‹ Un maître de ce temps Puvis de ChavannesChapitre 6 sur 26 · CONCEPTION DE LA PEINTURE DECORATIVE · texte numérisé non relu

CONCEPTION DE LA PEINTURE DECORATIVE

La passion de la logique, le respect et l'amour de la nature, la préoccupation de la personnalité, conduisirent Puvis de Ghavannes à une conception particulière du princip e et des conditions de la décoration.

Vitruve a écrit : ce Par je ne sais quel ca- (( price, on ne suit plus cette règle que les (c anciens s'étaient prescrite de prendre tou- « jours pour modèles de leurs peintures les cho- (c ses comme elles sont dans la vérité, car on (( ne peint à présent sur les murailles que des « monstres extravagants, au lieu de choses (( véritables et régulières. On remplace les co- « lonnes par des roseaux qui contiennent des (( entortillements de tiges, des plantes canne- « lées avec leurs feuillages refendus et tournés (.(. en manière de volutes ; on fait des chande- « liers qui portent des petits châteaux, des- (( quels, comme si c'étaient des racines, il

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« s'élève quantité de branches délicates, sur « lesquelles des figures sont assises; on d'au- « très endroits, ces branches aboutissent i\ des a fleurs dont on fait sortir des demi-figures, « les unes avec des visages d'hommes, les « autres avec des têtes d'animaux, toutes « choses qui ne sont point, qui ne peuvent pas 0 être, et qui n'ont jamais existé. Cependant « ces nouvelles fantaisies prévalent tellement a aujourd'hui qu'il ne se trouve presque per- « sonne qui soit capable de découvrir ce qu'il « y a de bon dans les arts et qui en puisse « juger sainement. »

Cette belle page d'esthétique rationnelle contient le principe d'art décoratif dont Puvis de Chavannes a fait le dogme qui a inspiré tout son œuvre, et qu'il me définissait ainsi : 0 Le véritable rôle de la peinture est d'animer / o les murailles. A part cela, on ne devrait ce jamais faire de tableaux plus grands que la a main. » A ce propos, il écrivait encore à un ami : a A part les fresques ou ce qui leur a ressemble, toute peinture est déplorable « dans une église. Ces cadres accrochés à la a pierre font mal à voir. Ht, puis, pourquoi a des grands tableaux? Il n'y a que deux pein- « turcs qui aient le sens commun : la pein-

(( ture murale adhérant au monument, ou la ce peinture de chevalet, qu'on peut examiner ce en tenant le tableau dans les mains. »

On a voulu faire de Puvis de Ghavannes une sorte d'artiste providentiel, créé d'ordre divin pour rénover la peinture décorative, et qui n'a eu, ainsi, qu'à suivre docilement son instinct naturel, pour accomplir glorieusement la mission supérieure qui lui était confiée. « Si de l'homme je porte mon regard sur les « circonstances générales qui ont pu favorice ser son développement, a écrit J. Buisson, « je rencontre une loi constante dans l'his- « toire des Beaux-Arts : chaque fois qu'un « élément esthétique a eu besoin d'être re- « nouvelé, ce n'est pas par la science, c'est c( par le vigoureux instinct d'un ignorant en « communication directe avec quelque force (( élémentaire de la nature, que le prodige « s'est accompli. Il fallait donc que Puvis fut « un ignorant , temporaire au moins , pour « retrouver le secret de la vraie peinture « monumentale, subordonnée à l'édifice, épice derme discrète et vivante de la pierre, à la ce fin d'un siècle où la France, d'un bout à « l'autre de son territoire, s'était couverte de

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c grands édifices vides qui tous criaient : t décorez nous. » Dans sa correspondance, le maftrc semble donner lui-mt^me raison à ceux qui soutiennent cette théorie fataliste. « Pour- « quoi s'acharner à expliquer Tincxplicablc, € écrivait-il un jour, à vouloir enrégimenter « des instincts. C'est profondément absurde, € notre art est fait de mystère, et ce n'est de « Tart qu'à cette condition. » Mais, il ajoutait humoristiquement : a II y aurait aussi du € danger à vouloir démontrer au public que « rien n'est plus simple; il finirait par dire : « Tiens, ce n'est que ça ! »

