‹ Un maître imagierChapitre 36 sur 37 · GORILLE · texte numérisé non relu

GORILLE

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sants en leur laissant la liberté de ne pas comprendre, même de n’y point porter d’attention. Elles les invitent à se souvenir, que la réalité est remplie des plus hautes affirmations de l’Idéal. Mais nous sommes libres de négliger ce souvenir. L’artiste n’en a pas moins fourni son témoignage. Les passants peuvent continuer leur défilé séculaire devant ces trois portes de la métropole parisienne. Le témoignage est toujours là, invariable, obscur ou clair, selon que les passants prennent ou ne prennent pas la peine de l’examiner. Les uns passent sans chercher à voir, les autres s’arrêtent pour comprendre, d’autres comprennent, tout comme il y a, selon la pensée de Pascal,

« ceux qui servent Dieu de tout leur cœur parce qu’ils le connaissent, ceux qui le cherchent de tout leur cœur, parce qu’ils ne le connaissent pas encore, ceux qui vivent sans le connaître et sans le chercher. »

L’art de M. Frémiet est comme celui de ses ancêtres, les imagiers du moyen âge, qui employaient leur vie à fournir le témoignage de ce qu’ils savaient de l’esprit des choses. L’esprit des choses est la pure essence des gens du sang de France. Le mariage de l’esprit et de la matière, sera toujours l’image de l’humanité; mais la préoccupation de cette union sera la marque de ce pays-ci, où la Foi était immanente, avant que le christianisme la rendît efficace. L’âme de la France pure, la patrie de réserve, l’état d’âme de ceux qui ont compris la mission de cette terre de France, terre de projection apostolique, se manifeste par cette alliance de l’Esprit avec la Matière. En cherchant bien, on en surprendrait la trace à toutes les pages marquantes de notre histoire. Trouver l’esprit des choses, alors que tant

de faux savants se munissent de grosses loupes, pour découvrir le fin du fin de la matière, le fin du fin de la bestialité en progrès, voilà ce qu’il faut faire. Voilà ce qui caractérise l’œuvre du génie français, voilà comment s’exprimèrent les imagiers de notre France ancienne, voilà ce que je découvre d’un bout à l’autre de Tœuvre de M, Frémiet. Cet artiste étudia tout ensemble les bêtes et les gens, sans jamais se méprendre sur les destinées propres aux différents êtres de la création. Jamais il ne nous a donné le relief extérieur d’une créature, sans y mettre la marque de ce caractère intérieur qui précise le type, définit la race et signale l’esprit de vie intime. Voilà pourquoi ce statuaire a parcouru toute l’échelle des êtres animés, sans jamais offenser la divine hiérarchie du monde. Voilà pourquoi sa carrière de si vif labeur est celle d’un grand artiste, d'un maître homme.

Dans son Gorf//e, comme dans ses fabliaux, comme dans ses figures historiques, cet homme obéit à une direction intellectuelle qui cherche, dans l’œuvre d’art, quelque chose de plus qu’un plaisir pour les yeux. Il place devant nous une image, signe d’une pensée liée au destin de l’être vivant, à travers les âges. Cette pensée est variée comme l’esprit dont elle exprime les phases diverses et les gestes typiques; toujours elle évolue dans le sens de servir la cause du perfectionnement de l’homme; elle procède d’un motif déterminé, aboutit à une conclusion « pour démontrer que » jamais cette conclusion ne constitue une offense pour la dignité humaine, jamais un blasphème, jamais une obscénité. M. Frémiet n’est pas un amuseur pour les évaporés, ni un corrompu, ambitieux du facile succès, moissonné par tant de ses contemporains, habiles à provoquer des occasions de joie chez les

