n'eut pas d'autre suite; seulement la haine des Évangéliques s'en accrut si bien, qu'on en retrouve encore l'empreinte chez les biographes allemands, dans Muller notamment*.
L'année suivante, i ^30, s'ouvrit en été la diète restée célèbre par la Confession d'Augsbourg, où Mélancthon se chargea de présenter le symbole adopté par la Réforme. Cette diète avait pour but, au moins apparent d'après les lettres de convocation, de travailler à la pacification des
deux Églises. On fit parade de modération, et de par l'Empereur ordre fut donné aux prédicateurs et aux théologiens de s'abstenir de toute attaque. Luther, toujours sous le coup de sa condamnation, s'établit à Cobourg pour suivre de près les événements. Mélancthon comparut à sa place avec la confession qu'il avait rédigée. Les amis d'Erasme réclamaient sa présence; comme d'habitude, il s'excusa sur sa santé. Du reste, ce n'est pas sur le champ de bataille qu'il pouvait faire front à l'ennemi : sa place était dans son cabinet; son arme, sa plume. Il faut le dire aussi, il n'avait ni assez de confiance en lui-même, ni une conviction assez arrêtée pour ramener la paix dans les esprits : ses conseils n'auraient pas été écoutés. Ses lettres sont curieuses à cet égard.
(( Je ne pouvais me mettre en route sans danger pour ma vie, à laquelle je tiens encore. Et puis, je prévoyais que, loin d'apaiser le tumulte, je ne ferais que m'attirer de nouvelles tribulations. Je sais bien quel est celui dont les conseils sont tout puissants sur l'Empereur ; je sais encore mieux que les théologiens de la diète prennent pour luthérien celui qui lâche le moindre mot en faveur de la vraie religion. »
Mélancthon lui écrivit d'Augsbourg comment Eck et consorts entendaient rétablir la concorde, et lui dit qu'il était urgent de détourner Charles- Quint des moyens violents. Il prévoyait de grands
changements et ne savait encore quel parti aurait le dernier mot. Erasme lui répondit :
<£ Je n'ai rien écrit à l'Empereur; j'ai insisté auprès de Campeggio pour qu'on ne versât pas le sang à propos de dogmes. Je lui écrirai encore dans ce sens; mais je souhaite que vos co-religionnaires cessent de pousser les princes à la guerre par leur opiniâtreté et leurs insultes. Quant à moi, je déclare une fois pour toutes que je ne prononcerai pas une syllabe pour trancher la question. » Néanmoins et malgré sa résolution, il écrivit encore à Campeggio, pour condescendre au désir de Mélancthon, et, le 18 août, il fit son possible pour amener le cardinal à calmer Charles-Quint.
« Si l'Empereur ne veut qu'effrayer le parti contraire par la menace de la guerre, il agit sagement. Mais il est à craindre, puissé-je me tromper! que, une fois qu'on aura fait appel aux armes, le mal ne fasse encore plus de progrès. Les choses peuvent s'améliorer, et les blessures qui semblent mortelles, se guérir avec le temps. Si on laissait aux sectes leur existence, à de certaines conditions, comme en Bohême, ce serait un grand mal, à coup sûr, mais pas aussi grand que la guerre. »
Voilà, certes, un noble langage, qui ne partait pas de la pusillanimité, comme on l'en accusait dans la Réforme, mais d'une vue saine et pro-
fonde des choses. Seulement, quand on parle ainsi, on se fait honnir des deux partis.
Les historiens du temps, d'après Muller auquel nous en laissons la responsabilité, racontent uil épisode curieux de cette diète d'Augsbourg; comme Erasme y joue son rôle, nous nous permettons d'en donner la substance. C'est un conte fait après coup, mais qui rend assez bien la situation.
Un homme masqué parut dans la salle des États, déguisé en docteur, sous le nom de Reuchlin. Il portait un fagot composé de brindilles, les unes droites, les autres tordues, qu'il jeta au milieu de la salle. Puis vint un autre personnage, déguisé en prêtre, avec le nom d'Érasme écrit au dos. Il essaya de redresser les branches et de les ranger; il n'en vint pas à bout et se rerira fort en colère. A celui-là en succéda un troisième, en costume de moine, avec le nom de Luther attaché à son froc. Il avait des charbons ardents avec lesquels il alluma les morceaux tordus, et s'enfuit aussitôt qu'il les vit en flammes. Ensuite parut un homme avec le costume d'empereur, qui rira son épée pour éteindre ces flammes; plus il remuait le bois, plus il accélérait le feu; il se mit en fureur et s'éclipsa. Enfin arriva Léon X, qui d'abord fut très-efFrayé de ce feu, puis réfléchit un moment au moyen de l'éteindre. Tout à coup il aperçut deux urnes pleines l'une d'huile,
l'autre d'eau; il prit la première et la jeta dans le feu pour l'éteindre; la flamme devint plus vive et il se sauva au plus vite. L'Empereur crut d'abord à une représentation qu'on voulait lui donner; quand les acteurs se furent retirés, il devina le mot de l'énigme.