Pour les décorateurs qu'était généralement, jusqu'à lui la figure humaine? Un motif d'ornementation, d'arabesques, de volutes, et de rinceaux; un mannequin de riches draperies, de luxueuses étoffes, de broderies d'or et d'argent, d'orfèvreries, de joyaux. Sous cette figure, dont elle n'est que l'enveloppe, lui a vu l'âme ; il ne l'emploiera que pour l'expression d'une noble idée, d'un sentiment délicat, dans la reproduction de sa grâce et de sa beauté, telles que Dieu les a faites pour justifier et embellir la vie. Il peuple son œuvre de paysans et d'ouvriers qui travaillent, de

mères qui allaitent et caressent leurs enfants,

de jeunes filles qui s'initient aux devoirs du

ménage, de jeunes hommes qui s'exercent,

pour la patrie, aux jeux de force et d'adresse,

de femmes qui se baignent pour être plus belles

et plus fraîches, de vieillards dont la vigueur et

la sérénité sont l'exemple de la bienfaisance

des vertus; et il les groupe dans une telle

î harmonie de gestes, d'attitudes et de mouve-

; ments, correspondant avec tant de précision

à leurs actes, qu'ils deviennent un spectacle

de beauté, par conséquent une décoration,

dans la conception la plus élevée et la plus

complète du terme.

Sa mythologie elle-même est humaine; elle ne représente que de hautes aspirations et des actes simples, sous la forme d'êtres qui vivent et pensent comme nous, pour remplir une destinée analogue à la nôtre, dans l'origine , dans le but , et qui ont ainsi la même beauté et la même grâce naturelles (1). Ses Muses, ses allégories apparaissent comme les jeunes sœurs de cette « Eva Pandora », si

(1) Se rappeler la lettre, publiée plus haut, dans laquelle Puvis de Chavannes indique si finement le caractère intime des compositions mythologiques de Rubens.

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gfrave, si majestueuse, si fière, dans sa pudique et radieuse beauté naturelle, où ircntrcnt ni désir de volupté, ni fantaisie de rôve, par laquelle Jean Cousin inaugurait la grande période delà Renaissance française; et, fusionnant la tradition chrétienne et la fable du paganisme, résumait notre génie, tout d'aimable simplicité, de clarté rayonnante, de grâce robuste, et de douce moralité, en opposition avec la fade galanterie et le maniérisme cxhubérant que TEcole italienne avait importés à Fontainebleau. Ses femmes sont de la famille artistique du Poussin et de Le Sueur, qui nous ont donné la joie de tant de créations exquises, où la pensée est si élevée, la forme si pure, le coloris si harmonieux.

Aucune de ses peintures n'aura jamais quoi que ce soit qui rappelle, môme par le plus infime détail, — parce qu'elle est, à son avis, une négation fort impertinente de la logique et de la vérité, — les mascarades mythologiques de Lebrun, de Mignard, de Goypel, de Nattier, où la licence poétique justifie à peine, par la nécessité de T interprétation des types classiques des dieux et des déesses, les nudités provocantes, les attitudes audacieuses, source de fortune et de renommée pour les modèles fé-

minins, aussi peu insensibles, sur la terre que dans rOlympe, aux regards de Jupiter. On ny trouve rien non plus de cette antiquité mondaine, prétexte ingénieux, pour Lagrenée, de Troy, et Raoux, aux chatoyements des étoffes précieuses, aux étincellements d'armures, aux flamboiements des panaches, au milieu desquels les héroïnes mettent l'éclat de leurs chairs nues, la fulgurance de leurs chevelures d'or, et la séduction de leurs sourires voluptueux. Le xviii* siècle ne l'a point tenté, avec ses Tircis et ses Clitandre, vêtus de satins roses et bleus, courtisant, sous les charmilles, des Amaryllis et des Sylvie, aux corsages largement échancrés, aux robes à paniers laissant voir des jambes fines et des pieds mignons qui mènent la ronde joyeuse des juvéniles et ardentes amours. Le maître de ce la Moisson », du (( Sommeil », du « Doux Pays », n'a des affinités spirituelles qu'avec Prud'hon, qui ressuscite Théocrite et Longus, qui crée des œuvres d'une si fraîche poésie, où le charme le plus troublant s'allie à la forme la plus chaste; et, dont l'âme, dans son ingénuité hardie, s'élève parfois jusqu'aux sommets vertigineux de la passion, sans cependant jamais y brûler ses ailes.

