‹ Un maître de ce temps Puvis de ChavannesChapitre 20 sur 26 · AU PANTHÉON · texte numérisé non relu

AU PANTHÉON

rare de Marseille, sainte Solange de Horry, sainte Marthe de Provence, sainte Colonihe de Sens, sainte Madeleine de Provence, saint Cri^pin et saint Crt^pinicn de Soissons, saint Saturnin de Toulouse, saint Julien de Brioudc, saint Austremoine de Clermont, saint Trophime d'Arles, et saint Paul de Narbonne.

Suivant la tradition artistique, le peintre a fait des figures de la plupart de ces personnages des portraits de contemporains. Saint Paterne de Vannes est Êlie Delaunay; saint Victor de Beauvais, Victor Durangel; saint Martial de Limoges, PoUct le graveur; saint Trophime d'Arles, qui donne son bâton pastoral à saint Paul de Narbonne partant pour remplir son apostolat, et lui frappe amicalement sur l'épaule, symbolise le directeur des Beaux-Arts, Ph. de Chennevières, remettant à Puvis de Chavannesla commande de ses peintures pour le Panthéon.

En 1896, l'administration des Beaux-Arts offrait au peintre de a l'Enfance de sainte Geneviève » la décoration de la muraille gauche du chevet du Panthéon, que devait exécuter Meissonier, face à « la Mort de sainte Geneviève », par J.-P. Laurens. D'après les

inscriptions, les deux sujets représentés sont les suivants : « Ardente dans sa foi et sa cha- « rite, Geneviève, que les plus grands périls (( n'ont pu détourner de sa tâche, ravitaille (( Paris assiégé et menacé de la famine » ; — (( Geneviève, soutenue par sa pieuse sollici- (( tude, veille sur Paris endormi. »

Au lendemain de la commande, Puvis de Chavannes écrivait à un ami : « Je vais choyer « le Panthéon, quand j'en aurai fini avec (( l'Hôtel-de-Ville. Je veux en faire mon tes- (( tament ». A ce moment, cette déclaration n'était qu'une coquetterie d'artiste. Le maître se portait fort bien ; il n'avait encore éprouvé aucune atteinte de la maladie , qui devait le surprendre, et le tenir alité pendant plusieurs semaines, avant la période de son mariage. Mais, hélas! elle devait devenir une douloureuse réalité. Ces deux peintures du Panthéon ont été, en effet, le dernier travail de Puvis de Chavannes, qui l'a terminé héroïquement, au milieu des souffrances physiques et morales, les plus cruelles, pendant la maladie et après la mort de sa femme, si tendrement aimée. Mais, ni les triomphes de l'Hôtel-de-Ville de Paris et de la Bibliothèque publique de Boston, ni la maladie, ni la douleur, lui

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parurent une excuse A apporter, dans l'exécution do cette nouvelle dc^coration du Panthéon, moins d'ardeur, d'énergie, de sévérité, et de conscience. Au contraire, il semble que le grand peintre ait tenu i\ devoir, dans ce tt testament » , de montrer, par son exemple, qu'un artiste, tant que Dieu lui conserve la vie de son cerveau, et la vigueur de ses mains, doit avoir l'ambition de faire plus et mieux encore.

Pendant cette période, Paul Baudouin recevait de Puvis de Chavannes la lettre émouvante que voici :

■ Paris 19 septembre 98.

« J'ai bien souvent voulu vous écrire, et puis « le courage m'a manqué. Je dirais presque (( la force, car depuis quelque temps je me sens (( si mal, au point que ne sais plus au juste « où je vais. Toute nourriture est devenue « pour moi un tel objet d'horreur que je ne « vis plus que de lait que je déteste. Vous u voyez d'ici quels bras et quelles jambes « cela me fait. On ne passe pas impunément « par où j'ai passé.

« Et ce Panthéon qu'il faut finir. Heureu- « sèment, la composition est faite, la frise au

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(( fusain sur la toile (1), et avec du sang-froid (( j'en viendrai à bout, mais ce sera bien tout. (( Je ne vois âme qui vive, mes souvenirs me (( suffisent. Rien n'est changé et ne sera (( changé à l'appartement, il n'y manquera (( que l'être cher que je vois partout.

