‹ Un manuscrit chartrain du XIe siècle; Fulbert, évêque de Chartres, martyrologe a l'usage de l'église de Chartres - Fulbert et sa cathédrale, nécrologe du chapitre Notre-Dame de Chartres, Chartres et pièces liturgiquesChapitre 5 sur 26 · ÜET QUIBUS UNICA SPES MUNDI REQUIEM || PARADYSI · texte numérisé non relu

ÜET QUIBUS UNICA SPES MUNDI REQUIEM || PARADYSI

« Sig’on, le dernier des clercs de Fulbert, fît peindre ces pages par » André de Mici. Que le Seigneur, unique espoir de ce monde, leur » donne le repos du paradis. »

Nous ne savons rien sur la personne de ce peintre André, qui était probablement moine de l’abbaye de Saint-Mesmin de Mici auprès d’Orléans. Quant à Sigon, le disciple chéri de Fulbert, il nous suffira pour le faire connaître de citer la notice nécrologique, qui, lorsqu’il mourut, fut composée en son honneur par le Chapitre de Chartres : « Le 11 juillet, mourut Sigon, lévite, illustre par sa sagesse, vénérable » par la sainteté de sa vie, chantre très distingué de cette église. Il » fut l’intime conseiller de Fulbert tant que ce saint évêque vécut, et, » quand Fulbert fut mort, il lui lit faire un riche tombeau, comme » on peut le voir 1 2 » dans le chœur de l’égrlise de l’abbaye de Saint- Père à Chartres 3.

1 Ces vers placés au bas de la page sont devenus par suite du frottement des mains très difficiles à lire. Dans la gravure reproduite en tête de cc chapitre, les lettres qui sont presque effacées ont été figurées en hachures.

2 Vidus julii, obiit Sigo, levita, sapientia clarus vitaque venerandus , cantor hujus sanctæ matris æcclesiæ nominatissimus , ammirandi presulis Fulberti, dum terris exularet, fidus a secretis ; post, ut datur cerni , tumulator liberalis. Voir plus bas le Nécrologe du Chapitre à la date du 5 des ides de juillet.

3 Le moine Paul , qui vivait à Chartres au XIe siècle , nous a conservé le souvenir du tombeau élevé en l’honneur de Fulbert par Sigon dans l’église de Saint-Père. Il nous apprend que ce tombeau se trouvait dans le chœur de l’église à côté de celui de l’évêque

UN MANUSCRIT C H A R T R A I N

Le second feuillet est occupé par une grande miniature peinte par André de Mici.

Le sujet que l’artiste a voulu traiter est brièvement indiqué en tète de la miniature par ces deux vers, écrits en petites capitales d’or sur fond pourpre :

Pavit oves Domini pastor venerabilis annos Quinque quater mensesque decem cum mensibus octo

« Fulbert, vénérable pasteur, a gouverné les brebis du Seigmeur, » pendant vingt-et-un ans et six mois. »

Fulbert, en costume d’évêque, la crosse en main, et accompagné de deux diacres, est représenté parlant au peuple char train dans la cathédrale dont il était sur le point d’achever la construction lorsqu’il mourut.

Nous venons de décrire rapidement ce qui nous reste de l’œuvre d’André de Mici; mais, comme nous l'avons dit dès le début, cette œuvre n’est point parvenue en entier jusqu’à nous.

Il existe à la Bibliothèque Nationale à Paris un manuscrit qui contient les lettres et opuscules de Fulbert et qui fut composé peu de temps après la mort de ce prélat, vers le milieu du XIe siècle, pour l’usag’e des moines de l’abbaye de Saint-Père de Chartres1. En tête de

de Chartres, Gousseaume (Cartulaire de Saint-Père , p. 12). Voici du reste ce qui se lit à la date du 10 avril dans l’obituaire de l’abbaye de Saint-Père : Obiit domnus Fulbertus, episcopus Carnotensis, qui jacet ante magnum altare et dédit nobis preciosa ornamenta (Ribl. communale de Chartres, ms. 1037). Sigon avait composé pour ce tombeau une épitaphe , dont le texte a été transcrit au XIe siècle dans un manuscrit de Saint- Père que nous signalerons plus loin. Lors de l’incendie de l’église de Saint-Père en 1134, le tombeau de Fulbert fut détruit; quand on eut reconstruit cette basilique, l’épitaphe composée par Sigon fut remplacée par une autre qui fut inscrite sur la muraille du chœur. Le texte de cette seconde épitaphe, aujourd’hui disparue, a été conservé par l’historien Souchet. Dès le temps de Souchet, elle était presque entièrement effacée (. Histoire du diocèse et de la ville de Chartres , tome II , p. 237).

1 Ce manuscrit, qui est catalogué sous le numéro 14167 du fonds latin de la Bibliothèque nationale, porte pour titre : Domini Fulberti, episcopi Carnotensis, epistole

DU XIe SIÈCLE 51

ce manuscrit on lit les vers suivants dont nous connaissons déjà quelques-uns :

Ultimus in clero Fulberti nomine Sigo Andree manïbus hec pinxit Miciacensis ;

Det quibus mica spes mundi requiem paradysi.

