I. — Introduction au Nécrologe
Le Nécrolog'e de Saint-Etienne occupe 64 pag'es ; dans l'ensemble du manuscrit, il s'étend du folio 97 au folio 129. Chacune de ces pag'es est soig'ueusement rayée à la pointe sèche ; aucune n'est divisée en deux compartiments, comme dans le Martyrolog^e. Il n'y a point de lig-nes perpendiculaires au milieu , mais seulement sur les bords pour déterminer les marg'es et encadrer la pag'e tout entière.
Pour se faire une idée de la distribution et de l'org'anisation du Nécrolog'e, il suffit de se rappeler sa destination. Le premier rédacteur qui l'a entrepris a écrit, successivement, en lettres roug'es * et dans le style des calendriers liturg'iques, tous les jours de l'année ecclésiastique, en commençant par la veille de Noël. Il a laissé entre eux un espace blanc pour y insérer à l'encre noire, au jour de leur décès, les obits de ceux pour qui l'on devait prier ; cet espace réservé est g'énéralement de six lig'nes , et comme les pag'es sont de 36 lig'nes, chacune renferme six jours. Il faut excepter les deux premiers folios
tance. Leurs travaux restés manuscrits sont conservés à la Bibliothèque connnunulc de Chartres sous les numéros 1102 et 1221.
' Deux folios ont été remplacés vers 1070 par d'autres : lauleur n'a pas écrit les quantièmes en rouge, mais en bleu et noir.
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qui comptent moins de jours, parce que le copiste devait y transcrire des notices dépassant le nombre ordinaire des lig-nes. Celte disposition permet de se fig*urer Taspect ofTert par notre Nécrolog-e. Certains jours sont charg*és d'obits, d'autres, au contraire, sont restés en blanc. Est- il besoin de faire remarquer que les défunts, bien qu'ils soient inscrits sous le même jour, n'étaient point morts ensemble et la même année? Ils étaient décédés à des intervalles plus ou moins éloig'ués. Aussi ce sont des mains différentes qui ont inséré leurs obits dans le Nécrologie, au fur et à mesure des décès. L'écriture n'est donc point toujours la même pour un même jour, elle varie avec les scribes et les époques. C'est même cette diversité de caractères, portant la marque des àg'es où ils furent tracés, qui nous permet de suppléer, partiellement du moins, aux défauts de dates pour les personnag-es dont ni l'histoire ni les chartes ne mentionnent Tannée de la mort. On jug*e très approximativement de l'époque où ils moururent par l'écriture de leui' obit. Certes, il est préférable de trouver fixée en toutes lettres, soit dans les obits eux-mêmes, ce qui est très rare, soit dans les chroniques et les autres documents, la date à laquelle décédèrent les personnag'es inscrits au Nécrologie. L'histoire est plus certaine et plus précise encore que la simple paléog'raphie; mais lorsqu'on peut réunir ces deux lumières, on obtient des indications chronolog'iques nombreuses et sures. C'est le cas pour le manuscrit que nous étudions. Un g'rand nombre des obits qu'il renferme se rapportent à des hommes, dont la mort est connue par ailleurs, il en résulte que ces obits sont datés avec précision. Si l'on joint à ces renseig'nements tout acquis et très certains ceux que fournissent les caractères matériels des différentes écritures, on arrive sans trop de peine à reconnaître quand fut ouvert, quand fut clos le Nécrologie, et par suite entre quelles dates extrêmes se répartissent les différentes notices qui s'y lisent. On fait mieux encore : on parvient à déterminer, à quelques années près, la mort des personnag'es secondaires pour lesquels on n'a aucune autre référence. Ce sont là des résultats, il faut l'avouer, fort inté-
ressauts et précieux à Ions ég^ards, que Ion a rarement obtenus jusqu'ici. Tout ce qui fixe la chronolog-ie des hommes et des choses, tout ce qui dissipe le vag^ie et fournit des dates exactes est dune importance capitale en histoire.