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dépravés. Musicien, il n’eût pas écrit pour exalter l’érotisme. Écrivain, sa plume n’eût pas signé des livres pour les cocottes et les coulissiers. L’artiste en lui demeure un homme de conscience et de probité intellectuelle. Statuaire, il s’est servi de son art particulier, de son instrument de sculpteur, pour traduire au dehors, la fermeté de son caractère, la fixité de son attitude intérieure. Il a triomphé sans concessions. Il a publié sans s’oublier jamais, sans perdre de vue la ligne droite qui le traverse sans un détour, du haut en bas, comme la méridienne de son inspiration uniforme. M. Frémiet est moderne, non pas à la façon de ceux de nos contemporains, qui voient leur temps par l’épisode, ou attirent, sans la mériter, l’attention publique, à force de vouloir prouver l’importance d’idées ou de faits sans importance, qui les hantent. M. Frémiet est moderne, en ce sens qu’il est dans la vie, dans le temps et dans l’espace. Il a su sacrifier le tapage de l’épisode, à la sérénité durable de ce qui est important en soi et toujours. La théorie du milieu grandit parfois l’épisode outre mesure, et nous aveugle au point de nous faire oublier la vérité, qui dominera toujours le milieu, lequel peut varier, et les faits qui sont éphémères. M. Frémiet a démontré, par sa carrière de plus de cinquante années de labeur uniforme, que les faits sont renouvelables, que les hommes sont sans cesse victimes du Droit et prisonniers du Devoir, que le Droit n’est rien devant la force physique d’un gorille, et que le Devoir est accompli, quand il trouve sa formule comme dans ce Credo^ qui conteste tout ce qu’affirme la moderne philosophie des faits ramenés à leur brutalité.

Ce chef-d’œuvre de quelques centimètres, est né en pleine supersti-

tion scientifique, en plein chaos de la ne'gation de tout ce qui est traditionnel. Il est contemporain des Rougon-Macquart, ce chevalier prêt à mourir pour sa foi. Ce héros du Devoir a pris naissance parmi les turpitudes de la famille Rougon. Cela prouve que la réalité peut épouser des formes diverses et contradictoires. M. Zola est le type de l’artiste moderne, qui a pris la partie pour le tout, Taccident épisodique pour le signe total de la vie. Ses personnages sont victimes d’un système d’éducation, dont l’esprit de la France est en train de mourir. Les faits qui les enveloppent sont des champignons, produits de la même erreur publique. Le réel, dont ils se recommandent, est le réel d’une époque, épaissement réaliste, qui ne voulut pas être autre chose et repoussa ce qui l’eût purifiée. C’est du document contemporain, immédiat; ce n’est pas du document humain, lié à la destinée supérieure d’un être supérieur comme l’homme de Devoir et de Foi. Le document de V Assommoir cherche l’esprit des choses dans la brutalité des descriptions. La vérité réside moins dans les œuvres et dans le mot, que dans l’atmosphère des œuvres et des mots. L’atmosphère des œuvres de M. Zola est celle d’une époque matérialiste, qui se crut en mesure de formuler le dernier mot de tout, alors que déjà on la conteste dans toutes ses prétentions. Les personnages qui vivent de cette atmosphère, subissent un sort lugubre, qui leur vient de parents pervertis ou dégénérés. C’est une théorie, ce n’est pas la Vérité, c’est tout au plus une vérité subalterne. Une vérité de premier rang, laisse à l’homme la possibilité de se racheter moralement des méfaits de ses ancêtres. L’enfant reste libre d’accepter la succession d’une mauvaise àme, sous bénéfice d'inventaire.

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M. Zola peint des personnages prisonniers de toutes les fatalités he'réditaires. C’est la théorie de la race réduite à l’horreur des hérédités matérielles, pathologiques, sans la plus petite prise d’air sur le champ de la conscience. Tout l’art de M. Zola étouffe dans ce système artificiel, d’une vérité relative, qui enferme l’homme dans le temps et lui interdit l’espace de la Destinée et de l’Espérance. Il condamne ses personnages à l’enfer du péché, sans le jugement en dernier ressort du rachat par la rédemption.

Le Credo de M. Frémiet, au contraire, délivre l’homme par la liberté de vouloir, la liberté de bien faire. Il prouve, lui aussi, l’existence réelle du corps, mais ne supprime pas la vie de l’âme. L’homme reste en disponibilité pour dominer l’air ambiant par la volonté, subir son sort par sens intime du Devoir, sans jamais renoncer à la certitude de la Destinée en Dieu. En quoi M. Frémiet est un artiste humain, contemporain de la vie du corps et de l’existence de l’âme impérissable. Son Credo est le cri d’un homme qui accepte le réel présent et espère le futur idéal. Il sent vivre, sous ses doigts d’artiste créateur, l’épreuve renouvelée de la réalité, acceptant la lutte avec l’événement contemporain. C’est un contrat qu’il subit sans révolte, en homme qui connaît le prix du Devoir qu’il est disposé à remplir pour accomplir sa vie. Mais ilfait ses réserves de conscience, devant les douleurs de la réalité perverse. Il les fait au nom de l’Espérance. Et il n’aborde jamais cette Réalité du moment, que pour y introduire le mystère de cette poésie, dont Byron a posé la formule dans ses Mémoires : « ce sentiment d’un ancien monde et celui d’un monde à

venir ».

