‹ Un maître imagierChapitre 30 sur 37 · N MF F 'ARC · texte numérisé non relu

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E. F RÉMI ET

raison. S’ils s'obstinent à « regimber sous l’éperon », ils doivent s’attendre à la voir venir. Voilà qui peut s’appeler signer d’un coup de talon. Les Hussistes sont des bêtes rétives. On verra à les traiter comme ils ont traité les autres. D’ailleurs, quel que soit le cheval, rétif ou obéissant, pris dans sa tradition supérieure, il est un animal prédestiné, un agent de choix que l’homme dirige à l’aide d’une petite étoile. La lettre aux Hussistes, qui regimberont, qui auront même leur jour de reprise contre Jeanne, est paraphée de cette étoile, la mollette de l’éperon de la Pucelle.

Une statue en pied de Jeanne d’Arc n’aurait pas eu cette éloquence dans le souvenir et dans la résurrection. Si parfaite qu’on la puisse rêver, elle n’eut Jamais dépassé les préoccupations du monde artiste ou du monde religieux. A cheval, elle est dans la plénitude de son action héroïque; elle est en route pour la victoire qui la conduira au martyre. Pour comprendre Jeanne d’Arc tout entière, telle qu’elle survit dans l’esprit populaire, le plus sûr gardien de la tradition, il en fallait une image qui dépassât les particularités de la vie de la Pucelle et devînt quelque chose comme une dédicace à l’esprit religieux d’un peuple entier. La statue équestre a une portée générale que n’aurait jamais eue une statue pédestre. En tout cas, elle nous force à nous demander pourquoi Jeanne d’Arc n’est vraiment ellemême que sur son trottier de bataille. Elle nous met en demeure de nous interroger sur le rôle du cheval dans une carrière d’héroïsme et de martyre comme la mission de Jeanne d’Arc. Après quoi, l’esprit mis en éveil par cette lettre aux Hussistes, où il est question d'arracher aux gens ou l’hérésie ou la vie, nous voulons savoir ce qu'il y a

derrière ce geste haut, signe plutôt que menace, qui caractérise par son hiératisme cette statue de la place des Pyramides. Après le cheval, voici hauréole. D’où vient-il que Jeanne d’Arc, qui n’est pas encore sainte après quatre cents ans, a traversé Thistoire comme une sainte et n’a jamais cessé de porter une auréole ? Le monument de M. Frémietestle plus complet de tous, car tout y est, tous les instruments de la Mission s’y trouvent, tels qu’ils furent dans la réalité, réunis autour de la personne de Jeanne, le cheval, l’épée de N.-D. de Fierbois, la bannière et l’auréole.

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