Quand donc eut lieu l'ouverture de notre Nécrologie ? En quelle année celui qui le rédigea le premier, après avoir copié le Martyrolog'e ', acheva-t-il son œuvre ? Disons-le tout de suite. Ce fut en 1027 ou 1028. L'écriture primitive convient bien à cette époque ; c'est la petite ronde de la fin du X' siècle et du commencement du XI% avec ses lettres très bien articulées, quelquefois détachées les unes des autres, et sans presque aucune abréviation. Mais ce qui enlève tout doute et donne un résultat plus précis, ce sont les obits d'hommes connus, qui sont de cette écriture, rapprochés de ceux qui appartiennent à l'écriture suivante. Ainsi les obits de l'évêque Eudes, mort en 1004, de l'abbé de Saint-Père, Mag"énard, mort en 1013. du sous-doyen Evrard, assassiné en 1018, de Hug^ues, archevêque de Tours, mort en 1023, de l'archidiacre et prévôt Tétold dont Fulbert sig*nale la mort en 1024, du comte Richard, mort en 1026, et tous ceux des personnag^es morts avant eux, sont écrits de la première main. D'autre part, les obits de l'évêque Fulbert, mort le 10 avril 1028, du roi Robert, mort en 1031. d'Arnoul, abbé de Saint-Père, mort en 1033, du comte Eudes, mort en 1037, de l'évêque Thierry, mort en 1048, et tous ceux des personnag-es morts après ceux-ci, sont d'une main postérieure. C'est donc un fait bien certain, le copiste du Nécrologie, celui qui le commença, écrivait après 1026 et avant le 10 avril 1028, c'est-à-dire probablement en l'année 1027.
Voilà déjà un point acquis : tout ce qui est de l'écriture primitive est antérieur à 1027 ou 1028, tout ce qui n'en est pas est postérieur. Mais quand le Nécrologie, ouvert à cette époque, fut-il définitivement fermé et hors d'usagée? jusqu'à quelle date s'échelonnent les obits qui suivent?
' Le Martyrologe est tout entier de la même main qui a commencé le Nécrologe.
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Ici encore nous avons le bonheur de pouvoir indiquer une époque très approximative. Il l'ut certainement clos après 1124, car il renferme la mention du chancelier Bernard (2 juin) et du chantre Gerog-ius (12 février), qui moururent certainement cette année-là; mais d'autre part on n'y trouve point les obits du doyen Salomon, mort en 1144 (2i août), et de son prédécesseur Zacharie, mort avant 1042 (15 janvier). On n'y lit point davantag^e celui d'Etienne, abbé de Saint- Jean et patriarche de Jérusalem, qui mourut en 1130 (12 juin), et dont le décès, comme celui des deux précédents, fut inscrit dans les Nécrologies suivants : ce qui nous permet d'affirmer que la clôture eut lieu avant U30. Sans doute on y voit les obits du roi d' Ang'leterre , Henri, mort en 1135 (9 mars), de la comtesse Adèle, morte en 1137 (8 mars) ; mais il est évident, au premier examen des caractères, qu'ils ont été inscrits après coup et rapportés des autres obituaires, où ils sont plus développés. C'est donc entre 1124 et 1130 qu'il faut placer la clôture définitive de notre Nécrologie, et si l'on admet qu'il fut tenu sommairement au courant jusqu'à l'incendie de la cathédrale en 1134, c'est tout ce que l'on peut accorder. Voilà donc les dates extrêmes : commencé entre 1026 et 1028, il a été achevé entre 1124 et 1130; il a duré un siècle, et l'on peut partag-er en deux g'randes époques tous les obits qui s'y trouvent : ceux de la première écriture sont antérieurs à 1028, ceux des écritures subséquentes sont antérieurs à 1130.
Mais il nous faut entrer plus avant dans le détail, et, après avoir déterminé les dates extrêmes du Nécrologie entier, fournir les dates particulières des différentes écritures qui le composent, et en même temps des obits eux-mêmes.