Nous n'avons pas à exposer les résolutions de la diète, les exigences de Charles-Quint, qui donnait six mois aux pays réformés pour rentrer dans le giron de l'Église, la coalition de dix-sept villes d'Allemagne qui protestèrent contre cet arrêt, d'où le nom de protestants appliqué depuis aux partisans de Luther, ni les luttes qui en furent les suites, parce qu'elles n'entrent pas dans notre sujet.
Arrêtons-nous toutefois un instant sur la tentative de Mélancthon, après et malgré la diète d'Augsbourg, pour travailler encore avec Érasme au rétablissement de cette paix qui semblait avoir disparu pour toujours. Elle fait honneur aux deux génies similaires et à un évêque qui leur prêta son concours.
L'année suivante, if3i, l'ancien évêque de Naumbourg dans la Misnie, Jules Pflug, passé alors dans le camp de Luther, se joignit à Mélancthon pour engager Erasme à s'entremettre encore : il n'avait rien de plus à cœur que la paix. Il le pria d'agir auprès des princes, de les conjurer de mieux traiter les protestants et d'abolir certaines lois du
catholicisme. Il y avait apparence, si l'on s'en rapportait à quelques paroles de Mélancthon, que le parti contraire ferait des concessions et finirait par comprendre qu'il faut tolérer bien des choses en vue d'une conciliation si désirable. Érasme était plein d'estime pour le mérite de Pflug : a Si l'Église, lui écrivait-il, avait beaucoup de Pflug, la dissension ne serait pas survenue ou aurait été vite calmée. » Il refusa d'abord d'intervenir, puis finit par donner le traité, dans un Commentaire sur le Psaume 85, sur « l'Unité de l'Église. » Il blâme, dans cet écrit, les sectes anciennes et nouvelles, qui n'ont jamais fait que troubler la paix, n'ont songé qu'à leur intérêt propre. Il déplore la corruption générale, ajoutant qu'il faut se corriger soi-même avant de juger les autres. Il condamne en toute franchise la* violence dont on use envers l'incrédulité, mais aussi les innovations dangereuses, et finit par rappeler les principes de ses œuvres précédentes, avec la manière de rétablir la concorde.
Cet écrit ne pouvait que mécontenter les deux partis : aux jours de trouble, les hommes de juste-milieu comme Érasme ne sont pas écoutés. Nous aimons mieux le suivre dans son cabinet que de lui voir proposer des plans de pacification irréalisables.
A Fribourg, ses productions ne se ralentissent
pas. Il fait paraître tantôt des Pères de TÊglise, tantôt des classiques qui n'ont pas encore été imprimés, revus sur des manuscrits sévèrement conférés, avec des remarques instructives et de longues introductions biographiques ou littéraires. Il dédiait, suivant Tusage, ces œuvres à de hauts personnages du monde ou de l'Eglise, qui l'en payaient par de riches cadeaux. Il n'y avait en Europe ni prince, ni évêque qui n'eût voulu, pour illustrer son nom, une dédicace d'Érasme. C'est que personne ne pouvait mieux transmettre à la postérité leur amour des lettres. Ce nom suffisait pour faire vendre un livre à des milliers d'exemplaires. De Fribourg il dirigeait l'imprimerie de Froben et ne lui laissait guère publier que les œuvres tendant à la diffusion des lumières. Ajoutez à cela une correspondance inouïe. Cette activité est d'autant plus surprenante, que sa santé le forçait souvent à garder le lit, et que, souvent aussi, la goutte l'empêchait d'écrire.
Pour donner une idée de cette correspondance prodigieuse, force nous est de citer la lettre suivante, malgré sa longueur, adressée à un Espagnol, en If 30.
