‹ Un manuscrit chartrain du XIe siècleChapitre 11 sur 37 · GG UN MANUSCRIT CHARTRAIN · texte numérisé non relu

GG UN MANUSCRIT CHARTRAIN

salle primitivement devait donc être tout autre qu'elle n'est aujourd'hui. En supposant que la fenêtre i occupât le milieu du mur ba\ on trouve qu'on devait à l'orignne avoir en plan un carré parfait ba'c'd. Toutefois la transformation, que ce lieu aurait subie pour passer du plan carré ba'c'd au plan rectang'ulaire bacd, daterait d'une époque très reculée; car les vestig'es des fenêtres//, It' , Jt'\ ainsi que la voûte de la salle abcd, offrent tous les caractères des constructions du XI= siècle. Nous avons vu précédemment que , dans le courant de ce siècle , la cathédrale de Chartres fut atteinte par deux incendies , l'un arrivé en 1020, l'autre en 1030. La miniature, où André de Mici a représenté la cathédrale construite par Fulbert après l'incendie de 1020, fait voir que cet édifice n'avait point de transepts, mais qu'en la place du transept G, c'est-à-dire à la naissance du déambulatoire, du côté nord , se trouvait un clocher. Dès lors les remaniements apportés au XP siècle à cette partie de la crypte s'expliquent facilement. Le clocher, qui existait en ba'c'd, du temps de Fulbert, aura été détruit par l'incendie de 1030, et une partie des fondations de ce clocher auront alors servi à bâtir le transept G. Ce serait donc l'évêque Thierri, qui, après l'incendie de 1030, aurait ajouté à la cathédrale de Fulbert les deux transepts G, G'.

Une autre question se pose maintenant: la crypte de Chartres ainsi réduite est-elle l'œuvre de Fulbert? Nous répondrons d'abord que le clocher bac'd^ dont nous venons de parler, ne fut sans doute pas édifié par ce prélat. La fenêtre, que nous signalions au point i (plan n° II), est identique par sa construction à plusieurs autres fenêtres qui se voient dans le caveau dit de Saint-Lubin , sous le chœur de la cathédrale. Or ces fenêtres, ainsi que le caveau de Saint-Lubin tout entier, sont antérieures au XP siècle et datent certainement de l'époque caroling'ienne'. Il est donc probable que l'incendie de 1020, tout en

' Voir ce que nous avons dit précédemment sur le caveau de Saint-Lubin, p. GO, note 2.

détruisanl la calhédraie, avait éparg'iié les cIocIkts qui devaient être bâtis hors-œuvre.

Quant au reste de la crypte, il est constant que c'est l'œuvre même de Fulbert et qu'aucune partie n'en est antérieure à la reconstruction entreprise par ce pontife. En effet les chroniqueurs anciens s'accordent à dire ({ue Fulbert réédifia l'ég'lise depuis les fondations, a fundamentis ; en outre la crypte, ainsi rendue à son état primitif, offre une unité remar- ([uai)le dans le mode de sa construction. Enfin, par un sing'ulier hasard , on possède un texte qui fait connaître que Fulbert mit quatre ans (1020-1024) à bâtir sa crypte. Ce laps de temps est considérable, puisque le même évêque n'en employa pas davantag'c à édifier le reste de la cathédrale (1024-1028); et cela ne peut s'entendre que de la crypte actuelle de Chartres, la plus gTande qui soit en France '.

Voici, d'après ce qui précède, le plan (n° III) de la crypte, telle qu'elle fut construite par Fulbert-. Dansée plan nous avons fig'uré , près de la façade occidentale, les fondations supposées du second clo-

^ Sur cette question, voir pour plus de détails, R. Mcrlct, Dates de la construction des cnjptes de la cathédrale de Chartres.

- Ce plan est à l'échelle de n/^.

GS

cher indiqué dans la miniature d'André de Mici. L'ég*lise de Fulbert mesurait ainsi hors œuvre J08 mètres de long-ueur sur 35 mètres de

largTur. On voit que, dès le début du XP siècle, on construisait des basiliques d'une g-rande importance, puisque ces dimensions sont à peu près celles qu'a aujourd'hui même la cathédrale de Chartres.

Le plan adopté par Fulbert était d'un type qui se rencontre rarement.

Toutefois il existe encore une égalise qui présente un plan presque identique ; c'est la curieuse égalise de Vigniory, en Ghampag-ne, laquelle date aussi de la première moitié, du XP siècle ^ .

