‹ Un lutrin canadien [microforme]Chapitre 5 sur 7 · IT · texte numérisé non relu

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Les Destins consultés, la déesse Chicane, Succédant à l’Envie, apprête son organe.

Au vieux chantre affaissé qu’elle trouve dormant, De la dure missive essuyant le tourment, Elle s'adresse ainsi, dans sa note criarde :

‘© — Que fais-tu dans ton lit ? A l’espèce couarde, ‘€ Tes déboires vont-ils te faire appartenir ? ‘ Est-ce ainsi qu'au péril, la tête il faut tenir ! ‘ Ne peux-tu, parce que lâchement il te somme, ‘© Contre ce vieux garçon, savoir te montrer homme ! ‘0 serviteur ingrat ! sont-ce là les leçons ‘ Qu’à ses amis légua l’apôtre des colons ? } ‘ Ah ! que son cœur de père épris de la famille ‘© Combattait pour le pain de la mère et la fille. ‘ Quel noble patrimoine il fit aux douze enfants ‘ Qu’aujourd'hui l’on opprime et tracasse en tous sens. ‘€ Redoutes-tu l'éclat que fait ton adversaire,

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‘* Pour avoir, de nos sous, bâti son presbytère ? ‘ Pour ne pas vcir son temple insolent les punir, ‘Tous les vieux citoyens se hâtent de mourir, ‘Texpulsant du trésor, il causa tes mécomptes, ‘€ Lui-même, Trésorier, a-t-il rendu ses comptes ? ‘* Et pourtant, lui, garçon, mettant un père à nu, ‘© Sut faire, de l'office, un double revenu.

‘€ Je le sais comme toi, sur ce globe égoiste, ‘© Rarement, du courage, on retrouve la piste. ‘Tu ne peux faire appel à la compassion, ‘Tant chacun de l'argent garde la passion !

‘€ Mais, fort de ton bon droit, qui t’empêche qu'à l'orgue, ‘€ De ton fier ennemi tu confondes la morgue ? ‘ Attachant ta fortune à la légalité, ‘ Redresse du décret la noire iniquité.”? La Chicane, à ces mots, se transforme en nuage, Où, d’un brillant triomphe, il rêve le mirage, La vengeance est si douce aux grands cœurs ulcérés ! À peine l’angelus tinte ses sons sacrés,

Que, laissant rêvasser son épouse opulente,

Au bureau de Bruno, crânement il se plante. (6)

L’'oracle, en songe, alors additionnait des frais,

Quand le timbre l’éveille, et vermeil et tout frais,

Le cas étant soumis, il opine sur l'heure,

Qu'il faut suivre la loi de la mise en demeure,

Une dernière fois, au jubé remonter,

Et, malgré le curé, persister à chanter.

Par ce sage moyen, d’un recours en justice, Il lui compétera le complet bénéfice.

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— Ah !s'il en est ainsi,'’ dit l’autre en se levant,

Du cygne, on va, demain, reconnaître le chant.’’

Labelle, à son retour, aperçoit, Ô surprise ! La congrégation qui se rend à l'église.

Il observe, en passant, plus d'un terne regard, Et sent que loin de lui l’on recherche l'écart. Craignant que des honneurs, on décide qu’il sorte, I1 conçoit le dessein d'écouter à la porte. ÿ De l'office, bientôt, il recueille les tons, Qui lui semblent brailler, comme un chœur de moutons. Tels, plutôt, il aurait, sans sa noire colère, Retrouvé les accents du bord de la rivière, Quand, de stridents appels, l'air ayant retenti, Les graves batraciens attaquent leur tutti.

Labelle, dans sa porte, endurant le supplice, Reconnaît chaque voix psalmodiant l'office.

Là, chacun renotant les louanges du ciel, Prépare, en même temps, son salut temporel.

C'est 1à que, du latin bredouillant les mystères, Chacun, d’un cœur ému, calcule ses affaires.

L'un, de ses yeux distraits, mesure le parvis, Et, louant le Seigneur, songe au prix du tapis. L'autre marmotte bas, et pense à sa faience, Dont le curé devrait priser mieux l'excellence. Ce pieux récitant voudrait pousser son vin ; Ce dévot boulanger recommander son pain ; Ce jeune médecin, briguer la clientèle, Et mâter son voisin qui de son bord l’appelle ;

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Ce zélé confiseur, célébrer ses douceurs, Et voir, à son comptoir, les prêtres et les sœurs : Ce grave candidat active sa campagne, Pour hâter la victoire et boire le champagne. C’est aussi là que tous vont chercher le pardon, D’avoir, un peu le soir, déserté la maison.

Magnant les interpelle. ‘ — O vous, dévote armée, ‘Toujours, du zèle saint fortement animée, ‘Il est venu, soldats, il est venu ce temps, ‘© Comme de grands guerriers, de bien serrer les rangs. ‘€ Si votre société ne tend pas à sa ruine, ‘ C'est l'heure de montrer l'esprit de discipline, ‘ Vous aimez, n'est-ce pas, votre zélé pasteur ? ‘€ Qu'il vous serait cruel de voir saigner son cœur ! ‘© Hé bien! Je vous prédis qu’il:tombera malade, ‘Si vous ne bannissez un lâche camarade, ‘* Qui, de votre drapeau, déshonore le noim.

‘T1 faut, ici, flétrir sa noire trahison.

‘# Je veux le démasquer. C'est le chantre Labelle, ‘ Qui, contre le curé, fait éclater son zèle. ‘© Entre ces deux rivaux, vous avez à choisir. ‘© Sous le régime ancien, voudriez-vous moisir ? ‘ Ou, si vous préférez que, restaurant le culte, ‘ Triomphe le curé que ce vieux chantre insulte ? ‘ Allez-vous dédaigner son cérémonial, ‘ Dont, nulle part ailleurs, on ne trouve l'égal ? ‘ Ne sait-il pas bénir d’une façon savante, ‘{ Traçant, de sa main rose, une courbe élégante,

‘ Qui festonne alentour d’une idéale croix ?

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