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plus historique, mais qui donne à leur langue plus de monotonie que la manière usitée jusqu'ici dans l'Université.
Voilà pour les classes de grammaire : ce puis l'écolier passera à la philosophie, au droit, à la médecine, à la théologie, dont il ne comprendra pas d'abord la langue barbare. Il est étrange qu'on soit exclu du sanctuaire, quand on n'a pas pâli sur Averroës.ou sur Aristote; qu'on inculque aux étudiants les sottises de la sophistique, des difficultés inventées à plaisir pour le tourment de l'esprit; qu'on leur mflige un autre parler, suivant qu'on leur enseigne la doctrine de saint- Thomas, ou celle de Scott, les principes des Nominaux ou ceux des Réalistes. Il est étrange qu'on exclue de l'enseignement les preuves tirées des Saintes-Écritures, et qu'on n'admette que celles d' Aristote, des Décrétales, des Scholastiques ou du droit canonique. Redoutez, dit-on, le grec pour ne pas tomber dans l'hérésie, l'hébreu pour ne pas ressembler aux Juifs *. » Érasme condamne absolument cette méthode : il veut que a les étudiants en théologie fassent leur apprentissage par la lecture des poètes et des philosophes païens, mais en passant seulement et sans s'y arrêter **. » C'est assez dire à
• Adages, IV, 9? 3.
•* Miles christ. y 2,7.
quel point il répugne à la routine de son temps.
Qc Le jeune étudiant sera initié ensuite à la dialectique; il donnera un peu plus de soin à la rhétorique, mais sans excès, cirra supersntionem : le style, 'écrit ou parlé, s'apprend plutôt par l'usage que par une rigoureuse observation des règles. Il mettra d'abord son application à se pénétrer de la géographie. Il lui suffira ensuite d'acquérir une teinture de l'arithmétique, de la musique et de l'astronomie. Il recevra comme un avant-goût de la physique. Quant à la médecine, il en apprendra ce qu'il faut pour veiller à sa santé. Mais que toutes ces études soient un jeu pour lui, jusqu'à sa dix-huitième année*.
Avant de quitter ce chapitre, remarquons qu'il y a toujours dans l'enseignement d'Érasme une teinte de ce positivisme que nous avons déjà signalé. « La connaissance de la Nature donne à tout âge autant de fruit que d'agrément. Ce serait cependant une erreur de s'occuper de magie et d'alchimie. Mais l'erreur ne serait pas moindre de discuter toute sa vie sur la matière première, sur les prindpes, sur l'infini, sur la création, quand on ne sait pas distinguer une cigale ou un sorbier**. » Il n'est pas jusqu'à la physiognomonie
* De prononcîatione, I, 713.
** EccL, V, 712.
qu'il n'ait pressentie: « Il n'y a pas d'erreur à conjecturer le caractère d'après les traits du visage et des autres parties du corps*. » Ne dirait-on pas un ancêtre de Littré ou de Lava ter? Érasme, en résumé, dans ses traités de pédagogie comme dans le reste de ses ouvrages, n'a eu qu'un but, l'amélioradon de l'enseignement sous toutes ses faces, la réforme des abus de l'Église et celle des méthodes, la prédication constante de la philosophie chrétienne, qu'il ne faut pas confondre avec le dogme. Cela ressort d'une lettre de ij'21** : ce Dans mes études je n'ai cherché qu'une chose, c'est de rallumer parmi nous les bonnes-lettres presque éteintes, de ramener à la vraie piété de l'Évangile une société trop adonnée aux cérémonies judaïques, de rappeler la théologie aux Saintes-Écritures ; et cela, sans rien affirmer, sans me poser en dogmatiste. » Saluons, par conséquent, en lui le réformateur de notre enseignement, le philosophe avisé, l'homme de juste-milieu, qui a rêvé le progrès social et littéraire. S'il n'a pu se faire entendre dans la tempête du xvi* siècle, nous ne lui en devons pas moins de reconnaissance pour des efforts qui ne sont pas restés infructueux. Il a réussi en un point, il a créé l'enseignement moderne.
• De Jnsiitntionc, *• Liv. XIV.
Érasme a même prévu ce que nous avons appelé le surmenage, qui n'était que trop réel de son temps. Montaigne s'en plaindra aussi vers la fin du siècle: ce Je ne veux pas corrompre l'esprit de l'étudiant à le tenir à la géhenne et au travail, à la mode des autres, quatorze ou quinze heures par jour, comme un portefaix*. » Mais les vœux d'Érasme comme ceux de Montaigne restèrent lettre morte, et nous voyons Rollin lui-même, quand il parle des études des jeunes de Mesmes qu'il propose pour modèles, ne pas craindre d'accabler ainsi l'esprit des enfants. Il était fait cependant pour apprécier les conseils d'Erasme, dont il reproduit, peu s'en faut, la pédagogie. S'il ne le cite jamais, c'est qu'il aurait craint dé contrevenir aux idées religieuses de Port-Royal. A l'exemple d'Ignace de Loyola, l'abbé de Saint-Cyran avait défendu de lire les ouvrages d'Érasme**. Ce n'était pas seulement le zMànuel du Soldat chrétien qu'interdisaient les jansénistes, mais toute la doctrine d'Érasme, surtout ses idées sur la grâce, si contraires aux leurs comme à celles de Luther. Il ne faut donc pas s'étonner que le silence se soit fait si longtemps sur le sage de Rotterdam, bien que ses livres, au dire de Burigny, soient entre les mains de tout le monde au xviii^ siècle,
* Essais, I, 25.
** Burigny, I, 302.
en I f f 7*. Mais Paul IV, en i ^f^, et après lui le concile de Trente, les avait mis presque tous à l'index. Bourdaloue les a cités une seule fois **. Un grand esprit comme Leibnitz ne pouvait pas entrer dans cette conspiration du silence, ourdie par les intransigeants du clergé: oc Je crois qu'un passage d'un habile homme comme Érasme mérite autant de réflexion que quantité d'écrivains de bas étage ***. » Mais Leibnitz était un protestant et, de plus, un penseur.
** Pan. de Saînte-Genevîève, *** Leib. à Bossuet, 1682.
FIN DU SÉJOUR A FRIBOURG. - A BALE. — MORT d'ÉRASME TESTAMENT.