DEBOUT, DANS LA VIE
Un peintre se tirera-t-il aisément de cette épreuve, le portrait de yi. Frémiet ? L’homme est complexe, total dans ses profondeurs, subtil dans les replis de son essence silencieuse, varié dans les expressions de son regard électrique. On la regarde, on l’examine, cette physionomie. On n’est pas certain qu'elle contienne assez d’éléments plastiques pour qu’un art plastique y trouve son compte. On se demande où il réside, ce trait caractéristique qui, une fois exprimé sur la toile, arrachera au spectateur cette consécration du portrait : cc C’est bien lui, comme il est ressemblant 1 » Par où la dégagerezvous, cette ressemblance physique, d’une figure aussi dégagée, aussi intellectuelle que celle-ci ? Quand j’ai demandé à mon ami M. Lopisgich, de graver cette pointe-sèche si pénétrée, pour V Artiste, il s’est écrié : « C’est un portrait psychologique qu’on me
demande là. Je cherche le caractère et je trouve que cet homme est trop intellectuel pour avoir besoin d'une médaille ». De fait, si l’on se place en face de M. Frémiet, si on le regarde passer dans la rue, remonter cette avenue Wagram par où il regagne son pavillon retiré de Passy, pour peu qu’on se le représente, marchant en vie parmi ses oeuvres si variées dans l’unité de l’esprit qui les anime, on s’interroge comme devant un mystère. Cet homme a créé un monde dans le monde, et ses créatures sont toutes celles que la création anima. Il est mince, droit, silencieux, attentif. Ses yeux vont et viennent sur tout ce qui va et vient autour de lui. C’est à dessein que son atelier est situé loin de sa demeure. Le trajet est pour lui l'occasion d’une méditation de tous les instants, et d’une observation à toute minute renouvelée. Les hommes, les animaux, les chevaux surtout, passent et repassent avec profit sous cet œil interrogateur, qui est l’œil d’un esprit alerte et recueilli tout ensemble. Cet homme ne se promène pas. Il travaille. Il pense à ce qu'il extraira de cette substance en mouvement devant lui.
Dans son genre, il est un moine, par la régularité de ses travaux. Sa journée de travail est en ordre, d’avance, comme la journée d’un monastère. Un moine éminent, de mes amis, me disait : « C’est notre règle qui fait notre force intellectuelle. Nous lui devons de pouvoir réaliser dans la journée tous nos exercices de la journée. Pensez donc, toutes nos heures sont employées à des occupations déterminées. A la fin de la journée, nous avons fini tout ce que nous avions à faire. Les hommes de science disent que c'est de la méthode. Chez nous, c’est la règle. A nos yeux, l’avantage de la règle sur la méthode, c'est