On voit combien ce plan (n° IV) de l'église de Vig'nory offre d'analogue avec celui (n° III) de la cathédrale de Fulbert. Une aussi g^rande similitude dans le plan de deux édifices relig'ieux construits à la même époque fait présumer que toutes les parties de ces édifices devaient avoir une ég'ale ressemblance. A Chartres comme à Vigniory, ce qui caractérise particulièrement chaque basilique, c'est l'absence de transepts et la forme sing-ulière du chevet.

* L'église de Vignory fut achevée et dédiée entre les années 1050 et 1052. Cf. J. d'Arbaumont, Cartulairc du prieure de Saint-Etienne de Vignory, p. vu et viii. — Nous avons emprunté le plan de cette église (n° IV) à l'ouvrage d'Alb. Lenoir sur Y Architecture monastique .

Voici le dessin d'une coupe faite sur le chevet de Tég-lise de Vignory suivant Taxe du monument '.

On remarquera ([uk Viffnorv l'abside voûtée en cul-de-four est éclairée par les fenêtres du déambulatoire. Cette disposition mérite de fixer l'attention.

L'orig'ine de ces allées semi- circulaires, qui entourent l'abside de beaucoup d'ég'lises et qu'on nomme déambulatoires , paraît ne pas être antérieure à l'époque earolin<^'ienne ~. Primitivement le chevet des basiliques était formé par une simple abside, c'est-à-dire par un mur en hémicycle, supportant une voûte en cul-de-four. Les autels étaient alors placés à l'intérieur de l'ég'lise, au milieu même de la nef et des bascôtés. Le nombre de ces autels avec les siècles alla toujours s'accroissant; ils en vinrent à g'êner la circulation des fidèles. C'est alors qu'on imag'ina, au IX" siècle semble-t-il, d'édifier tout autour de l'abside une série de chapelles où l'on transporta les autels, et, pour accéder à ces chapelles, on construisit ces allées semi-circulaires ou déambulatoires

* Ce dessin a été copié sur les excellentes planches de M. Bœswilwald , jointes à la Mono^rapliie de l'église de Vignory, publiée dans les Archives de la Commission des Monuments historiques [Architecture religieuse, V^ partie. Eglises).

- Cf. R. de Lasleyi'ic , l'Eglise Saint-Martin de T^oh/'s (Extrait des Mémoires de l'Académie des Insciiplions et Belles-Lettres, t. XXXIV]. Paris, 1891, in-4*', p. 18-27.

UN MANUSCRIT CIIARTRAIN

contournant Tabside. Anciennement l'abside recevait directement par ses fenêtres la lumière du dehors. Mais, quand elle eut été entourée d'un déambulatoire, force fut pour l'éclairer de prendre jour sur ce déambulatoire. C'est cette disposition primitive que nous retrouvons encore dans l'église de Vig-nory. Plus tard, lorsque les architectes apportèrent plus de hardiesse et de science dans la construction de leurs voûtes, surtout lorsqu'on eut imag*iné la voûte sur croisée d'og*ives, on ne craig-nit plus de porter la voûte de l'abside à de g'randes hauteurs, et l'on put alors ouvrir, dans le mur même de l'abside, des fenêtres prenant le jour au-dessus du (oit du déambulatoire.

La cathédrale de Fulbert qui fut bâtie de 1020 à 1028, à une

époque où l'invention des déambulatoires n'était pas encore , croyons-nous , fort ancienne, devait offrir la même disposition que l'égalise de Vig-nory, c'est-àdire que l'abside de cette cathédrale devait être éclairée par les fenêtres du déambulatoire. La miniature d'André de Mici en fournit d'ailleurs la preuve.

Connaissant exactement

par le plaji de la crypte

^1 (n° 111) le plan du chevet

de l'égalise de Fulbert , nous

pouvons donner le dessin d'une coupe ' faite suivant l'axe de ce chevet,

restitué en élévation.

La lettre A désig^ne la crypte de Fulbert qui subsiste encore. La

' Cette coupe est à léchelle de sôj,

DU XP SIECLE 71

lettre B marque le niveau du sol extérieur à la crypte '. Nous supposons que la disposition des voûtes du déand)ulatoirc dans l'ég'lise supérieure était la même que dans la crypte actuelle. La voûte en cul-defour de l'abside était ainsi tout entière contrebutée à sa base par la voûte du déambulatoire. Ce svstème devait offrir une grande stabilité. Quant à la nef, on sait par les textes qu'elle n'était point alors voûtée, mais qu'elle était couverte par des charpentes apparentes ~.

D'après la disposition du chevet, la cathédrale de Fulbert devait offrir à l'extérieur l'aspect que présente le dessin g^éométral placé cidessous.