Pour ceux qui sont écrits de la première main, nous savons déjà qu'ils ne descendent pas au-dessous de 1028, mais jusqu'à quelle époque remontent- ils? Ici l'écriture ne nous fournit aucun renseig-nement : elle est toute d'une main unique qui n'a point écrit au jour le jour les décès antérieurement survenus, mais les a copiés tous d'un
même coup d'après un Nécrologie précédent. Nous sommes donc forcé d'examiner chacun des obits en eux-mêmes , de rechercher leur date dans les chartes et dans l'histoire, et de découvrir ceux qui remontent aux temps les plus éloig'nés. Ceux-là nous serviront de point de départ, le point d'arrivée étant Tannée 1028.
De cette étude , il résulte que les plus anciens personnages nommés dans le Nécrologie primitif appartiennent aux deux derniers tiers du X" siècle. La mention de l'incendie de 962 (5 août) nous rejette de prime abord au delà de cette époque, et l'obit d'Hag^anon (24 décembre) qui porte sa date en lui-même et est conçu en termes trop vivants pour n'être pas contemporain de sa mort, nous recule jusqu'à 941. En ce temps le Nécrologe était déjà ouvert, et de fait, presque tous les dignitaires du Chapitre, postérieurs à cette date, s'y retrouvent.
Mais fut-il ouvert long^temps auparavant ? Tout d'abord on pourrait le croire parce qu'on y voit les obits des évêques Frotbold (f 858, 12 juin) ; Gislebert (f v. 879, 3 janvier) ; Gérard (f v. 887, 13 juin); et Gantelme (f v. 926, 1" février) : cependant nous avons de bonnes raisons pour ne pas l'admettre. Remarquons d'abord que la série des évêques n'est pas complète; il y manque Aimon, successeur de Gislebert, et Aimerv, successeur de Gérard. Ces deux omissions à elles seules nous fourniraient une présomption pour rejeter l'ouverture de notre Nécrologe, au moins au temps de Gantelme, car c'est à partir de lui seulement que la suite épiscopale se déroule sans interruption. Un Nécrologe comme le nôtre, composé pour g-arder le souvenir des bienfaiteurs et des dig'nitaires de l'Ég'lise de Chartres, devait, à moins de raisons spéciales, renfermer le nom de tous les évêques. S'il ne contient pas tous ceux qui ont siégé avant Gantelme, c'est qu'il n'était pas encore ouvert avant ce pontife.
D'ailleurs, il est facile de montrer que les obits de deux de ces évêques antérieurs à Gantelme furent insérés, non point à la date du décès, mais long'temps après. Ainsi ceux de Frotbold et de Gérard n'ont pas été pris dans l'orig-inal par le copiste de notre obituaire. C'est
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plus tard qu'ils ont été ajoutés : leur écriture, un peu différente de l'écriture pi'imitive, indique qu'ils furent intercalés quelques années après 1028. 11 est probable qu'ils aui'ont été empruntés à quelque cbronique, charte ou niartyrolog'e. Ce qui concerne Frolbold et les clercs massacrés avec lui par les Normands (12 juin) ressemble à un extrait de chronique : Anno incarnationis dominice DŒCLl^IIf, indictione 17", (t paganis Sequiniensibus facta est nKu/na cèdes Carnotis.
De même l'obit de Gérard (13 juini, qui est sur la même pag-e et de la même main, nesl autre chose que le résumé de la charte que lui concéda Gluu'les le (îros. Ohiit Jeravdus, episcopus. llic sua impetratione implomvit apud Kuroluni inipemtorem Aloiam^ etc.