L’auteur du Credo est un poète de la famille de Vigny et de Lamartine. Le plafond de son atelier donne en plein sur le bleu du firmament. Il a poussé plus loin que Lamartine le sens de sa profession de foi. Il a fait de la Croix un être humain, symbole d’art plus grandiose que l’allégorie du Crucifix. Ces œuvres-là ne vous mènent pas à la gloire facile. L^artiste peut-il même imaginer que son œuvre sera comprise, comme lui-même l’a conçue! De tels travaux se réalisent dans la solitude et le recueillement, « dégagés de l’influence des associations », selon le conseil du docteur Noir à son ami Stello. Ils dominent le fragile et le passager des événements en cours, et attendent du temps la justification de leurs efforts. Reprocher à M. Frémiet la réalité de sa facture, c’est accuser un homme d’un péché qu’il n’a pas commis. La réalité vient de Dieu, comme le reste. Ceux qui n’osent pas l’affronter, subissent les erreurs d’un esprit égaré, par une éducation trompeuse. Ils suppléent à la vérité vivante par le goût du factice, dont le mensonge les égare sans les consoler. Fuir la réalité, c’est fuir l’épreuve qui grandit l’homme. La réalité est le chemin qui conduit à la vérité, si nous savons la rallier à la tâche divine. Les poètes du relief et de l’écriture, ont pour mission de faire comprendre aux hommes que la ^'érité, est le produit du vrai et de l’espoir, sans orgueil, sans dureté et sans hypocrisie. Les matérialistes nièrent l’idéale espérance, par orgueil. Les catholiques terrifiés par l’orgueil de la réalité exubérante, se laissèrent égarer par un rêve éxagéré, qui les détourna de la vie utile et les rendit vaporeux. Or Dieu attend de l’homme plus d’équilibre dans l’intelligence de la vie, dont le but est de

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rendre hommage au Créateur, en tenant compte des lois de la nature créée.

L’auteur du Credo, de Saint Louis et de Jeanne d'Arc sait mieux que personne, rallier la réalité de la figure humaine à la hauteur de rinspiration. En quoi il est un artiste exceptionnel, un poète de grande envergure. Les œuvres de M. Frémiet, sont d’un équilibre parfait. On y observe ce qu’il faut de réalité, et ce qui est nécessaire d’idéalité. Le ciseau de ce statuaire est celui d’un artiste accompli, très renseigné sur la mesure de ce que l’homme peut dire ou ne pas produire. Il a fui l’excès d’idéalisme. L’exagération matéraliste ne l’a jamais tenté. Il n’est ni vague, ni brutal. Ce qui frappe avant tout dans cet homme, c’est son calme magistral, voulu, fruit radieux de deux qualités qu’il possède à un degré rare, l’attention et l’observation, utilisées comme les deux antennes d’une conscience supérieure. Cet homme manie la réalité et se sert de l’inspiration, avec une continuité de talent et une lucidité d’expression, qui assurent à ses œuvres une pérennité, dont les coureurs de réclame ne sauraient se faire une idée. Pour s’attacher à l’art puissant de ce maître, il faut tenir comme lui au passé par la soudure du souvenir, et rejoindre l’avenir parle lien de l’espérance. Il est bon aussi de se sentir bien d’aplomb dans la vie, de posséder deux yeux bien ouverts, aptes à tout voir dans la mesure permise à l’homme, sans orgueil, sans désespoir non plus. Il faut savoir se contenter de ce qui arrive, fuir ce qu’on peut éviter, accepter l’inévitable, moins en vue d’obtenir la récompense future, que parce que le Devoir est la loi suprême de la vie. La récompense viendra par surcroît.