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Par suite de ce culte de la logique et de la vérité, Puvis de Gliavaunes ne compreud et n'admet la représentation de Thumanité, en décoration murale, que dans les conditions du tableau qui donne au spectateur l'illusion d'une baie ouverte sur la réalité et sur la vie; il répudie, avec énergie, toute disposition aboutissant à une déformation quelconque de ce que Dieu a fait, à une altération des attitudes, des formes, et des expressions, normales etnaturelles. Son aversion pour le « plafond », par exemple, est devenue légendaire dans le monde artistique. Il adressait, il y a quelques années, à un ami, cette virulente apostrophe

contre ce mode de composition : « E vous

« a-t-il dit que nous avons visité ensemble « l'ébauche intérieure de l'Hôtel de Ville. Il « ne sera pas terminé avant dix ans. J'ai c appris en outre, de source malheureusement « très sûre, que l'espace réservé à la décora- « tion est dès à présent considéré comme « devant être à peu près nul. Boiseries et ten- « tures d'étoffes for ei>er, à part cinq grands « nigauds de plafonds dans la salle des « fêtes, à une hauteur vertigineuse. Et puis « des plafonds ! maisj'aimerais mieux ramasser « du crottin sur la grande route. » Aussi, dans

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l'escalier d'honneur de l'Hôtel de Ville de Paris le peintre, à l'imitation d'Ingres, au Louvre, pour r « Apothéose d'Homère )>, a-t-il exécuté en tableau le sujet de « Victor Hugo offrant sa lyre à la Ville de Paris », et l'a fait encadrer, dans la voûte, comme tel, et non à la façon d'un plafond.

Jusqu'à Puvis de Ghavannes le paysage n'avait été tenu par les décorateurs que pour un fond de toile gracieux et pittoresque, utile tout au plus dans les scènes de genre, et dans les fantaisies d'un caractère virgilien ou idyllique ; il n'était encore venu à l'esprit d'aucun qu'il pût être par lui-même le motif essentiel d'une peinture monumentale. L'honneur est au maître d'Amiens d'avoir, le premier, démontré quelle source abondante, intarissable, de fortes sensations, il y a dans l'application à l'art décoratif de la belle parole de l'Ecriture : « Le ciel, la terre et les eaux racontent la gloire de Dieu )). Alors, il a fait entrer triomphalement dans ses décorations nos arbres, nos bois et nos prairies, nos lacs et nos rivières, nos collines et nos montagnes, notre soleil; et, les décorations en ont été immédiatement illuminées, animées et grandies, jusqu'à devenir une glo-

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rificaiion delà nature, un hymne à sa hcauté. Sans aucun doute, T Histoire mettra l'artiste qui a fait les paysages de V a Ave Picardia nutrix », du a Ludus pro Patria », de a Waifance de sainte Geneviève », de « Marseille, colonie grecque », du « Pauvre pécheur », de t THiver » et de « TÉté », aux côtés de Claude Lorrain, de Corot, de Rousseau, etc. C'est la France qui sourit dans la lumière de son ciel, dans la fécondité de sa terre, sur ces merveilleux paysages, inspirés par la contemplation admirative de la nature, des plaines de la Picardie, aux collines du Rhin, de la Côte d'azur, aux rivages de TOcéan.