Après Gérard vient Gantelme , dont la notice nécrologique est écrite de la première main (31 janv.i. Cet évêque est le prédécesseur d'Hag'anon : ne serait-ce point sous son épiscopat , un peu avant sa mort arrivée vers 926. que ce Nécrologie aurait été ouvert? Ce qui semblerait confirmer cette hypothèse, c'est qu'on trouve, avec son obit, celui du roi de France Robert, mort en 923 (15 juin). Nous pensons cependant que le Nécrolog-e ne fut ouvert qu'après la mort de ces personnag*es et que leurs obits n y furent insérés qu'après coup. Si on eût fait leur mémoire aussitôt après leur décès, on leur eut consacré sans doute un élog*e plus pompeux. Gantelme avait repoussé les Normands en arborant la sainte Chemise, si chère à TEg'lise de Chartres et si souvent mentionnée. Ce trait, que près de quarante chroniqueurs ont relaté, aurait été certainement rapporté dans son obit. Pour le roi Kobert, on aurait dit, comme on le fait toujours, à quel titre il avait place dans le Nécrologie. Au contraire, on ne leur accorde (pi'une notice sèche et brève : Ohiit WalteJmus, episcopus ilarnotensium . Ohiit liothertus rex, — et c'est tout. 11 nous semble donc que le Nécrolog'e n'était pas encore ouvert, et c'est plus tard qu'on les y inscrivit sur la foi des Catalog-ues épiscopaux ou des Chroniques.
Ces considérations nous ohlig'ent à reporter l'ouverture du Nécrolog'e à Tépiscopat d'Hag'anon. Elles sont d'ailleurs confirmées par
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d'autres plus puissantes et plus précises, tirées de la série des dig'iiitaires du Chapitre de Notre-Dame.
Le Nécrolog-e, on le sait, était à l'usag'e du Chapitre; il avait pour but de conserver la mémoire de ceux pour qui l'on devait prier au jour anniversaire de leur mort : il devait donc renfermer les noms des chanoines importants qui n'avaient aucune raison d'être privés de cet honneur. Et, de fait, nous avons constaté que presque tous les doyens, sous-doyens, chantres, sous-chantres y sont mentionnés depuis l'année où mourut Hag^anon en 941 Jusqu'en 1028. Par contre, il ne contient le nom d'aucun de ces officiers vivant antérieurement à 941. Il est à remarquer d'ailleurs que, d'après les chartes comme d'après le Nécrologie, on ne peut former aucune liste de dig'nitaires du Chapitre remontant au delà de 940 environ, coïncidence sing'ulière qui prouve qu'avant Hag^anon , on soig'nait peu les archives et les livres liturg-iques, et que sous son épiscopat et après lui on y attacha plus de prix.
Il n'y a que deux dignitaires connus antérieurement à cette époque, deux doyens : l'un est fourni par une charte de 931 , c'est le doyen Aimon ; l'autre est indiqué par le Gallia christiana , nous ne savons d'après quel document, comme doyen vers 938, c'est Geoffroy. Ni l'un ni l'autre ne sont au Nécrologie. Comme tous leurs successeurs s'y trouvent, eux-mêmes v auraient été sans nul doute inscrits vu l'importance de leur charge, si à leur mort le Nécrologie eût été déjà ouvert. Cette omission de personnag'es aussi considérables, qui moururent après 931 et même 938, permet de fixer l'inaug'uration de l'obituaire après cette époque. Comme nous avons vu d'autre part que le Nécrologie était déjà tenu au courant lors du décès d'Hag^anon, il en résulte qu'il fut certainement ouvert entre les années 931, voire même 938, et 941 1.
• M. Molinier observe que les obits étaient dans le principe peu développés, ce ([ui semblerait infirmer l'argument que nous tirons de la brièveté des obits de Gantelnie et du roi Robert. Nous répondrons que, dans le premier Nécrologe, ces deux
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Ce premier Nécrolog-e eut une durée de près de cent ans, de 940 environ à 1028, époque où il fut transcrit dans notre manuscrit : c'est donc entre ces deux dates extrêmes, 940 et 1028. qu'il faut placer le décès de tous les personnaf^'es dont les obits sont écrits de première main dans notre obituaire.
Quelles sont les autres écritures qui s'échelonnent de 1020 à 1130 environ, ('porjue où fut fermé le Nécrologie que nous allons publier? Elles sont assez nombreuses; mais on peut les diviser en trois g*roupes principaux selon leurs caractères paléog'raphiques. Nous avions eu la pensée un instant de les attribuer aux divers chanceliers du XI" siècle : ces dig-nitaires du Chapitre étaient, en efTet. charg-és de la rédaction du Nécrologie. Mais il est probable qu'ils abandonnaient souvent cette tâche aux scribes qui étaient sous leurs ordres, de sorte fpi'il serait assez hasardeux de vouloir reconnaître à l'écriture la main de chacun d'eux.