Ces trois vers sont tirés du tumulus de Fulbert; nous les avons publiés plus haut.

salutatorie et quedam dictamina atque versus. A côté on lit ces mots presque effacés : De libraria Sancti Pétri Carnotensis. Jusqu’au commencement du XVIIe siècle ce manuscrit fut conservé à Chartres dans la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Père. Voici ce que dom Aubert, sous-prieur de l’abbaye de Saint-Père, écrivait en 1670 à ce propos: « J’ay trouvé un ancien inventaire de la bibliothèque de l’abbaye de Saint-Père » faict l’an 1373, par lequel il se veoit que les épistres de l’évesque Fulbert, sermons et » les vers qu’il avoit composés estaient en l’abbaye de Saint-Père. Par cest inventaire, » en tiltre est escrit ce mot Fulbertus, et après Epistole salutatorie domini Fulberti

» episcopi Carnotensis et quedam dictamina atque versus Ce trésor a esté long-

» temps conservé, mais il y a environ trente-trois ans en ceste année 1670, que » certain religieux, qui estoit curieux de mettre au jour les richesses que nos anciens » moines avoient modestement et par humilité cachées dedans leurs cloistres, vint » visiter les anciens manuscripts de laditte abbaye, et, ayant trouvé lesdittes épistres et » œuvres, il ne manqua pas de réthorique pour persuader quelques religieux de » Saint-Père de luy confier ce précieux manuscrit afin de le faire paroistre aux yeux » de tout le monde à la gloire de leur abbaye et pour le bien de toute l’Église. Mais » il n’a pas exécuté ny tenu sa promesse. Ainsi il est tenu à faire restitution, et sa » mort n’exempte pas ceux de sa compagnie de rendre à l’abbaye de Saint-Père cest » ancien et précieux manuscript » [Histoire de l’abbaye de Saint-Père , bibliothèque communale de Chartres, ms. 1151, p. 88). Il faut observer que dom Aubert s’est quelque peu trompé en attribuant à l’année 1637 environ l’époque où ce volume fut dérobé. Dès l’année 1608, Charles de Villiers, dans son édition des œuvres de Fulbert, se servit du manuscrit de Saint-Père qui se trouvait alors dans la bibliothèque du collège de Navarre. Malgré les protestations de dom Aubert, le collège de Navarre ne rendit point aux moines de Saint-Père leur manuscrit, qui, après être passé dans la bibliothèque d’Achille de Harlay et dans celle de l’abbaye de Saint-Germain-des- Prés , fut en 1796 déposé à la Bibliothèque nationale où il est encore aujourd’hui. Cf. Pfîster, De Fulberti vita et operibus,, p. 3.

UN MANUSCRIT CH ARTRAIN

Ensuite viennent les strophes que voici :

Actibus his studuit.

Instruxit juvenis nonnullos discipulorum Artibus his 1 septem multum studiosus earum.

Pavit oves Domini pastor venerabilis annos Quinque quater mensesque decem cum mensibus octo.

Infirmos , nudos , sicientes , esurientes Visere, vestire studuit, potare , cibure.

A la suite de ces vers sont transcrits l’obit de Fulbert que nous avons reproduit2 et l’épitaphe qui avait été composée par Sig-on en

1 Le manuscrit porte hec.

2 Nous publions de nouveau, d’après le manuscrit 14167 de la Bibliothèque

nationale, le texte de l’obit de Fulbert; ce texte offre en effet des variantes qui prouvent que le manuscrit, dès l’origine, fut composé à l’usage de l’abbaye de Saint- Père : An no ab incarnatione Domini MXXVIII , iv idus aprilis, obiit dilectus Deo et hominibus pater noster venerande memorie Fulbertus, sue tempestatis pontificum decus, lux preclara mundo a Deo data , pauperum sustentator , desolatorum consolator , predonum et latronum refrenator, vir eloquentissimus et sapientissimus tam in divinis quam in omnium liberalium artium libris, qui ad restaurationem sancti templi sue diocesis , quod ipse post incendium a fundamento reedificare ceperat, bonam partem auri sui et argenti reliquit, et discipline ac sapientie radiis ilium locum illuminavit et clericis suis multa bona fecit. L’obit inséré dans le Nécrologe du Chapitre de Notre-Dame de Chartres porte ces mots relatifs à la construction de la cathédrale par Fulbert, restaurationem hujus sancti templi; les moines de Saint-Père ont introduit cette variante , restaurationem sancti templi sue diocesis. Plus loin , les mots hune locum ont été changés en ilium locum. Quanta la date du 10 avril 1028 ajoutée par le manuscrit de Saint-Père, elle est d’une rigoureuse exactitude. Dans l’édition des œuvres de Fulbert que nous avons déjà citée, Charles de Villiers a publié, à la fin de la préface, l’obit que nous venons de reproduire, mais sans indiquer la source à laquelle il l’avait puisé : c’est sans doute le manuscrit 14167 lui-même. Cf. D. Fulberti , Carnotensis episcopi, opéra varia. Paris, Thomas Blaize, 1608, in-8°. t

DU XIe SIECLE

l’honneur de l’évêque de Chartres, épitaphe qui se lisait sur sa tombe dans l'église de l’abbaye de Saint-Père h

Telles sont les diverses pièces qui forment dans le manuscrit de Saint-Père une sorte de préface aux œuvres de Fulbert. Voici, suivant nous, comment fut composée cette préface. Les religieux en empruntèrent les éléments aux deux monuments funéraires consacrés par Sigon à la mémoire du prélat chartrain. L’un était Je tombeau élevé en l’honneur de Fulbert dans l’église de Saint-Père, d’après lequel ils copièrent l’épitaphe; l’autre était le tumulus, œuvre de Sigon et d’André de Mici, conservé alors dans les Archives du Chapitre de Notre- Dame de Chartres2.

1 Voici, d’après le manuscrit de Saint-Père, le texte de cette épitaphe qui a déjà été plusieurs fois publiée :

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