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Ce dessin est à l'échelle de

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Les dimensions du monument

dans le sens de la long'ueur nous ont été fournies par la crypte encore existante. C'est ég'alement la crypte qui nous a indiqué l'emplacement des fenêtres. Quant à la hauteur de l'édifice, nous l'avons calculée

' Nous n'avons pas figuré dans ce dessin le caveau de Saint-I^ubin qui est sous le sanctuaire.

- Vers l'année 1035, le roi Henri I'^'' fit faire à ses frais un lambris en bois, lacunar, au-dessus de la nef de la cathédrale de Chartres, pour remplacer celui qui avait été brûlé en 1030.

d'après les dimensions de la façade occidentale actuelle de la cathédrale de Chartres. On sait en effet que cette façade, reconstruite dans le second quart du XIP siècle, s'adaptait à la hasilique du XP siècle, dont elle nous a en partie conservé les proportions ^

La restitution que nous venons de faire de la basilique de Fulbert est basée en quelque sorte sur les parties de ce monument qui se sont conservées jusqu'à ce jour. Si cette restitution est exacte, elle doit offrir une certaine analog*ie avec la peinture du même édifice, faite d'après nature par André de Mici, quelque barbare que puisse être cette peinture. Il y a donc intérêt à établir un rapprochement entre notre dessin et celui du XP siècle, puisque l'exactitude de l'un doit être confirmée par l'autre.

En examinant avec attention la miniature d'André de Mici, on reconnaît que l'artiste, malg'ré son ig-norance profonde des lois de la perspective, s'est efforcé avec le plus g-rand soin de représenter ce qu'il voyait. Il s'était placé pour faire son dessin vis-à-vis la façade méridionale de l'ég'lise, et dans un endroit élevé, comme semblent l'indiquer les lig-nes fuyantes du toit des clochers. Nous avons ég-alement, d'après notre vue g'éométrale, représenté en perspective la cathédrale de Fulbert, adoptant comme point de vue une situation semblable à celle que paraît avoir choisi André de Mici, c'est-à-dire un point placé vis à vis la façade méridionale de l'égalise, à une distance de 170 mètres sur la perpendiculaire qui tombe en A (plan n" III, p. 67), et à une élévation de 50 mètres ~.

* Nous avons restitué l'aspect des deux clocher^ en nous inspirant de la miniature d'André de Mici.

- Nous avons obtenu cette vue perspective par des procédés géométriques fort simples. Nous n'avons pas choisi le point de vue au hasard. C'était là que s'élevait autrefois le donjon du château des comtes de Chartres, lequel subsistait encore à la fin du siècle dernier. D'après les dessins et les descriptions qui en ont été conservés, ce donjon ressemblait à celui de Beaugency, qui paraît dater de la fin du XI* siècle. D'ailleurs la tour de Chartres avait été bâtie sur l'emplacement d'une tour plus ancienne. On

VUE DE LA CATHEDRALE DE EULBEnT, D APKÈS AXDKÉ DE MICI

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VLB PERSPECTIVE DE LA CATHEDRALE DE FULnERT RESTITUEE

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La planche ci-contre contient à la fois le dessin d'André de Mici et la vue perspective de la cathédrale restituée '.

Une première remarque importante à faire est que l'artiste du XP siècle, a fig^uré dans sa miniature, à chaque étag*e de la basilique, exactement le même nombre de fenêtres qu'en comporte actuellement encore la crypte de Fulbert. C'est là une certaine g-arantie de l'exactitude qu'il a tenté de mettre dans son œuvre ~.

Malg'ré cette recherche d'exactitude, l'auteur n'a pas toujours atteint son but. Ainsi, il a donné une importance beaucoup tropg'rande au chevet de l'édifice. Il a voulu sans doute exprimer de la sorte l'effet exagéré qu'avaient produit dans son esprit les proportions nouvelles données par Fulbert à cette partie du monument ^. Quant à la forme hémi-sphérique qu'affectent les toits de l'abside et des absidioles, elle n'a jamais pu exister que dans Timagùnation d'André de Mici. Nous

sait en effet, par le témoignage des chroniqueurs, que, dès l'année 960 environ, le comte Thibaut l", surnommé le Tricheur, avait construit un donjon en cet endroit [Cartul. de Saint-Père, I, 23). Du haut de ce monument on découvrait toute la façade méridionale de la cathédrale.