Quand Tolstoï demande pourquoi l’homme est sur la terre, il se montre un moindre artiste que M. Frémiet, qui réplique par son Credo. Il n’y a d’ailleurs que le génie de notre race pour résumer avec cette force, par un mot qui contient tout. Lorsqu’il pose sa question, Tolstoï doute et ignore. Un grand artiste ne doute pas, et n’ignore pas. Il croit et produit. Il est du premier ordre quand il fournit son témoignage, par une œuvre unique et simple comme le chevalier Credo. L’homme qui répond par cet aphorisme, paie sa dette à la vie. Le jour de sa mort, il sera un débiteur libéré envers la comptabilité des douleurs de l’existence. Dans une certaine mesure, un grand artiste est un grand exemple donné à l’humanité. Un grand artiste n’est pas chargé d’amuser ses contemporains. Il a mission de les instruire. Ce chevalier Ci'edo est un très grand artiste, un artiste immense, vu qu'il réunit à la vérité dont il porte l’esprit en soi, la beauté d’une àme prête à conquérir le ciel par les épreuves de la terre. Ce chevalier du Devoir accompli jusqu’aux plus extrêmes limites de la Foi, est un artiste inouï. On ne peut l’égaler qu’en l’imitant sans réserves. Si M. Frémiet ne nous montrait son effigie en pied, son effigie humaine de personnage historique, on se demanderait s’il a pu vivre. On devine dans cette existence authentique, quelque chose de plus considérable que la vie elle-même. On y sent quelque chose de plus vaste qu’une action de proportion humaine. On voit passer, là-dessus, le grand souffle surnaturel d'un geste social exceptionnel, un geste conforme à un état de choses momentanément surhumain, ce geste de la réalité des Croisades, qui puise toute sa grandeur, dans l’idéal du but cherché par les belles âmes qui crurent vraiment qu'il s’agis-

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sait de délivrer le tombeau du Christ. Ce geste là, est peut-être bien la traduction visible de la loi mystérieuse de la destinée humaine, de la raison pour laquelle l’homme est sur la terre, le Devoir. Si l’homme n’est pas sur la terre pour s’amuser, il y est pour faire son Devoir. Ce devoir consiste peut être, à toujours travailler à délivrer le tombeau de Dieu, éternel prisonnier des hérétiques, des orgueilleux, des hypocrites, et de tous les gens ignorants de ce qu’est le Devoir. C’est une pensée qu’on peut émettre, dans un temps où la vie est toute au plaisir, et où la littérature ne nous peint que des gens qui s’amusent, où personne ne remplit les obligations morales de la destinée humaine. Qu’il s’agisse du Pardon de M. Jules Lemaître, ou des Tenailles de ]\I. Hervieu, c’est le plaisir qui fait le fonds de tout. La question du mariage est étudiée au point de vue luxurieux; l’adultère intervient comme une porte de sortie, une soupape de soulagement. La vie, la vraie vie, celle des êtres supérieurs à leur sensualité, celle qu’on doit en exemple à ses enfants, repose sur un principe plus relevé que les batailles entre l’alcôve légale et la ruelle du péché mignon.

Pressé par l’idée du Devoir au point de nous en proposer l’admirable exemplaire du Credo, l’art de M. Frémiet devait aboutir à cette conséquence naturelle de son équilibre, la chasteté intellectuelle, la propreté de la pensée. Ce maître travailleur ne s’est pas laissé envahirpar l’atmosphère pittoresque de l’hystérie des deux sexes, l’hystérie en partie double, où se résume la comptabilité morale des gens d’aujourd’hui. Décidé à étudier la vie, il a pris sa tâche au sérieux. Il a conçu les relations mutuelles dans le sens des obligations, non

dans celui des escapades. Il est demeuré un homme de grande probité morale. Le sourire hermétique de ses lèvres d’homme avisé, semble bien indiquer que cet observateur a vu beaucoup de choses, mais qu’il sait discerner les spectacles dangereux pour les yeux de la foule. La vie regorge de vérités inutiles à répandre, en raison du mauvais exemple qui en découle. La mission de l’artiste ne doit pas tendre à corrompre la curiosité publique, par les images du désordre. Le talent n’a pas été donné à quelques hommes pour pervertir le reste des humains. L’artiste est un éducateur de peuples. Ceci est à retenir, aujourd’hui précisément, où l’esprit de la France est transformé par l’avilissement, et conduit de son vivant jusqu’à la porte de Tenfer, pour en franchir le seuil après sa mort. M. Frémiet n’a jamais publié un œuvre qui fût un mauvais exemple. On ne voit, signées de lui, que des images propres à entretenir le respect du passé, la consolation dans le présent ou l’espérance dans Tavenir. St-Louis, Jeanne d'Arc, le Credo, St-Michel, sont des exemplaires très recommandables de l’âme humaine. La sculpture, autant que l’art dramatique qui déshabille désormais les femmes pour de bon, sur une scène pour de vrai, dispose de toutes les ressources nécessaires pour la joie des érotiques. Clodion a beaucoup travaillé pour les vieux messieurs. Or nous rencontrons M. Frémiet dans un siècle où Clodion est devenu poète, romancier et auteur dramatique, avec la collaboration sympathique de l’opinion publique. Il faut bien remarquer en passant, que ce statuaire a osé chercher le prix de ses efforts, ailleurs que dans le commerce avec une clientèle de gens qui veulent être distraits ou excités. M. Frémiet semble s’être attaché de préférence

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à plaire à ceux qui ont besoin d’être consolés. On ne trouve rien dans son œuvre, qu’un homme de bien puisse regretter ou se reprocher. En quoi il domine Carpeaux de toute la hauteur de la Vertu.