(( Dès que pour moi les choses marqueront (( moins mal, je vous le dirai.

(( En attendant, chers et bons amis, dans (( le passé, dans le présent, et dans l'avenir, (( de tout mon cœur à vous. » Quelques jours après, le 24 octobre , Paul Baudouin fermait les yeux à son maître.

Du carton à la peinture définitive, ce le Ravitaillement de Paris » a subi des modifications de groupements et de personnages, pour réaliser des effets nouveaux, sinon pour faire disparaître ceux qui ne répondaient point exactement à la pensée première, ou qui ne l'exprimaient pas avec la force et la netteté voulues.

(1) Le ministère des Beaux-Arts s'est préoccupé de faire peindre, d'après ce fusain, une composition définitive, en aussi complète harmonie que possible de sentiment, de caractère, de dessin, et de couleur, avec les panneaux terminés. Peut-être, eut-il mieux valu laisser la paroi sans peinture. Ce vide, imposé par la Mort, aurait paru, à la foule émue, d'une philosophie grandiose.

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Je trouve le témoignage de ces rccherclics, et lie ces iii(|uiétudes constantes, provoijiu'cs par des études personnelles, ou par des critiques et des observations d'amis, dans les confidences de ceux de ses élèves qui le fréquentèrent pendant ce dernier travail, et dans des fragments de correspondances échangées à propos du Panthéon, entre le peintre et le camarade d'enfance, dont il appréciait fort la sûreté de jugement, J. Huisson. En lui envoyant les cartons du « Havitaillement », Puvis de Chavannes écrivait : « J'ai fait se « croiser le ravitaillement et le peuple allant « à la sainte. 11 m'a semblé augmenter ainsi « le mouvement général. En effet, quand « deux voitures se rencontrent, elles ont « Tune et l'autre l'air d'aller plus vite. Et, « puis, je faisais ainsi la composition se pé- « nétrer et s'unifier ». A la réponse de J. Buisson qu'après examen le parallélisme allait trop loin, et qu'en supprimant les porteurs de jarre la scène gagnerait en espace, aération, et simplicité, il répliquait : « Ce sera dur » ; et finalement les porteurs de jarre ont disparu. On ne retrouve plus, aussi, dans la peinture deux autres personnages, que le correspondant de l'artiste avait vivement critiqués :

(( Qu'est-ce que cet émeutier mélodramatique « dans un Puvis ? Et ce garde municipal qui (( le menace? Il est, il est — tu ne me tueras (( pas, — un poncif dans un Puvis!! » Disparu également, dans le panneau central, un porteur de sac peu original ; il a été remplacé par un homme qui avance péniblement par secousses lentes une immense banne remplie de pains.

Si persuasif qu'il ait pu se montrer, J. Buisson n'aurait pas obtenu gain de cause s'il n'avait trouvé en madame Puvis de Chavannes un avocat éloquent de ces critiques, qui provoqua elle-même plusieurs modifications importantes à la composition.

Dans la dernière peinture du Panthéon, la collaboration de cette femme, dont les années et la maladie semblaient avoir encore affiné, élevé l'esprit et l'âme, fut plus complète, plus décisive, que dans toutes les autres œuvres, même que dans l'hémicycle de la Sorbonne, et dans la décoration de l'escalier d'honneur de l'Hôtel-de-Ville de Paris, où elle a inspiré tant de belles et grandes figures. Pendant l'exécution du carton du « Ravitaillement de Paris , » elle ne quitta pour ainsi dire pas l'atelier de Neuilly, oubliant ses

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souffrances, mentant i\ tous, au niaitro, h ses amis, aux médecins, par sa bonne grAcc enjouée, par son sourire charmant. Sur chaque personnage, elle donnait son avis motivé, clhî drapait le modèle, elle indiquait le mouvement, l'attitude, le geste, qui convenait le mieux. Elle posa ellc-môme Geneviève bénissant la foule, à l'avant du bateau. Peu de temps après Texposition du carton au Salon du Champ de Mars, elle s'alitait. Alors, Puvis dcChavannes fit apporter un chevalet dans la chambre de la chère malade; et, près de son chevet, sous ses yeux, il prépara et peignit l'esquisse de ce panneau.

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