‹ Un maître de ce temps Puvis de ChavannesChapitre 23 sur 26 · AU PALAIS D«S ARTS DK LYON · texte numérisé non relu

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nfin de montrer, par im exemple l)ilnt(''rnl , comment des poètes j\ l'esprit vraiment antique, tout de simplicitt^ et de naïveté, aimant la nature dans sa beautô native, Tliumanité dans rharmonie de ses fonctions naturclhîs, peuvent arriver aisément A donner la sensation de faire revivre l'Ame d'un monde disparu. dont ils ont en eux l'essence.

Qui pourrait regretter là aussi l'absence de restitutions archéologiques d'édicules, d'emblèmes, et d'attributs? Quand, sous l'obsession du souvenir d'une des œuvres qui résument le plus fièrement la grandeur et l'immortalitc' du Génie grec, la frise occidentale du Partliénon, le peintre décide d'en rappeler l'image pour synthétiser supérieurement la a Vision antique, » son imagination lui suggère cette idée superbe de remonter au principe même de la conception. Il représente, au bord de la mer bleue, une cavalcade joyeuse de jeunes hommes, qu'une femme, debout sur la cime de la colline, montre à Phidias, ardent à gravir les hauts sommets : « Vois là-bas ce a que tu dois faire, lui dit-elle. La Vie et la a Nature sont la source intarissable de l'Art « et de la Poésie. »

Dans Tart lyonnais, comme dans la littérature lyonnaise, le caractère psychologique est un sentiment religieux profond, mélangé de tendre mysticisme, et de mélancolique rêverie. Ses peintres les plus célèbres sont : Hippolyte Flandrin, le pieux auteur de la frise de Saint-Vincent de Paul de Paris; Chenavard, le philosophe nébuleux du Panthéon, et Victor Orsel, le naïf décorateur des églises et des chapelles ; ses écrivains sont : de Laprade, le poète de ce Psyché », de « Pernette y> ; Joséphin Soulary, le maître du sonnet délicat et fin ; Ballanche, J.-J. Ampère, les doux penseurs ; Frédéric Ozanam, Ihistorien des trouvères et des poètes franciscains. Puvis de Ghavannes, pour symboliser la littérature lyonnaise, et Fart lyonnais, fait « Flnspiration chrétienne. »

Dans le cloître d'un couvent, un Fra Angelico peint à fresque sur la muraille une composition religieuse. Descendu de son échafaudage, sa palette d'une main, son pinceau de l'autre, il étudie l'effet d'une figure qu'il vient d'achever, accompagnant ses réflexions d'une prière. Derrière lui, trois de ses élèves suivent, avec une attention soutenue, le travail du maître ; le plus jeune classe dans un

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carton Icâ dessins, éparpill('>s sur iiiic tahlo qui porte un bouquet de fleurs de lis. Un moine suspend une lampe au pied d'une madone; d*autres causent ou prient. Par fraternité artistique, Puvis deChavannes a donné à l'un des personnages les traits d'Hippolyte Flandrin. La charité est une vertu lyonnaise, de loinlaine et immuable tradition. Le peintre Tallégorisera fort ingénieusement, dans la scène qui forme Tarrière-plan de la toile. La nuit va tomber; les grands cyprès delà colline qu'on aperçoit par les arcades du cloître, au-dessus du mur d'enceinte, ne font plus d'ombre sur la terre; les sommets seuls sont éclairés par les reflets du soleil couchant; c'est l'heure où les mendiants et les voyageurs viennent frapper à la porte du couvent. Un moine à genoux panse les pieds ensanglantés d'un vagabond: un autre a pris dans ses bras l'enfant d'une pauvre femme, le caresse de la voix et du regard, pendant que la mère reçoit des provisions.

Le « Bois sacré cher aux Arts et aux Muses » résume les idées générales de ces deux compositions.

Sous des titres divers, ce sujet a fourni la matière d'innombrables peintures, à toutes

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les époques, aussi bien au Moyen âge que dans l'Antiquité, en notre temps, et surtout à la Renaissance, où le goût de la mythologie et 'l'humanisme l'avaient rendu familier aux artistes, aux lettrés, et aux mécènes. Quelques-unes sont devenues célèbres. Varrondit que les Muses de Cléomène, connues sous le nom de Thespiades, transportées à Rome par le proconsul Mummius après le pillage de la Grèce, étaient si belles que l'une d'elles inspira une passion insensée à un jeune chevalier. Les historiens d'art louent fort les fresques de Vincenzo Tamagni au Palais de TAcquila à Rome, celles de Timoteo Viti au Palais d'Urbin; le tableau de Mantegna au Louvre ; la ce Danse des Muses » de Jules Romain au Palais Pitti. « Le Parnasse » de Raphaël a conquis l'immortalité.

Puvis de Ghavannes ne s'embarrasse d'aucun de ces souvenirs; il ignore qu'Hésiode, — la loi et les prophètes en mythologie, — a déclaré que les Muses dansent sur l'Hélicon. Il fera, de sa façon, une allégorie nouvelle, qui ne rappelle rien de ce qu'en ce genre on a vu jusqu'ici. Au bord d'un lac, dont les eaux claires reflètent les franges d'or des nuages crépusculaires, et le croissant

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delà lune naissante, entre dos collines l)l(Mies, dans un bois d'oliviers et d yeuses, les Muscs sont réunies. Près d'un portique de marbre. — mt^morial de quelque haut fait d'histoire ou fantaisie de décoration architecturale, — Calliope déclame à ses compagnes habituelles les vers sonores d'une nouvelle» épopée; Polymnie, qui commençait î\ écrire sur une tablette la première strophe de son poème :

Arma, virumque cano

se retourne pour écouter. Uranie discute avec Melpomène; au pied d'un arbre, Erato médite une élégie; Terpsychore, lasse, couchée sur l'herbe, rôve amoureusement; et, dans le ciel, annonçant leur venue par des chants et par la musique de la lyre, planent Euterpe et Thalie. Deux enfants tressent des couronnes de lauriers. Pour toute imagination à qui l'Antiquité n'est point complètement étrangère, ces figures, gracieuses, souriantes, et fières, dans les attitudes les plus nobles et les plus simples, faisant valoir leur beauté, sont bien les « filles sacrées du Piérus, caressant l'Harmonie aux boucles d'or, leur enfant commun »; elles vivent, comme nous en ont informés les premiers mythologues, sur les

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sommets de cet Olympe, que « les vents n'é- (( branlent point, qui ne sont jamais mouillés (( par la pluie, d'où la neige n'approche pas, où « s'ouvre l'éther sans nuages, où court agilece ment la blanche lumière » .

Souverain maître de sa pensée et de la forme qu'elle revêtira, le peintre, pour émouvoir, n'a pas besoin du sens symbolique des attributs, ni de l'expression de la physionomie individuelle; et, même, il estime que son œuvre en deviendrait inférieure, sinon médiocre, pour les vrais amoureux de l'art et de la beauté, qui ne veulent admirer là que le charme de la couleur, les belles lignes des figures et du paysage produisant l'œuvre décorative rêvée par lui et désirée par eux. Si une attention de galanterie artistique le pousse à sacrifier à la tradition, en faisant une allusion directe à l'industrie lyonnaise par excellence : la décoration des tissus de soie; il trouvera l'idée la plus charmante dans sa délicate simplicité : un enfant dispose sur les pans de la robe d'une Muse des bouquets de fleurs des champs.

Devant le « Bois sacré cher aux Arts et aux Muses », un poète enthousiasmé me disait : (( Puvis de Ghavannes doit, chaque matin,

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