VIII PRÉFACE
des ouvriers de P esprit comme il y a des ouvriers de la main ? des écoles de pilotes comme il y a des écoles de rameurs ? des sujets pour le gouvernail comme pour la manœuvre ? En d'autres termes et sans métaphore, ne faut-il pas des citoyens aptes à manier les idées d'ensemble, les idées générales et compréhensives , celles qui seules peuvent guider les sociétés ? Or, quon le veuille ou non, ces idées ne s'acquièrent que par la haute culture, par l'étude désintéressée des lettres, qui, mieux que toute autre, développe et pondère toutes les facultés, et prépare aux professions libérales, à celles dont les peuples ne se passent point.
L'important est que ces professions soient ouvertes indistinctement à toutes les fortunes, à toutes les classes, à toutes les bonnes volontés. C'est ce que notre démocratie a compris en instituant des concours pour les bourses de l'État, du département et des communes; concours qui nécessitent, outre le mérite du candidat, la preuve que sa famille ne peut pas faire les frais de son éducation. L'institution, toute à l'avantage des classes plus ou moins déshéritées, produit déjà d'heureux fruits, et il n'^st pas rare de voir un fis de prolétaire, ouvrier ou cultivateur, arriver aux plus hautes fonctions de l'État, Les exemples abonderaient, s'ils étaient nécessaires. Voilà certes la saine application de cette