vin

Pendant un assez long temps, des mois souvent, l'idée restait en gestation dans le cerveau de Puvis de Ghavannes; mais en se rappelant fréquemment à ses yeux, qui traduisaient instinctivement, par des croquis, les premières, rapides et sommaires sensations. Tout à coup, au moment le plus imprévu, dans la rue, au lit, en voiture, à l'atelier, l'idée s'est formée ; il semble qu'elle frappe au crâne; et l'artiste s'écrie joyeusement : c( J'ai trouvé. » Alors, il jetait sur le papier — feuille volante ou carnet — un dessin, qui résumait ce qu'il avait « vu ». La puissance visuelle était, en effet, une de ses facultés maîtresses. Tout ce qu'il lit, entend , découvre, ou observe, se transpose instantanément en une « vision » de peintre, dans les dispositions et les formes des éléments d'une décoration ou d'un tableau, suivant l'importance

de ce qu'elle contient, avec les lignes, les plans et les groupements presqnc toujours définitifs; car cette vision n'est jamais trop peu précise pour qu'elle reste à l'état de rêverie, état dont personne plus que lui n'avait une impulsive aversion, et qu'il tenait pour un des symptômes indiscutables de l'impuissance ou de l'affaiblissement en matière de création.

La ce vision » est d'ailleurs le terme familier dont, en parole et en écriture, Puvis de Chavannes se sert pour indiquer le travail de son imagination; il en précise le caractère, dans ce billet k un de ses élèves, qui voyageait en Italie : « L^heure est trop procliaine <( où je vous embrasserai de tout mon comr, « pour que je réponde comme je le voudrais à c l'adorable lettre que j'ai reçue de vous hier. « Elle m'a fait un bien grand plaisir de toutes « les manières imaginables. Un seul point « noir pourtant : vous reviendrez ici, la vue c éclaircie, saturée, fortifiée par le spectacle a journalier de beautés artistiques et natu- « relies de la plus grande intensité, tableaux « mûris par le temps, paysages du ton le « plus profond, etc. Qu'allez-vous penser dea vaut mes visions qui sont, à prendre les

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(( choses au mieux, une complète transposi- « tion des lois naturelles. Bien heureux si je (( leur suis resté parallèle. Enfin, vous verrez ; (( mais la bonne opinion que vous gardez de « moi à distance me fait une peur bleue. » Puvis de Ghavannes « voyait » son œuvre telle qu'elle devait être dans toutes sesparties, même pour les compositions les plus vastes et les plus compliquées. Mais, tant qu'il y avait ici ou là, quelque lacune, quelque (( trou », il ne la mettait point au jour; il la tournait, et retournait dans son cerveau, jusqu'à ce qu'elle lui apparût complète, définitive.

A partir de ce moment, l'artiste entrait dans la période, longue et laborieuse, des études nécessaires à la préparation des matériaux de la peinture. Le matin et le soir, pendant la longue course à pied qu'il fait, presque chaque jour, pour se rendre de son atelier de la place Pigalle à celui de Neuilly, — 5 kilomètres et demi à vol d'oiseau — , il médite, et travaille mentalement. Il dessine des yeux. Le ciel, l'atmosphère, les parcs, les jardins, les arbres, les maisons, et les passants lui sont une inépuisable matière à observations de groupes, de

gestes, d'attitudes, de lignes, de lumières, et de couleurs. Il se documente, n'étudiant que ce qui peut et doit lui ôtre utile, nécessaire, rejetant impitoyablement, ou plutôt ne voyant môme pas ce qui ne saurait l'intéresser pour les compositions futures. « Les abeilles, dit « Montaigne, pillotent le suc des fleurs et en « font, après, un miel qui n'est ni thym ni mara jolaine, mais tout leur. » La veillée, quand, après la promenade qui suivait son dîner, il avait quitté ses amis, dans la solitude et le silence de cette vieille maison d'artistes qu'il habita si longtemps, il s'asseyait à sa grande table rustique, en bois blanc, véritable établi ; et les croquis s'entassaient, résumant ses visions de la journée.

C'est par milliers qu'après sa mort, on a trouvé, àNeuilly, de ces croquis se rapportant à des compositions entrain, ou à des projets qui ont été abandonnés. Lorsqu'il passait la soirée chez des amis intimes, pendant les parties de jeu qu'il n'aimait pas, ou au cours des conversations familières, le maître, grave et sévère, prenait plaisir à dessiner à la plume ou au crayon, sur un coin de table, des caricatures, et des charges. Il excellait aux figures grotesques, à la façon de Léonard; les gens

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d'église — sacristains, bedeaux, marguilliers, chantres, vieilles bigottes, et cagots, — excitaient particulièrement sa verve, et lui ont inspiré des chefs-d'œuvres satiriques, sans qu'on y trouve pourtant jamais quoi que ce soit d'irréligieux. Tout cela était encore le résultat de ses observations minutieuses et incessantes, dérivées, par repos d'esprit, du côté de l'humour et de la fantaisie.