* André de Mici n'ayant point représenté dans son dessin les fenêtres de la cr}^te, nous les avons supprimées dans le nôtre. C'est avec intention que cet artiste n'a peint l'édifice que depuis le faîte jusqu'au niveau des fenêtres du bas -côté. 11 a supposé la base du monument abattue et laissant apercevoir l'intérieur de la cathédrale. Toutefois, dans le coin à droite et au bas de la miniature, on voit deux fenêtres sous lesquelles est une arcade. Nous pensons que ces fenêtres et cette arcade, dans l'esprit d'André de Mici, étaient destinées à rappeler la crypte de Fulbert. Il serait difficile d'expliquer autrement leur présence en cet endroit.

- Toutefois , il faut remarquer que , dans le bas-côté , André de Mici a placé onze fenêtres, tandis qu'il en a mis douze à l'étage supérieur. C'est une erreur évidente. Nous avons vu que la crypte de Fulbert jusqu'à l'entrée du déambulatoire avait onze travées; il s'ensuit que les bas-côtés étaient éclairés comme la nef par onze fenêtres.

' L'abside de la cathédrale de Chartres, avant la reconstruction entreprise par Fulbert, n'était point entourée d'un déambulatoire, comme le prouvent, semble-t-il, les fenêtres actuellement bouchées qui se voient dans le caveau de Saint-Lubin sous le sanctuaire de l'église supérieure.

avions cru au premier abord que l'ég'lise de Fulbert se terminait par une rotonde couverte d'une immense voûte en forme de demicoupole; mais nous avons reconnu qu'une semblable construction ne pouvait en aucune façon s'adapter au reste de la basilique. D'ailleurs, il aurait fallu supposer que cette demi -coupole avait un rayon de plus de 15 mètres, ce qui eût été absolument invraisemblable. L'erreur d'André de Mici vient de la difficulté qu'il a rencontrée à rendre l'effet de perspective que présentait à son reg-ard la courbure absidale. Ne pouvant dessiner la lig-ne elliptique formée par le bord inférieur du toit de l'abside et voulant néanmoins montrer que cette partie de l'égalise était ronde, il s'est tiré d'embarras en donnant au toit même l'aspect d'un dôme. Ce qu'il a fait pour Fabside principale, il l'a fait pour les absidioles. Il devait être d'autant plus porté à commettre cette erreur qu'il avait présente à la mémoire la forme sphérique qu'offraient, vues de l'intérieur, les voûtes en cul-de-four du sanctuaire et des absidioles.

Il a indiqué avec soin la manière dont étaient couverts les différents toits de la catbédrale. D'après sa peinture, il semble que le toit de l'abside principale était composé, suivant la tradition romaine, de tuiles à rebords et de tuiles creuses; les absidioles paraissent avoir été entièrement couvertes en tuiles creuses K Quant aux toits de la nef et des bas-côtés, ils devaient être en tuiles plates, vernissées sans doute, et formant des dessins à losang-es. Le campanile supérieur de chacun des clochers était couronné par un toit ovoïde en tuiles imbriquées.

Les deux clochers qui, dans la peinture d'André de Mici, flanquent de part et d'autre la basilique de Chartres méritent de fixer l'attention.

Ils n'avaient point été bâtis par Fulbert ; car, ayant été édifiés à l'orig'ine hors de l'ég'lise, ils furent, lors de l'incendie de 1020, respectés

^ Les absidioles de la cathédrale de Fulbert devaient être couvertes de la même façon que le chevet de l'église de Vignory, dont les voûtes sont protégées par une chape épaisse sur laquelle sont simplement posés des rangs de tuiles creuses.

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par les flammes. Sans qu'on puisse affirmer précisément à quelle époque ils avaient été construits, il est certain qu'ils dataient de la période carolingienne K Durant cette période la cathédrale de Chartres fut détruite par deux incendies; il s'ensuit que les clochers, dont André de Mici nous a conservé une sorte de croquis, furent érig*és soit par l'évéque Gislebert après le sinistre de 858, soit par l'évéque Vulfald après le sinistre de 962. De ces deux dates la première semble la plus probable; car, comme nous venons de le dire, ces tours -étaient hors-œuvre, et, de même qu'elles ne furent point atteintes par les flammes en 1020, elles purent fort bien y résister en 962. Ce qui confirme cette opinion, c'est qu'elles offrent une g-rande analog-ie avec les clochers de l'égalise abbatiale de Saint-Kiquier, dont une miniature du IX" siècle nous ofi'rc le dessin ~.

