‹ Un manuscrit chartrain du XIe siècleChapitre 19 sur 37 · C. — SERMENT DES CHANOINES DE CHARTRES AU SUJET DE GERVAIS · texte numérisé non relu

C. — SERMENT DES CHANOINES DE CHARTRES AU SUJET DE GERVAIS

ET DE SES FILS (Vers 1121)

(( Sacramentum canonicorum pro Gervasio et filiis ejus factum.

De quingentis libris quas Gervasius et filii ejus nobis juraverunt nichil condonabimus. nec aliquis per nos, nec respectum dabimus, nisi per consensum Capituli, sonante signe, nisi per oblivionem remaneat. De hoc eiiam quod, post factum sacramentum suum, ceperunt et amodo capient, tam ipsi quam sui, nichil condonabimus, nec eos absolvemus

UN MANUSCRIT GHARTRAIN

nec absolvi concedemus, donec reddiderint in denariis vel in vadimoniis aureis vel argenteis, quantum homines nostri probabunt. Vadimonia autem nec reddemus nisi redimantur, nec recredemus, nec talia accipiemus in quibus calumpniam audierimus, nec mutabimus. Hec omnia que hic scripta sunt observabimus per fidem, sine aliquo malo ingenio scienter, ad honestatem ecclesie et ad utilitatem pauperum, donec reddiderint omnia pro quibus excommunicati sunt vel excommunicati fuerint. Hoc sacramentum juraverunt :

Sanson decanus, Gerogius precentor, Hugo subdecanus, Walterius archidiaconus, Odo archidiaconus, Gauslinus archidiaconus, Hugo prepositus, Heinricus prepositus, Salomon archidiaconus, Gualerannus abbas, Radulfus camerarius, Vulgrinus cancellarius, Guarinus presbiter, Ricardus presbiter, Bernardus scole magister, Guarinus alter presbiter, Beringarius presbiter, Gauslinus diaconus, Paganus de Mongervilla, Radulfus Teobaldi,

Rotbertus Leofredi,

Radulfus Bigotus,

Gosbertus Chanardi,

Guillelmus Moignardi,

Ebrardus Vitalis,

Girardus capicerii,

Hugo Odonis,

Fulbertus Sancti-Carauni,

Herbertus Arnulfi,

Guide cancellarii,

Ansoldus Ansoldi,

Symon Belini,

Albertus Andrée,

Hugo Gualardonensis,

Herbertus Belotinus,

Seirannus prepositus,

Raginaldus presbiter,

Vitalis Saverici,

Guillelmus Hugonis Bonevallensis.»

Cette charte est intéressante moins par son objet que par la série presque complète des chanoines de Notre-Dame de Chartres qui l'ont souscrite '. Il s'ag-it d'un seig*neur du nom de Gervais qui, de com-

^ Ce document est transcrit au folio 130 v" de notre manuscrit ; il a déjà été

plicité avec ses fils, avait fait tort au Chapitre d'une somme de 500 livres qu'il avait détournée à son profit. Les chanoines s'eng-ag-ent par serment à ne jamais abandonner leurs droits sur cette somme dérobée et à ne point relever Gervais ni ses fils de l'anathème lancé contre eux avant qu'ils n'aient tout restitué ou fourni une caution sûre. Le seig-neur. dont il est ici question, est sans nul doute Gervais de Ghàteauneuf-en-Thimerais iii00-H30 environ), qui fut excommunié plusieurs fois, ainsi que ses fils, par l'évêque de Chartres, saint Ives, comme nous l'apprend la correspondance de ce prélat. Les fils de Gervais se nommaient : Hug-ues, Pierre, Gervais et Gaston '.

Cet acte est certainement antérieur à 1124; car il est sig-né par Hug'ues, sous-doyen du Chapitre, par Gerog'ius, chantre, par Bernard, maître des écoles, qui tous moururent en 1124, puisqu'on les voit encore en chargée au commencement de cette année et qu'ils étaient déjà remplacés par d'autres dig-nitaires dans les derniers mois de 1124. D'autre part, ce même document est postérieur à 1119; car Samson, qui sig'ne ici comme doyen, succéda dans cet office à Arnaud, lequel mourut le 4 novembre 1119. Il n'est g'uère facile de préciser davantag'e. Toutefois on peut croire que ce serment fut prononcé à une époque plus voisine de 1119 que de 1124; car Bernard qui apposa sa sig'nature au bas de la charte n'était encore que magister scole sous le chancelier Vulg*rin. Or Bernard, avant l'année de sa mort qui arriva en 1124, fut lui-même quelque temps chancelier. Nous pouvons donc dater, à un ou deux ans près, ce serment de 1121 environ. La confrontation sommaire des titres chartrains de cette époque prouve que tous les chanoines mentionnés ici vécurent de 1 100 à 1130.

publié par M. Benoît dans l'Annuaire du département d'Eure-et-Loir, pour l'année 1844, page 379. Mais l'édition de M. Benoît contient un assez grand nombre de fautes de lecture, portant principalement sur l'orthographe des noms propres et les défigurant. 11 nous a donc paru utile de publier de nouveau ce texte d'une façon plus correcte.

* Cartulaire de Saint-Père j p. 287, 518, 566, 585, 729.

On remarquera parmi les sig*nataires la fréquence de ceux qui portent deux noms et qui s'appellent, par exemple, Guillelmus Moignardi , Herhertus Armdji , Guido canceUarii , Girardiis capicerii. Ces g-énitifs indiquent des deg-rés de parenté, ordinairement celui de fils ou de neveu. Ainsi il faut traduire Guillaume, fils de Moig*nard, Herbert, fils d'Arnoul, Tlui, neveu du chancelier, Girard neveu du chefcier, comme le prouvent d'ailleurs certaines chartes plus explicites. Quelques copistes ig'norant cet usag'e ont écrit, Guido cancellarius et Girardiis capicerius ; ce qui est une erreur et prête à croire faussement que ces personnag-es étaient chancelier ou chefcier. Ces surnoms exprimés sous forme de g^hiitif ont été dans un g-rand nombre de cas l'orig'ine des noms de famille.

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