Le peintre est-il aux champs , dans la montagne, au bord de la mer, la méthode d'élaboration des idées n'est point différente de celle qu'il a adoptée pour Paris. Il la décrivait ainsi dans ces deux lettres à des amis :

(( Je suis parti, le lundi 25 août, pour (( Ronfleur, où je suis resté dans les plus (( précieuses conditions morales jusqu'au ven- (( dredi 5 septembre. Là, travail de tête, trace vail des yeux, récolte d'effets, et, bro- (( chant sur le tout, évocation en moi-même « des figures appelées à compléter la com- « position. Une fois tout ce monde tiré du (( néant, entrevu, et les places indiquées, j'ai a dû rentrer à Paris pour demander à la (( nature son autorisation et marcher sûrece ment. Elle m'a donné raison; et, comme « elle est sensible aux avances qu'on lui

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« fait, et nu respect qu'on lui tc^moignc, rllo « ma fait bonne mesure. »

• Trouvillo, 10 juillet soir [SI] (cl crevant <Io faim).

« Me voilà ici, en bon air, il faut l'avouer

« — et avec la compensation pour tout le reste

t d'une bonne et fidèle amitié — , mais sa-

« pristi, le reste aurait aussi son charme et il

0 n'y faut pas songer. Peu de monde et pas

« beau, à part deux ou trois personnes qui

€ pourraient intéresser votre belle et solide

a jeunesse, tout le reste tire la quille. Je

« suis descendu au

« ..., table immense avec quatre pelés et a deux tondus, nourriture exécrable et d'un

« prix fou. C'est partout de même, la forêt de

a Bondy avec des chalets en guise de chênes

« séculaires, voilà toute la différence; la mer

« seule y est pour rien, et c'est la seule chose

a généreuse de l'endroit. Elle nous a donné

a aujourdhui une assez belle représentation

« d'orage avec un vent furieux et une pluie

« que j'aurais souhaitée au pauvre Toulon —

ce voilà qui vous aurait bien nettoyé la ville.

« Les planches sont toujours là comme res-

« source de promenade. Le casino est solide

« au poste avec des filous et la musique deux

« fois par jour. Je travaille cependant un (( peu, mais entre deux tempêtes. C'est « toujours ça de gagné; une fois rentré à (c Paris, je mettrai de l'ordre et du possible (( dans tout cela. Je n'ai pas aperçu un chien « à qui parler — et Dieu sait que je ne serais (( pas difficile.

« Là-dessus, mon cher ami, je vous tire c( une révérence. Certes, Paris doit être hi- « deux en ce moment, mais Trouville est une « rude attrape. Je ne sais pas au juste ce que (( je vais devenir. Rien ne vaut encore mon (( vieux Neuilly. »

En transcrivant ces lignes , il me revient à la mémoire un passage de la biographie du Poussin, par Félibien : « C'était dans ces re- (( traites et ces promenades solitaires qu'il (( faisait de légères esquisses des choses qu'il « rencontrait propres soit pour le paysage, « comme des terrasses, des arbres et quelques (( beaux accidents de lumières, soit pour des « compositions d'histoire, comme quelques « belles dispositions de figures, quelques ac- « commodements d'habits ou d'autres ornece ments particuliers, dont ensuite il savait « faire un si beau choix et un si bon usage. »

L'œuvre conçue et arrivée à Tétat de vision, une esquisse, synthèse de nombreux croquis, en réalise la première image. Les dispositions générales arrtHées, — fort souvent elles ne varieront pas de ce point initial à l'exécution définitive, — s'ouvre la période de documentation d'après nature, pour les figures des compositions, œuvres décoratives ou tableaux.

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