Dans notre époque complaisante, cet homme a vécu et vit encore sans se tromper de route, sans céder quoi que ce soit, sur l’intensité de sa valeur productive. Il continue comme il a commencé, dans le sens de ce qui lui paraît le plus conforme à l'esprit traditionnel de notre Terre de France. C’est du moins ce que prouve son œuvre avec surabondance. Il ne paraît pas avoir subi la pression des entours. Il s’impose par la fermeté de son talent, comme un artiste à prendre ou à laisser. L’homme semble tout d’une pièce, vu que l’œuvre se tient d’un bout à l’autre, sans accroc, sans remords, et sort d’une pensée, uniforme, toujours semblable à elle-même, qui ne s’est modifiée que pour s’élargir. Un infernal cyclone de luxure ravage en ce moment notre pays de France, où les gens, bons vivants jadis, n’étaient pas comme aujourd’hui vilotiers et démoniaques. Sur son socle d’art de tradition et de bel exemple, l’art de M. Frémiet écoute passer la tempête et en constate les dégâts. Il incarne une pensée très nettement opposée, à la tarentelle de débauche qui court désormais sur les murs de Paris, et ne laisse pas de repos aux passants qu’elle affole. Il proteste au nom de l’art qu’il préconise, contre les sortilèges orientaux, qui poussent notre pays dans le dévergondage et les amours épileptiques. Il demeure inébranlable dans ses convictions, invulnérable dans sa constitution. C’est bien un artiste d’ici, un artiste de chez nous, étranger à la danse du ventre, étranger

à tout ce qui nous est étranger, étranger au symbolisme malpropre qui transforme la France en cabinet particulier de plein air, pour des littératures et des poésies de gens sans équilibre, de gens malades, dont l’âme est pourrie par en dessous.

Nous sommes en présence d’une épidémie de sensualité qui dépasse la mesure de nos capacités ethniques. Notre organisme correspond malgré tout à une atmosphère morale, dosée selon l’air de notre pa3^s, élastique, mais sain et mitoyen de toute extravagance. Nous n’aimons pas plus les gens trop prudes que les gens qui ne le sont pas assez. Nos aptitudes, nos goûts, nos instincts, nos défauts, nos vices et nos vertus, sont ceux d’un peuple assis chez soi, et en équilibre sur sa terre natale, depuis longtemps. Gens d’esprit clair, nous avons le corps droit. Nous sommes bien bâtis, au dedans comme au dehors. On dit de nous, lorsqu’on nous voit passer : voilà des gens qui marchent bien, le pied ferme, le cou-de-pied haut, la jambe cambrée, le corps d’aplomb, la tête droite, comme est droit notre jugement. Nos maladies sont celles de notre climat. Nous mourons de froid ou de chaud. Notre système nerveux n’est pas héréditairement névrosé, comme celui de ces orientaux « bien parisiens » qui ont apporté dans nos mœurs, les cabinets réservés de leurs baraques foraines de Pologne, où pour dix sous de supplément, sont exibées des obscénités viennoises, à l’optique d’un verre grossissant. En France, nous fermions les persiennes sur ces spectacles-là. au temps où notre pays n’était pas devenu, un jeu varié de cartes transparentes, pour la plus grande distraction des érotiques importés de Brody ou de Kolomea. On peut avouer la honte de ce qui nous

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détériore, et ne pas épouser pour cela, l’hypocrisie très calviniste, des solennelles récriminations formulées par nos bons Génevois de Paris.