De ces trois g-roupes, le premier, qui est facile à déterminer, s'étend de 1028 à 1060 : c'est à lui qu'appartiennent les obits des évéques Fulbert (10 avril) et Thierry (16 avril i, obits qui paraissent avoir été écrits par la même main. Ce gToupe comprend tous les personnag*es qui mouriu'ent sous lépiscopat de Thierry et sous celui d'Ag*obert. Il embrasse ainsi une période qui va de la mort de Fulbert jusqu'à l'époque des troubles suscités par le doyen Hug'ues, devenu évèque intrus de Chartres en 1060.
De 1060 à 1090. date de l'avènement de saint Ives, règ'ue le second g-roupe d'écritures. C'est dans celui-ci qu'on lit les obits des évêques
obits sont seuls aussi courts et font exception : ceux qui les suivent de près, comme celui d'Haganon (-{- 941), sont déjà très détaillés. — On poui'rait encore objecter contre la date que nous fixons pour l'ouverture de notre Nécrologe qu'il y est fait mention au 7 août de deux Chartrains tués par les Normands. !Mais cette mention ne parait pas se rapporter aux guerres normandes du IX^ siècle , elle se réfère plutôt à la guerre qui eut lieu en 962 entre Richard, duc de Normandie, et Thibaut, comte de Chartres (Cf. Ferd. Lot, Les derniers Carolingiens, p. 351, note 4).
Robert (23 déc.) et Arrald (10 févr.) ; mais on y constate certaines omissions volontaires parmi les évêques et autres dig'nitaires du Chapitre , omissions se rattachant sans aucun doute aux g^randes dissensions dont l'Eglise de Chartres fut alors ag-itée. Ainsi Hug^ues l'intrus n'y est pas ; condamné par Rome, il fut rayé de la liste épiscopale. Robert de Grandmesnil et Geoffroy de Boulog-ne , deux de ses successeurs, furent aussi exclus du Nécrolog-e pour la même raison.
Enfin le troisième g*roupe va de 1090 à 1130 environ et comprend tout l'épiscopat de saint Ives et les premières années de Geoffroy de Lèves, son successeur. Les principaux obits sont ceux de saint Ives (23 déc), du B. Bernard de Tiron (25 avril) et de Bernard de Chartres (2 juin), chancelier. L'écriture est déjà celle du XIP siècle, tantôt ronde , tantôt ang-uleuse.
A ces trois groupes il faut en ajouter un autre qui n'a pas d'époque spéciale. Pour diverses raisons dont nous parlerons ailleurs, un certain nombre d'obits ne furent inscrits que long*temps après le décès qu'ils relatent : nous avons dû les disting'uer et en former un g*roupe particulier. Il faut y joindre deux folios dont nous avons parlé déjà, qui, ayant été détériorés, furent remplacés après coup. Le premier va du 2 au 13 octobre, le second du 30 novembre au 14 décembre. Tous les obits, recopiés par le scribe qui restaura ces pag-es, étant d'une écriture unifoi'nie, ne nous fournissent aucun caractère paléog-raphique qui permette de leur assig'ner une date précise ; ce qui est reg*rettable pour plusieurs personnag^es dont on aimerait à déterminer l'époque du décès, le célèbre Hildeg*aire, disciple de Fulbert, par exemple. Cette restauration dut être faite vers 1067 : en effet le copiste inscrivit au 11 décembre la mort de Conan, duc de Bretag-ne, qui décéda en l'année 1066, mais il ne mit que ces mots : Olmt Conanus, Britannorum cornes. Très peu de temps après la mort de Conan, la comtesse Berthe, pour le repos de l'àme de son fils, le duc de Bretag'ne, donna au Chapitre un ciborium destiné à décorer le maître-autel de la cathédrale. Ce don fut aussitôt inscrit au Nécrolog'e à la suite de l'obit de Conan ;
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mais déjà nos deux feuillets avaient été remplacés, car les mots qui mentionnent la donation de la comtesse Berthe sont d'une autre écriture. C'est donc en 1067 ou très peu de temps après que ces pag-es furent recopiées ^
Nous avons représenté ces différents gn^oupes d'écritures, dans l'impression de notre manuscrit, par des caractères particuliers : nous expliquerons en tête du texte lui-même, dans un chapitre spécial, le procédé que nous avons suivi.