Il n'existe actuellement en France aucun clocher datant d'une époque aussi reculée. Aussi y a-t-il intérêt à noter avec soin les renseig'nements que fournissent les anciennes peintures sur ces monu-

• Voir plus haut, pages G6, 67. Fulbert, dans une lettre adressée au roi Robert, antérieurement à 1025, parle des cloches de sa cathédrale. Signa nostra jocunditatem et laeùtiain sigiiificare solda, ab intonando desinere et tristitiam nostrain attestari quodarn modo jussimus [Lettres de Fulbert, édition C. de Mlliers. Paris, 1608, f° 16 v°). La façon dont s'exprime Fulbert prouve qu'on entendait au loin le son de ses cloches et par conséquent qu'elles étaient placées dans des tours. Or on sait qu'à la date de 1025, Fulbert ne faisait qu'achever la crypte servant de fondation à la basilique qu'il avait entrepris de reconstruire après l'incendie de 1020. Il n'avait donc pas eu encore assez de temps pour réédificr les clochers ; et il y a lieu de croire que les tours où étaient renfermées les cloches dont parle le prélat charlrain , appartenaient à la cathédrale antérieure à l'incendie de 1020. Fulbert se contenta, pensons -nous, de relier à la nouvelle église le clocher qui était bâti au nord près du chevet et qui auparavant devait être séparé du monument.

- Ce dessin a été reproduit par Alb. Lenoir dans VArcIntecture monastique (tome I, p. 271, d'après la copie de P. Petau [De Nithardo ilUusque prosapia. Paris, 1012). Voir dans le même ouvrage d'Albert Lenoir le plan de l'église do l'abbaye de Saint- Gall, dessiné au commencement du IX'= siècle et où sont figurées en avant de la façade occidentale de l'église deux tours rondes construites hors-œuvre.

ments disparus. — Le type des tours de Chartres et de Saint-Riquier se disting'ue nettement des divers types de clochers romans qui se sont conservés jusqu'à nos jours. Si l'on pouvait g'énéraliser les conclusions qui ressortent de l'examen des deux miniatures de Chartres et de Saint-Riquier, on dirait qu'au IX" siècle les clochers étaient habituellement bâtis hors de l'ég'lise , soit près de la façade occidentale, soit près du chevet, indifféremment au nord ou au sud. La base se composait d'une tour en maçonnerie, ronde ou rectangulaire, percée de larges fenêtres. Cette tour, couverte par un toit en forme de cône ou de pyramide tronquée, était surmontée, suivant les cas, d'un, deux ou trois campaniles de charpente \ placés en encorbellement les uns sur les autres. C'était dans ces campaniles que l'on posait les cloches.

Il n'est pas surprenant qu'il n'existe plus en entier aucun clocher de l'époque carolingnenne. La plus gTande partie de ces monuments était construite en bois; la base seule était en maçonnerie: aussi, tandis que les campaniles ont partout disparu , les tours ont subsisté en quelques endroits. Suivant Paul Durand, la tour de l'ég'lise Saint- Pierre, à Chartres, remonterait peut-être au X" siècle.

A l'époque romane, lorsqu'on voulut, pour éviter les causes

* Nous (lisons que ces campaniles étaient en charpente; en effet, il nous semble improbable qu'on eût alors osé construire un tel échafaudage de campaniles de pierre, en porte-à-faux les uns sur les autres. Il faut remarquer d'ailleurs que l'un des murs, qui subsiste encore, du clocher carolingien, situé près du chevet de la cathédrale de Chartres, a fort peu d'épaisseur et paraît n'avoir jamais pu supporter autre chose qu'une bâtisse très légère. Dans la chronique de Saint- Florent de Saumur, on lit la description d'un clocher qui fut construit, vers l'année 960, sur la façade principale de l'église de cette abbaye. Cette description montre que la base du clocher était formée par une tour rectangulaire en maçonnerie et que les cloches étaient suspendues dans une haute construction en charpente. In porticu basilicac quattuor uiiius altUudinis erant maccriae , super quas in alla fabrica lignorum signa majora coiigrucntis magnitudinis dcpcndcbant [Chroniques des églises d'Anjou, Soc. de l'hist. de France, p. 242).

d'incendie, construire des clocliers tout en pierres, il semble que, dans le principe, on se soit inspiré des tours caroling-iennes couronnées par des campaniles en charpente. L'un des plus anciens clochers de pierre aujourd'hui connu est sans contredit celui de Saint-Front de

baint-Kiquicr

Chartres

Saint-Front

Périg'ueux dont tous les étag-es sont en encorbellement les uns sur les autres et dont il n'est pas jusqu'au couronnement en forme de pomme de pin qui ne rappelle le toit ovoïde surmontant le dernier cam[)anile des tours de Chartres.

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