Sans entrer dans des détails de critique littéraire qui trouveront leur place ailleurs, on peut toujours affirmer ici, que l’art du Credo, que ce symbolisme dégagé et très limpide, affirme un principe local, traditionnel et Chrétien, considérablement supérieur à l’esthétique de sabbat, où se complait la cohue dite élégante des âmes malades, qui viennent de décréter qu’elles détenaient le privilège de ce qu’il y a de plus raffiné. L’art préféré de ces lettrés d’un nouveau genre, la poésie et la littérature de leur choix, c’est cette pornographie savante et approfondie, où leur sensibilité de sensibilisés découvrit le signe de la suprême distinction. Voyez par où se distinguent ces sublimes professeurs de luxure comparée ! Artistes où hommes d’affaires, tous sont délicats. C’est chose décrétée. Or, cette délicatesse elle-même est d’une essence particulièrement incandescente. Ces messieurs ont déclaré leurs instincts libres de toute attache religieuse, morale ou sociale. Leur association d’élite reconnaît une seule règle, une seule : l’expansion du moi dans l’indiscipline des passions. Avec cela ils peuvent aller loin. D’ailleurs les pires excès connus jusqu’ici, réglementés jusqu’à ce jour, ne leur suffisent plus pour se sentir libres . Ils en ont inventé de nouveaux ; ils en ont exhumé d’oubliés, pour mieux reculer les limites de ce que la conscience humaine ne permettra jamais, toujours au nom de la dernière distinction d’esprit, de raffinement et de la qualité d’âme. Un jeune levantin de lettres,

a conférence sur une petite scène, à la portée des délicats, pour blâmer Shakespeare de n’avoir pas osé porter l’inceste au théâtre, simplement. Et notre homme l’y porta. Un être plus distingué que le poète des remords de Macbeth, n’aurait pas manqué cet élément certain de succès. Un autre s’est trouvé qui fournit à nos jeunes démoniaques, l’occasion de témoigner de la distinction de leurs sentiments et de leurs sensations rares. Il fut acclamé par les jeunes possédés dont il s’agit. Les hommes de lettres, exégètes de l’inceste, le déclarèrent leur homme, pour le récompenser d’avoir approfondi le pittoresque et l’ultra distingué des émotions de l’inceste. Ce psychologue superfin nous vint d’une certaine Angleterre, celle des sensations rares et des raffinements qui mènent leurs esthètes aux fâcheux travaux publics.

Comme on se sent à l’aise et bien chez soi, dans le chez soi de ce pays qui est le nôtre depuis que les nôtres l’ont fait pour nous, loin du cabanon, où ces possédés débitent le venin de leur esthétique malfaisante. Nous autres qui savons ce que vaut la sève des plantes qui poussent chez nous, en notre terre de France, nous reviendrons toujours à un artiste qui se possède et se respecte, et à un art comme celui du Creùo, dont la distinction lui vient de sa grandeur, dont la délicatesse est l’œuvre de sa pureté de pensée et de la limpidité de ses espérances. Est-il bien nécessaire d’en dire plus long pour marquer la différence entre l’art de ces possédés de l’inceste, qui veulent nous réformer en nous pourrissant selon leurs goûts, et l’art simple et pur du Credo? Il suffit, je crois, de prendre la peine de réfléchir, et

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de ressaisir son sang-froid devant les attentats aux mœurs de ces nouveaux venus, pour comprendre combien se fourvoient, tous ces êtres qui ont fait du satanisme, une religion pour leur âme et leur esprit. Le métier est dangereux pour quiconque patauge. Or tous pataugent dans cette mare aux grenouilles, où coassent les sârs, les sorciers et les mages. Le galimatias de ces esthètes psychologues et délicats, littérateurs, peintres, sorciers et malins qui épinglent des monstres comme on épingle des papillons, est bien ce que le monde moderne a produit de plus cocasse. Il faut vraiment avoir envie de s’hypnotiser sur des fantaisies de rats, de serpents ou de marcs de café, pour chercher si loin la vérité, et ne point choisir immédiatement Dieu, solution plus simple et combien plus claire ! Mais la simplicité paraît trop simple à ces détraqués. Elle ne leur donnerait pas l’air aussi importants, ni aussi profonds.

Somme toute c’est encore l’abbé Taconnet qui a raison. En face d’un artiste comme M. Frémiet, dont la vie est un exemple et dont l’œuvre est un modèle, on pense à ce brave curé, dont M. Bourget fait fleurir la belle âme à la fin de Mensonges^ comme fleurit un lotus sur un marécage. La parole de cet homme simple et clairvoyant, arrive comme une musique lointaine, où les gens qui ne se trompent pas, reconnaissent la vérité qui sommeille au fonds d’euxmêmes et qu’il est temps de réveiller. Ce bon Monsieur Taconnet dit la parole à dire, quand il répète à Claude Larcher, cette phrase quùl redisait souvent : « La France a besoin de talents chrétiens. »

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