Après cette analyse sommaire des différentes périodes chronologiques de notre Nécrologie, il nous faut maintenant tirer de cet ohituaire tous les renseig'nements historiques qu'il contient. Que nous apprend-il sur l'ég'lise et la ville de Chartres ? hiutile de refaire le travail de MM. de Lépinois et Merlet sur les noms de lieu et sur les donations de terres : ces savants ont traité ces questions dans la préface du Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, dans leur dictionnaire topogTaphique et dans le courant de leur ouvragée. Qu'il nous suffise de relever quelques traits historiques, et en particulier certains détails relatifs à l'égalise de Chartres.
Notre Nécrologie ne nous dit rien au sujet des évêques qui n'ait déjà été sig^nalé. Pour les doyens, il nous en fait connaître un, Ernoldus, que le GaJlia Christiania n'a pas introduit dans sa liste et qui devait vivre antérieurement à 985, puisqu'il est inscrit avant la comtesse de Chartres Ledg'arde, morte elle-même vers 985; mais il se tait sur trois autres, que d'ailleurs les Bénédictins ont faussement qualifiés de doyens. Ce sont: Sig'on, ahbédeSaumur, que la chronique de Saumura nommé decamis au lieu de diaconus Beate-Marie ; Eudes et Gencelin qui furent
* Cette date approximative est confirmée par l'obit d'Adelize, fille de Guillaume le Conquérant, décédéc le 7 décembre vers 1070 (D. Bouquet, XII, p. 582 et 015), obit dont l'écriture est d'une époque également postérieure à celle où furent restaurés les deux feuillets.
doyens de Saint-Père, mais non de la Cathédrale. La liste que, joint aux chartes, notre Nécrolog-e permet de rétablir pour les doyens serait celle-ci : en 931 , Aimon; puis vers 938 Geoffroy; en 949 et même 974 Sug-er (24 juin) ; avant 983, Ernold (14 nov.); en 988 Raoul, qui devint évêque en 1004; puis, sous Fulbert, Albert (20 mai) jusqu'en 1028, époque où il se fit moine à Marmoutier dont il fut nommé abbé en 1032. Après Albert vinrent Gerog'ius (18 déc), Hardouin (5 mars) en 1034, et Hug'iies de 1048 à 1060, année où il s'empara de l'épiscopat. Les successeurs de Hug'ues furent Eng'uerrand (19 mai), qui apparaît en 1072 et 1084, Adelard (26 aoùt\ doyen en 1087 et 1092, enfin Arnauld (4 nov.) de 1092 à 1118.
Nous n'avons pas tous les sous-doyens ; quelques-uns font complètement défaut ; d'autres sont nommés, mais avec des titres différents. A l'aide des chartes , nous avons tâché d'en reconstituer la liste : Hardradus en 9o0, Hardouin (16 mai), Salicon en 974 et avant 986. Salomon en 988, Evrard (21 févr.) en 1017 et en 1018, année où il fut assassiné par des partisans de l'évêque de Senlis, Hildeg'aire (H oct.), disciple de Fulbert, mort avant 1034, un autre Evrard (29 déc), puis Hugnies, sans doute celui que nous avons vu doyen et ensuite évêque en 1060. Après lui on retrouve Adelard en 1072 et 1084, Goslein (13 juill.) en 1087 et 1097, Serannus (19 avril) en 1099 et 1101, Foulques (29 mars) en 1101 et 1112, nommé par saint Ives, mais forcé de se retirer parce que le Chapitre ne voulut pas l'accepter. Le dernier sous-doyen est Hug'ues (6 oct.), signialé en 1114 et en 1124, époque de sa mort. Son successeur , Zacharie, qui devint doyen et mourut vers 1141, n'est point dans notre Nécrologie.
