VI PRÉFACE
Schakspeare ? Car il ne peut être question ici que des étrangers. Que deviendrait, en ce cas, l'unité d'enseignement qui a fait jusqu'ici l'unité de l'esprit Français ? Et puis, ne suffit^ pas des (Anciens pour inculquer à la jeunesse les sentiments généraux et primordiaux de l'humanité, les mêmes à peu près dans tous les temps ? « Sur ce qui concerne les mœurs, a dit La 'Bruyère*, l'on ne fait que glaner après les anciens et les habiles d'entre les modernes. » 5\V?tt5 avons là un thème tout trouvé, très-suffisant pour développer chei le jeune homme les facultés maîtresses, la raison, l'imagination, le cœur et la mémoire. Cela ne nous empêchera pas de mêler à cette étude celle « des habiles d'entre les modernes; » ces deux études s'éclaireront, au contraire, mutuellement.
On a dit et répété sur tous les tons, à notre époque utilitaire, que les études secondaires, telles qu'elles sont constituées depuis le xvi^ siècle, ne répondent plus aux besoins de la démocratie, qui vit, dit-on, d'industrie, de commerce et d'agriculture. Cela n'est vrai que jusqu'à un certain point; il n'est pas démontré que les lettres, bien comprises, soient impropres à ces trois sources de richesse. Il n'est pas démontré davantage qu'un lettré, doué d'un
* Œuvres. De VEsprif, 6.
PRÉFACE Vil
esprit droit, ne soit pas apte aux affaires. La question, d'ailleurs, serait ainsi doublement mal posée. Outre que Thomme ne vit pas seulement de pain, nos adversaires oublient une chose capitale, c'est que le collège n'a pas et ne doit pas avoir la prétention de préparer immédiatement aux carrières lucratives : c'est l'affaire des écoles spéciales. Le collège ne se propose qu'une chose, le développement normal et simultané de toutes les facultés. Il doit être, pour l'esprit comme pour le corps, un simple gymnase, au sens grec du mot, où le lutteur fourbit ses armes et ses membres pour le combat de la vie, en termes plus simples, un lieu d'exercice oii l'esprit apprend à apprendre. Il n'a pas à se préoccuper de l'application immédiate, qui regarde les écoles supérieures ou professionnelles. Les humanités sont destinées à faire ce qu'on appelait au XV ii^ siècle /'honnête homme, c'est-à-dire l'homme bien élevé au point de vue littéraire et moral, capable de tenir son rang dans la société, qu'il est appelé à servir par ses lumières. 5\/ leur en demandons pas davantage.
En admettant que pour le prolétaire l'enseignement professionnel soit plus profitable, quoique plus d'un prolétaire doive son élévation et sa fortune à ces études si injustement décriées, ce ne serait pas encore un motif pour y renoncer. C^ faut-il pas