PRÉFACE XI
1{oyal; ce qui n empêcherait pas de satisfaire aux exigences modernes, aux idées qui ont prévalu dans la science et dans la démocratie. Si le régime actuel persiste, on peut prédire hardiment la mort de ces bonnes lettres qu Érasme nous a données et qui, depuis trois siècles, ont fait, à coup sûr, la gloire incontestée du pays.
La création de l'enseignement à tous ses degrés n est pas, il s'en faut, le seul titre d'Érasme à notre reconnaissance : il en est -un autre que nous tenions également à faire ressortir.
Érasme a, pour ainsi dire, sécularisé l'esprit : il a créé la libre recherche dans la science religieuse et sociale. (Avant Descartes, avant le xviii® siècle, il a prêché, appliqué la méthode moderne, qui n'admet que les vérités démontrées, les principes de tolérance qui mettront, nous le savons, du temps, beaucoup' de temps à prévaloir, mais qui finiront par dominer dans la société et nous épargneront les horreurs de ces persécutions insensées dont l'histoire est pleine. Si nous pensons aujourd'hui librement, si la presse est indépendante, s'il n'y a plus, à proprement parler, de religion d*État, c'est bien en partie à Érasme que nous le devons. Il n'a pas été seul, sans doute, dans cette lutte héroïque contre les erreurs et les abus d'un passé détestable; mais il a beaucoup fait, quoique moine et prêtre, pour l'affranchisse^