La série des chantres est complète. Le premier sig^nalé est xVimery (27 déc), mort en 949, auquel succédèrent Humbert (18 juin) en 930, Raoul en 974 et 977 , plus tard doyen et évêque, Sig'on (11 juillet), mort après 1034, Arnoul en 1048, mort après 1060 (9 nov.), Eudes (16 août) entre 1060 et 1072, Hilduin (2 nov.) de 1072 à 1103, et Gerog-ius (12 fév.) en 1114, mort en 1124.
Il en était des sous-clianlres comme des sous-doyens ; on ne restait pas jusqu'à la mort dans cette dig-nité subalterne. Aussi n'avons-nous pas dans notre Nécrologie le nom (\o tous ceux qui la remplirent. Citons cependant le premier de tous Alcarius (28 juillet) en 949 et 977, et, faisant un gTand pas, Etienne (20 oct.), mort après 1033, Ag'obert qui devint évèque, llobert de 1048 à 1071, b'rodo (5 août) vers 1080, Goslein (3 mars) mort en 1087, enfin Guériii qui paraît en 1087 et en 1124, mais qui n'est pas dans le Nécrologie, parce qu'il survécut à cette année-là.
Plusieurs officiers de la chancellerie du Chapitre , pi*o fessa ni en même temps dans les écoles et rédig'cant les chartes, sont mentionnés
dans notre Nécrologie. Nous y trouvons pour le X" siècle Areg*arius, levita et (frammaticus (12 juillet), qui rédigée, ad vicem démentis^ des chartes dans le Cartulaire de Saint-Père vers 930 fp. 27 et 28); sous Fulbert, Èvravd, studiosiis canceUarius i3 mai), qui devint moine et abbé de Breteuil; Hildeg*aire, matjister scole Ml octobre), c[ui mourut avant 1034; après Fulbert, un autre É\rard, cancellariiis litteris erudi tus et facundiis eloquïo (29 déc). mort avant 1060, et Eng'uerrand, cancellarius utilis (19 mai), mort vers 1084; enfin sous saint Ives, Bernard, canceUarius (2 juin), mort en 1124.
Enfin nous rencontrons un certain nombre d'autres digMiitaires dont les fonctions, au début, tenaient à la fois de celles des cliambriers et des chefciers, et dont le titre était fort variable : on les appelle custos^ archiclavus , edittius. Ainsi, on trouve avant 1028 Adelelme (11 avril), rei f'amUiaris custos et revum monasterii amator et edificator ; Hilduin (24 mars), custos scnnii sacre vestis et totius ecclesie ornamenti . rei familiaris servator fidelis et distrihutor dapsilis ; ^uge\% archiclavus (25 juin»; Gausbert (30 janv.j, diaconus et custos Sancte- Marie; et de lOGOà 1090, Gombert (23 oct.), capicerius et custos fidelissimus liujus ecclesie. Il est difficile d'assig^ner des époques bien précises pour ces différents personnag'es.
C'est encore plus difficile pour les archidiacres et les prévôts, qui
étaient dans le même temps plusieurs en fonctions ' : nous n'essaierons pas de les nommer.
Notre Nécrologie contient aussi quelques noms d'abbés et de religieux. On y voit les abbés de Saint-Père : Gisbert (15 janv.) mort en 1004, Mag'énard (30 mars) mort en 1013, Arnoul (8 mars) mort en 1033, Landri (14 mars) mort en 1069. Les autres abbés de Saint-Père n'y sont pas nommés.