<£ Je reçois chaque jour des pays les plus loin tains des lettres de rois, de princes, de prélats, de savants, de personnes inconnues, et ces lettres sont toujours accompagnées de présents. J'ai de
l'Empereur des billets si flatteurs et si aimables, que je les préfère à sa générosité, bien que ce soit à cette générosité que je doive l'état prospère où je me trouve. Le roi des Romains, les rois de France, d'Angleterre et de Pologne, le duc George de Saxe m'honorent de leur correspondance, de leurs invitations et de leurs cadeaux. J'en dis autant de la plus noble femme de ce temps, de Catherine d'Aragon, épouse de Henri VIII. Que dirai-je de l'archevêque de Canterbury, de Tunstall, desévêques de Durham et de Lincoln, enfin de l'évêque de Roches ter? Dernièrement le jeune prince de Clèves et de Juliers m'a adressé une lettre des plus affectueuses avec une belle coupe. Lorsque Antoine Fugger apprit que je voulais quitter Bâle, il m'expédia aussi une coupe artistement ciselée et cent florins d'or, avec l'offre d'une somme annuelle plus forte, si je voulais résider à Augsbourg. Il y a quelques jours, l'évêque de cette ville, un homme de savoir et de qualité, a fait un long voyage, par des chemins peu sûrs, pour me voir, m'a-t-il dit, et m'a donné deux coupes dignes d'un roi avec deux cents florins ; il m'a proposé, en sus, de me faire participer à sa fortune et à ses revenus, si je consentais à vivre auprès de lui. Je posséderais bien plus de cadeaux, si je n'en donnais une bonne partie à ceux qui se distinguent dans les sciences. J'allais oublier l'évêque de Breslau,
ita^EkdiMÎidiiH
Jean S.turzo, qui m'envoya à Anvers toute une caisse d'objets de prix, sans que j'eusse jusque-là entendu parler de lui. Le nombre de ces Mécènes augmente tous les jours, et, bien que je ne prétende à la libéralité de personne, je reconnais que j'ai tout ce qui suffit à la médiocrité de mes besoins. Ces présents sont d'une importance telle, qu'ils pourraient, sans mes autres revenus, me permettre de poursuivre mes études. »
Son séjour à Fribourg, malgré l'achat et l'ameublement d'une maison qui lui avait coûté tant de tracas et d'argent, n'avait pas pour lui les mêmes attraits que celui de Bâle. Dès if^i, il songe à s'expatrier encore : la peste a fait apparition et la guerre est imminente entre François I^^ et l'Empereur. Il hésite entre Lyon et Besançon, oii il a fait une tournée pendant qu'il était à Bâle. Il a des préférences pour cette dernière ville ; mais le chapitre est en désaccord avec les autorités. Il écrit pourtant pour demander s'il trouverait à Besançon repos et protection. Les échevins seraient heureux de le recevoir, et d'avance lui envoient des présents. Puis des obstacles surviennent et il renonce à son projet; on insiste avec de nouveaux cadeaux, et nous voyons Érasme les remercier encore en 1^35. Les Pays-Bas, de leur coté, réitèrent leurs instances; on lui expédie même trois cents florins pour le voyage. Il aura un instant la vel-
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léicé de s Y rendre: mais la maladie, qui ne le quitte presque plus, y mettra toujours obstacle ; ce n était, d'ailleurs, qu*une velléité qu'il ne tenait pas à satbfàire.
Revenons à son cabinet, auquel, malgré tout, il n'a pas renoncé. On a beau rimpUquer dans toutes les querelles, lui prodiguer les injures, c faire, comme il l'écrit à Aidât en i ) 3 1 , dériver son nom de errandoy de arando faire Arasmus, ou bien tirer son nom de celui de l'âne, ab asino, » il se contente d'en rire et laisse les moines se livrer à ce genre de plaisanteries. Son travail est toujours aussi précipité : a il n'enfante pas, il avorte. » Il lui arrive d'écrire un volume tout d'une haleine, stans pede in uno; il n'est pas maître de sa verve, il ne se relit pas, comme il l'avoue dans le Cicéronien, C'était l'habitude chez les écrivains de la Renaissance : ils avaient hâte de produire, comme si le temps eût manqué pour dire toute leur pensée : « Je hais à me reconnaître, dit Montaigne*, et ne taste jamais qu'envis ce qui m'est une fois échappé. » Érasme donne pourtant le conseil contraire dans ses Colloques** : a Veillez à bien écrire, exacte, plutôt qu'à beaucoup écrire, multa scribere. Aussi les savants, les Italiens surtout, lui reprochent-ils,