Parmi les abbés de Saint-Glieron , on trouve Baudouin (12 juin), à la fois abbé de Saint-Gheron et de Saint-Martin-au-Val . puis Graulfe (23 sept.j et Hervé (22 mai), tous trois antérieurs à 1028 ; de 1030 à 1060 le prévôt Haldric (2 juillet), et de 1060 à 1100 le prévôt Gislebert Bertin (23 avril). On sait que l'histoire de l'abbaye de Saint-Gheron est toute à refaire : ce que les frères de Sainte -Marthe en rapportent est sans valeur. Ils mettent l'abbé Baudouin en 676 environ, mais puisqu'il fig-ure dans notre Nécrolog*e il vivait après 931. D'ailleurs, il était, comme nous l'avons dit, abbé de Saint-Gheron et de Saint- Martin-au-Val. Or les évêques de Ghartres possédèrent ces deux monastères jusqu'à Hardouin qui donna Saint-Martin au comte de Ghartres (vers 960). Pour expliquer ce fait anormal alors de la possession de deux abbayes par le même chanoine, il faut admettre évidemment que Baudouin en avait été pourvu avant la donation d'Hardouin, alors que les évêques étaient propriétaii'es à la fois de ces deux abbayes. On peut même aller plus loin et dire que Baudouin ne g'ouverna ces abbayes qu'avant 949, car, en cette année, les chartes sig*nalent Graulfe comme abbé de Saint-Gheron. Gelui-ci était remplacé en 968 par Hervé. Vers 980, l'évêque de Ghartres, Eudes, donna l'abbaye de Saint-Gheron au Ghapitre de Notre-Dame. G'est ce
' On sait qu'au XIP siècle, il y avait dans le Chapitre de Chartres 6 archidiacres, ceux de Chartres, de Dunois, du Pinserais, de Blois, de Dreux et de Vendôme, et 4 prévôts qui portaient dans le principe les titres de prévôts d'Amilly, de Nogent, de Fontenay et de Beauce.
DU XP SIÈCLE 111
que nous apprend notre Nécrolog*e (19 juin): Obiit Vuitgeriis, episcopi Odonis frater, pro eujus anima reddidit idem episcopus ahhatiam Sancti- Camuui Jiiijus ecclesie fratrihus. C'est à partir de cette époque que le titre d'abbé de Saint-Clieron fut remplacé par celui de prévôt de la même ajjbaye. Nous trouvons avec ce titre Haldric et Gislebert Bertin, qui n'ont pas été connus des auteurs du GalUa christiana.
Relevons la mention de quelques relig*ieux ou chanoines des autres monastères et chapitres de Chartres, tels que Hervé (4 juillet), Frog*er fl2 févr.), chanoines de Saint-Serg'e-et-Saint-Bache avant 1028. Ces chanoines étaient attachés au service de la chapelle de l'Evèque que l'on croit avoir été bâtie sous ce vocable de Saint-Serg^e-et-Saint- Bache par l'évéque Gislebert au IX* siècle.
Nous trouvons vers 1070 Eudes, chanoine de Saint-Etienne (2 févr.), et. vers la même époque, Rag'enfroy et Guillaume (4 avril et 10 sept.), abbés de Saint-André. L'ég-lise de Saint-Etienne et celle de Saint-André, situées l'une près de la cathédrale, l'autre sur l'Eure près les murs de la ville, avaient donc déjà leurs chapitres constitués. Celui de Saint-Etienne, au dire du Nécrolog-e de Saint-Père, avait été fondé par l'évéque Arrald (1069-1075); celui de Saint- André était antérieur à saint Ives, témoins les deux abbés sig'nalés par notre obituaire et que n'ont pas nommés les auteurs du Gallia.
Enfin citons l'abbave de Saint-Jean-en-Vallée dont saint Ives fut le restaurateur et qui eut pour premiers abbés Gui (7janv.)*; Albert (6 janv.), et Etienne qui devint patriarche de Jérusalem et mourut en 1130. L'obit d'Etienne n'est pas inscrit dans le Nécrologie que nous publions, mais il se trouve dans celui qui fit suite au nôtre, et c'est là, comme nous l'avons dit, une des preuves qui marque que notre obituaire fut clos avant l'année 1130.
* Les Bénédictins n'ont connu que le nom de cet abbé et ne savaient quel rang lui assigner. Plusieurs chartes du Cartulaire de Saint -Père le mentionnent; un titre du Cartulaire de Marmoutier pour le Dunois (p. 58) le montre comme témoin en 1092 : il faut donc le placer avant Albert, qui lui succéda vers 1099.